OBSERVATION I
Epilepsie giratoire par petit méningiome frontal droit.
M. J..., 23 ans, en mars 1926, présente des crises comitiales depuis l’âge de 19 ans. |
Les premières crises ont été très bien observées par l’entourage, parce que les troubles moteurs se déroulaient « au ralenti » : le sujet éprouvait un malaise assez vague et une forte bouffée de chaleur, puis une déviation des deux yeux seulement vers la gauche, qu’il ne pouvait ramener vers la ligne médiane, pendant environ dix à douze secondes; à ce moment, la déviation des yeux se complétait par une déviation de la tête, du même côté, “et élévation du membre supérieur gauche, se plaçant en demi-flexion. La rotation devenait plus importante pendant les 15 à 20 secondes qui s’écoulaient encore, l’hémithorax lui-même se tordant légèrement puis le corps tout entier subissait une déviation et pivotait sur lui-même une fois au minimum, habituellement deux ou trois fois. Il s’agissait donc d’une véritable rotation du corps, sans - perte de connaissance, avec dyskinésie des membres supérieurs, se plaçant en extension et demi-flexion.
Cette rotation, au cours des premières crises, était relativement lente, se déroulant en une demi-minute environ.
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à partir du moment où se produisait la déviation conjuguée de la tête et des yeux. La conscience était conservée d’une façon tout à fait assurée pendant cette période: bien qu’un peu obnubilé, le sujet a pu prouver que des perceptions auditives, des commandements lui arrivaient parfaitement, qu’il ne pouvait d’ailleurs exécuter; l’impossibilité de parler était complète.
L'ensemble de ces troubles durait donc assez longtemps et se.terminait de la façon suivante : respiration forte, véritable hyperpnée involontaire, possibilité assez rapide de parler; les membres supérieurs retombaient le long du corps et le malade pouvait exécuter n’importe quel mouvement volontaire. Au bout de 1 à 2 minutes, tout. était rentré dans l’ordre avec un souvenir assez précis.
Malgré la prise habituelle, régulière, de Sédoneurol à dose suffisante, les crises ont augmenté de fréquence au cours de l’année 1927 et leur caractère a nettement changé :
D’une part, la giration générale du corps s’est accentuée, le malade faisant 3 à 4 tours sur lui-même et surtout
elle est devenue beaucoup plus rapide; en l’espace de quelques secondes se produisait la déviation conjuguée de la tête et des yeux, puis Pinfiexion du thorax et la giration du corps tout entier lui-même. Enfin, la perte de cons-
cience a été de plus en plus proche du début de la crise et est devenue complète.
À la fin de 1927, tous ces troubles étaient fréquents, se produisaient deux à trois fois par mois et se déroulaient rapidement. En quelques secondes, le malade tourbillon-
nait et s’abattait à terre sans conscience.
En 1928, un fait nouveau très important décida une
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intervention exploratrice: très rapidement, après le début de la déviation conjuguée, apparurent des phénomènes nettement jacksoniens, avec secousses cloniques très limitées au pouce gauche, se généralisant rapidement à tout le membre supérieur; ces troubles n’empêchaient pas d’ailleurs la crise de garder son caractère giratoire, mais très rapidement, le malade signala une parésie de plusieurs heures de la main gauche après chaque crise, sans aller jusqu'à l’impotence complète.
L'intervention fut pratiquée sans ventriculographie préalable en se basant uniquement sur le signal symptôme, la région de la frontale ascendante fut découverte, puis le volet fut élargi en avant, à la pince gouge; une petite tumeur fut alors découverte qui n’était autre qu’un méningiome du volume d’une châtaigne, comprimant le cap de la troisième circonvolution frontale, à cheval sur la scissure de Sylvius, entrebaillant très légèrement celle-ci. Cette néoformation était extrêmement vascularisée et l’hémostase fut particulièrement difficile et longue, bien qu’il n’y eut pas le moindre œdème cérébral. L’exérèse demeura quelque peu incomplète.
Les crises convulsives persistèrent, mais l’élément jacksonien fut très nettement supprimé. On donna alors du gardénal en quantité suffisante : 0,30 à 0,40 par jour, qui -transforma la symptomatologie générale de ces crises; elles conservèrent une tendance nettement giratoire, mais beaucoup plus rapide et sans aucune dyskinésie générale du tronc, avec perte de connaissance aussi rapide et aussi complète. Leur nombre demeura élevé, de 8 à 10 par année; la symptomatologie générale demeura sans changement jusqu’en 1936, puis le malade fut perdu de
vue,
OBsERVATION II
Épilepsie giratoire par lésion cicatricielle du lobe temporal droit.
