LUTTE
même assez marqués parfois pour aller jusqu’à présenter l'appareil symptomatique du diabète sucré. Cette phosphaturie à forme diabétique n’a pas été présentée par Teissier comme une maladie essentielle, mais plutôt comme un complexus morbide symptomatique d’affections varices ; elle peut n'être qu’une simple modalité du nervosisme, apparaître au cours d’un diabète sucré, latent ou transformé; enfin, et c’est l’étiologie que nous retiendrons ici, elle peut être liée à la tuberculose pulmonaire, ou bien déjà nettement confirmée ou encore à ses stades de début, à la prétuberculose suivant l'expression actuellement en faveur. Les cas rapportés par M. Teissier sont le fait d’une énorme phosphaturie, puisque l'acide phosphorique atteignait jusqu’à 7 grammes, les phosphates terreux 9 et 17 grammes ; le rapport de l'acide phosphorique à l’azote total, qui est normalement de 18, montait dans les mêmes cas à 36 et même 40 0/0.
Cliniquement, la phosphaturie liée à la tuberculose pulmonaire se présente sous des aspects bien différents. Tantôt elle est absolument latente : elle ne donne lieu à aucun syndrome urinaire, ni à aucun trouble fonctionnel.
L'analyse urinaire fortuitement ou systématiquement pratiquée, amène seule la découverte de l’augmentation des phosphates. Dans d’autres cas, au contraire, la phosphaturie s’accompagne de polyurie accentuée (3 à 5 litres d’urine de moyenne densité et assez souvent albumineuse); la soif est très exagérée, mais la boulimie demeure rare; le malade présente de l’asthénie, un amaigrissement rapide, ou plus rarement des troubles de la vue, des douleurs fugaces ou des éruptions de divers types.
Pour M. Teissier (1), la phosphaturic du début de la tuberculose serait un bon signe différentiel de la tuberculose et de
(1) TEISSIER : Recherches comparées sur l'élimination des phosphates dans la chlo-. rose vraie el la phlisie commençante. Association française pour l'Avancement des Sciences, Nantes, 1875,
la chlorose, cette dernière s’accompagnant toujours d’une diminution des phosphates.
Après Teissier, M. Robin (1) a montré l'importance de la déminéralisation dans la tuberculose pulmonaire, et trouvé aussi des phosphates urinaires augmentés.
Pourtant la théorie de la phosphaturie n’a jamais été adoptée en Allemagne. Dès 1879, Stockwis, au congrès d’Amsterdam, émettait des conclusions absolument opposées à celles des auteurs français, et, récemment encore, Ott (2) soutint que la déminéralisation n’est ni un symptôme précoce, ni le fond même de la tuberculose.
En France, dans ces dernières années, Ronsin a trouvé que les phosphates au début de la tuberculose sont ou normaux, ou abondants. Audiganne ne les a jamais trouvé augmentés, même au début; l’amélioration des malades entraînerait, pour cet auteur, une élévation du taux des phosphates, contrairement à l'opinion de divers autres auteurs. Nous résumons dans un tableau les chiffres d’Audiganne :
1 degré. 2e degré. 3° degré.
Élimination la plus forte . . 2sr,92 251, A0 sr, 80 — la plus faible . . 4sr, 40 Osr, 90 Osr, 52
= moyenne. . . . 18,92 137, 40 Osr, 91
Plus récemment, Gouraud (3) a réuni 137 analyses personnelles ou empruntées au travail de MM. Claude et Zaky (#) sur Ja lécithine. Voici les résultats de cette recherche :
re période: pour 47 malades, moyenne des phosphates. 147,97
== T — ALES SUS AE CN DES DE 2 période : pour 38 malades, moyenne . . . . . . . 1%,08 — 3 — QUES US UC NN 2 DO 3e période : pour 25 malades, moyenne . . . . . . . 15,12 — 4 — Al AESSUS dés 0 0.28, DÙ
(1) Romin : Etudes cliniques sur la muvrition dans la phlisie pulmonaire. Arch. gén. de Méd., mai et juin 1894.
(2) Orr, Path. Chemie der Tuberk.. Berlin, 1903.
(3) GourauD: Des échanges phosphorés dans la tuberculose. | Revue de la tuberculose, 1903, p. 451.)
(4) Presse Méd., 28 septembre, 1901.
Rapport AT 4re période : 15 malades, moyenne . ... . . . .:.. 49,2 0/0 — VU =. AUS 0 ee ar D) 2% période : 11 malades, moyenne... . . . . . ,- 15:7 — 3 — au-dessus de + : : : . .”.1 20 3æ période : 6 malades, moyenne . . . . . . . . . 14,4 — 1 — äu:dedsus de . 910514. 120
€ Partout, dans cette statistique, dit Gouraud (1), les phosphates’'sont inférieurs à la normale; la diminution est à peu près aussi forte à la troisième qu’à la deuxième période : elle est moindre à la première. À cette période, certains malades dépassent la moyenne, mais ces exceptions de-
viennent de plus en plus rares à mesure que la maladie
progresse. Quant au rapport es il est régulièrement décroissant.
« La phosphaturie, loin d’être la règle au cours de la tuberculose est plutôt l'exception, et elle est d’un mauvais pronostic. L’hypophosphaturie accentuée n’est du reste pas plus favorable, car elle indique l’appauvrissement de l'organisme en phosphore, à moins qu’elle ne soit due à l’inanition, à la
diarrhée ou à l’engraissement des malades. »