INTRODUCTION
À la fin du siècle dernier lorsqu'on a tenté la systématisation des affections du tube digestif, la médecine élait entièrement sous l'influence des doctrines anaätomo-cliniques : tout symptôme devait correspondre à une lésion organique où bien alors il était sans importance. En effet, tout ce qui ne pouvait s’expliquer par l'anatomie pathologique avait été rangé dans le cadre vague dés névroses, de l’hystérie, voire même de la simple simulation.
La tendance actuelle s'éloigne de plus en plus de cette conception. On s’est aperçu que les troubles fonctionnels tiennent une place beaucoup plus grande dans la pathologie que les lésions organiques. On cesse de considérer tout ce qui n'est pas organique comme un fait sans importance, sans signification et sans gravité.
Un des exemples de ce revirement est donné par le renouveau d’intérêt qu'on manifeste pour les ma-
PNEONSE nifestations hémorragiques à pathogénie fonctionnelle. Au premier abord ‘on pourrait considérer cette tendance comme un retour à des idées très anciennes datant de l’époque de la médecine qui précédait l'avènement de la méthode anatomo-clinique. En effet, les auteurs anciens (Van Swieten, Wharton, Portal, Latour) admettaient sans difficulté que du sang puisse s’épancher au niveau de la muqueuse digestive, sans qu'il y ait une solution de continuité considérable de celle-ci. On admettait notamment qu’une grande partie des hématémèses et des melaenas des femmes pouvaient être vica- riantes. Les hématémèses menstruelles constituaient même l’une des classes les plus importantes des hémorragies digestives. Beaucoup plus près de nous, Mathieu, admettait la possibilité d’hémorragies digestives purement nerveuses ou psychiques. Nous y reviendrons plus loin. Comme le font remarquer P. Duval et J. Ch. Roux, toutes les anciennes observations sont sujettes à caution. C'est précisément la différence essentielle entre l’ancienne et la nouvelle conception des hémorragies digestives fonctionnelles. Alors qu’autrefois on admettait l'absence de lésions organiques dans les hémorragies, parce qu'on les connaissait mal, aujourd’hui nous insistons sur la fréquence de ces hémorragies « sine ma-
teria » en toute connaissance de cause. Nous n’ignorons plus que les deux grandes causes de ces hémorragies sont : l’ulcère et le cancer ; aussi ce n’est qu'après les avoir soigneusement éliminés que nous songeons à d’autres causes.
Le premier travail important sur les hémorragies digestives sans lésion est celui de Hale White, en 1901 ; mais il est resté sans grand retentissement. Ce sont les observations publiées en 1924 par P. Duval et J.-Ch. Roux, par Kummer, puis les cas de KR. Petit, de Pauchet, Delort et Luquet qui ont remis en discussion l’étiologie des hémorragies digestives.
Encore, plus récemment, il y a eu une discussion intéressante affrontant les partisans de l’étiologie ulcéreuse et ceux qui admettent la grande fréquence des hémorragies fonctionnelles. Ainsi, Rivers et Wilbur, se basant sur la statistique de la clinique Mayo, concluent à la rareté des hémorragies en dehors de l’ulcère. Par contre, Shaw en Angleterre, Gutmann, Faroy et d’autres en France pensent que la place de l’ulcère est surestimée. De toute façon, aucun de ces auteurs ne met en doute l'existence même des hémorragies sans lésion apparente, la discussion roulant seulement sur leur fréquence.
D'ailleurs, tout dernièrement, des travaux expérimentaux dûs à Reïlly et ses collaborateurs, éclairent singulièrement la pathogénie de ces hé-