M'° X.., 19 ans, en 1930 (malade du P° CESTAN), a présenté dans son enfance et sans raison apparente, 3 ou 4 convulsions toujours très brèves et paraissant tout à fait banales. Pas de traumatisme; père tabétique et grand-père comitial tardif qui a vécu ainsi pendant une quinzaine d'années. |
Vers 1931 ont commencé des troubles importants sous forme de crises vertigineuses, très courtes, durant 2 à 3 minutes, puis plus prolongées (10 à 15 minutes) avec sensation de déplacement des objets, de droite à gauche, dans un plan horizontal. Ces crises étaient toujours précédées, pendant plusieurs minutes ou un quart d’heure, de vifs bourdonnements d’oreilles, plus particulièrement du côté droit; il n’y avait pas la moindre perte de connaissance. C’est alors que cette malade à été vue par le Professeur ESCAT, qui a noté d’une façon expresse une hypoacousie à droite, mais aucun trouble de l’excitabilité labyrinthique. Ce point a été confirmé par l’épreuve de Babinski-Weill, appliquée par le Professeur CESTAN.
Trois ou quatre mois après ont apparu deux ordres de phénomènes qui ont paru alors très différents :
a) d’une part, de véritables absences comitiales, tout à fait typiques, avec élévation simultanée des deux bras jusqu'à la hauteur de la face, révulsion verticale supérieure des yeux, courte apnée de quelques secondes et perte de conscience complète sans la moindre chute,
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b) une dyskinésie qui parut alors très paradoxale et que la malade définissait ainsi : « mon corps court après les objets qui se déplacent »; il y avait en effet une crise aiguë de bourdonnements de l’oreille droite, suivie immédiatement, après quelques secondes, par une sensation vertigineuse très importante, très consciente, avec impression incontestable de déplacement des objets antihoraire; mais à ce moment et en même temps que la malade annonçait les troubles précédents, on observait très nettement une déviation conjuguée de la tête et des yeux, une rotaüon du corps dans le même sens antihoraire, avec déplacement dans le même sens également des deux membres supérieurs étendus et portés à l’horizontale, d’où pivotement de tout le corps et, à ce moment-là, perte de connaissance et chute.
Le traitement par le Gardénal à la dose habituelle, moyenne, a modifié d’une façon très notable le type des crises, en les rendant plus giratoires : le début n’a guère changé : bourdonnements d'oreilles, sensations vertigineuses, déplacement des objets dans le même sens, déviation conjuguée de la tête et des yeux, mais la chute, au lieu de se produire assez rapidement et avant que le corps ne fasse un tour sur lui-même, a été retardée; et c’est ainsi que la giration a pu être complète. Dans la majorité des cas, elle a été totale, le corps a toujours fait un tour complet sur lui-même et, à ce moment-là, la perte de conscience s’est produite, d’où la chute. Mais il est arrivé à plusieurs reprises que la perte de conscience ait été vraiment minime, ou bien très retardée, et plusieurs rotations se sont alors produites. À la vérité, jamais plus de deux tours complets, d’une manière assurée.
Cette malade a été examinée sur le plan neurologique
L . es d D) et général à plusieurs reprises par le P° CESTAN et lun
. e . . . LI k de nous: il n’y a jamais eu le moindre signe d’hyperten-
sion cranienne.
Elle a été vue par Clovis VINCENT, en 1933, qui a pratiqué une ventriculographie qui montra une déformation minime de la corne temporale droite, d’où une exploration chirurgicale et celle-ci mit en évidence dans la
région du tiers postérieur de la première circonvolution . temporale, une petite cicatrice très profonde, limitant une
très minime lésion porencéphalique, aboutissant presque à la corne temporale; une exérèse en fut tentée, mais fut incomplète, le ventricule étant ouvert et l’hémorragie difficile à juguler.
Suites opératoires assez bonnes, maïs état de mal banal pendant trois jours, bien que le barbiturique n’ait pas été supprimé.
Depuis lors, et pendant une dizaine d’années consécutives, les crises n’ont pas été très modifiées: elles ont conservé le même type temporal; la malade- a été perdue de vue vers 1944,