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CRISTALLISATION

On sait, depuis les travaux de Cloez et de Maquenne que l'huile extraite des graines de l’aleurites fordii et de l’aleurites montana existe sous deux états un état liquide, constitué en majeure partie par de l” x élaeostéarine, un état solide, constitué en majeure partie par des cristaux de 8 élaeostéarine, isomère géométrique de la variété ©.

L'isomérisation de la variété « en la variété £, qui est irréversible, se produit, soit par épuisement des graines au moyen de sulfure de carbone ou par action de traces de dérivés sulfurés ou 1odés sur l’huile liquide, soit par action de la lumière solaire et plus particulièrement des radiations ultraviolettes sur l’huile liquide.

Nous avons constaté que la tendance de l'huile à cristalliser variait sensiblement suivant son origine et il nous a semblé que, en l’absence de substances étrangères, les radiations ne constituent pas le seul facteur déterminant la formation de & élaeostéarine.

Nous avons eu à notre disposition au laboratoire plusieurs lots d’huiles de « bois de Chine » industrielles présentant les caractéristiques de l’huile de tung pure.

Certains ont été conservés pendant six ans sans précaution spéciale, exposés journellement à la lumière solaire et plusieurs fois à la lumière artificielle. Il ne s’est produit aucune cristallisation.

De même l'huile du lot n° 16 extraite par pression de graines d’abrasin authentiques, n’a présenté aucune cristallisation pendant trois ans.

Par contre les huiles extraites par épuisement à l’éther de pétrole présentent une aptitude bien plus grande à cristalliser.

Immédiatement après la fin de la distillation de l’éther de pétrole, alors que les huiles obtenues étaient entièrement limpides, chaque lot a été réparti en plusieurs fractions placées soit dans des bidons de fer blanc soigneusement dégraissés, rincés et séchés, soit dans des flacons de verre «Pyrex ». Les bidons et flacons bien bouchés ont été conservés dans un placard, à l’abri de la lumière.

Malgré cette précaution, tous les lots d’huile, à l'exception d’un seul (abrasin, lot n° 11), ont commencé à cristalliser après un temps compris entre quelques jours et trois ans à partir de l’ Époque de l’extraction ; le délai le plus fréquent étant de quelques semaines.

D'ALEURITES

Cette cristallisation se produit de Ia manière suivante.

Il se forme au sein du liquide des flocons solides blancs qui, peu à peu, se rassemblent à la partie inférieure en restant d’abord isolés les uns des autres. Puis, leur nombre augmentant, ils se groupent et finissent par envahir toute la masse, qui prend alors l’aspect d’une graisse consistante de couleur blanche ou jaune pâle. Cette graisse fond entre 30° et 60° en donnant une huile jaune pâle.

Par retour à la température ambiante, l'huile reste encore liquide quelque temps. Après un temps

Fig. 7. — Huile de Tung exposée 6 semaines à la lumière solaire. (Grossissement : 100.)

compris entre quelques heures et quelques jours, elle se solidifie à nouveau, comme la première fois, sans que sa température varie.

Quant à l’huile du lot n° 11, elle ne présentait aucune trace de cristallisation après quatre ans.

Nous devons à l’obligeant concours de M. le Docteur Comandon d’avoir pu réaliser des microphotographies de cristaux d’huiles d’aleurites (fig. 7, 8 et 9).

LLMRSTRE

D’après ces observations il nous avait semblé que la tendance spontanée des huiles d’aleurites fordii et montana à la cristallisation était particulière aux huiles extraites par épuisement au moyen de solvants.

Fig. 8. — Huile de Tung exposée 30 heures à la lumière de l’arc au mercure. (Grossissement : 100.)

Notre hypothèse était confirmée par d’autres observations faites en même temps que nous par M. le Professeur Ammann, en France et au Laboratoire de la « National Paint, Varnish and Lacquers’ Association », aux États-Unis. H. A. Gardner juge d’ailleurs le procédé d’extraction par pression préférable à celui par épuisement, en raison de la tendance à la cristallisation de l’huile extraite par ce dernier procédé (68).

Cependant des observations plus récentes nous ont montré que l’huile extraite par pression pouvait présenter également un phénomène de cristallisation spontanée.

En 1933, nous avons reçu d’Indo-Chine trois lots d'huile d’abrasin (lots n°5 21, 22 et 23), expédiés dans plusieurs fûts en fer de 50 litres et ne présentant, paraît-il aucune cristallisation au départ. Deux de ces lots nous sont parvenus, six semaines après leur extraction, partiellement cristallisés. Cette cristallisation a progressé, à l'abri de la lumière et, après trois à quatre mois de séjour dans une cave, l'huile était presque totalement solidifiée.

Enfin de l’huile de tung américaine (lot n° 6) extraite par pression, reçue en 1931 a été divisée en deux parts, placées l’une dans une boîte de fer blanc fermée, l’autre dans un flacon de verre

« Pyrex », conservés tous deux dans un placard fermé. Dès les premiers mois de 1936, des cristaux commençaient à apparaître, aussi bien dans la boîte que dans le flacon. En juin 1936, la solidification était presque totale.

Action des rayons ultra-violets.

Divers échantillons d’huiles de tung et d’abrasin, préparés par pression ou par épuisement, ont été placés dans des tubes de quartz et exposés à la’ lumière d’un arc au mercure.

Des cristaux sont apparus, après un temps compris entre 24 et 48 heures, le long de la génératrice la plus voisine de la source lumineuse.

Solidification des huiles par le froid.

Les huiles d’aleurites fordii et montana se solidifient au voisinage de o®.

Il est naturel d'admettre que cette congélation est indépendante du phénomène d’isomérisation décrit précédemment. Elle se produit, cependant, dans des conditions assez différentes suivant l’état des échantillons exposés.

Fig. 9. — Huile d’abrasin cristallisée spontanément. (Grossissement : 333.)

M. Piettre, Directeur du Laboratoire d’Inspection Sanitaire, aux Halles centrales, a bien voulu nous autoriser à exposer des échantillons d'huiles dans une chambre obscure réfrigérée à —50.

Nous avons fait, ainsi, les observations suivantes :

(68) H. A. GARDNER. Nat. Paint, Varn. Lacq. Associat., circ. 476, 1935, p. 14.

1° Un échantillon d’huile d’abrasin extraite par l’éther de pétrole (lot n° 9) contenu dans un tube fermé, placé dans cette chambre à l’obscurité, s’est solidifié après six jours. Après un séjour de 10 mois et retour à la température ordinaire, il s’est alors liquéfié.

Un échantillon d’huile de tung extraite par l’éther de pétrole (lot n° 2) a donné naissance, après six jours d’exposition au froid, à des flocons solides blancs qui, à l’inverse de ceux obtenus à la température ordinaire, ne se rassemblaient pas au fond du récipient. Ces flocons présentaient un aspect pseudocristallin. L'huile étant alors à la température ambiante les flocons fondaient vers o°. Reportée alors dans la Chambre réfrigérée, l’huile se solidifiait à nouveau après trois semaines.

% Un échantillon d’huile d’abrasin extraite par l’éther de pétrole (lot n° 9) s’est solidifiée dans les mêmes conditions.

Après un séjour de 10 mois de chacune de ces huiles au froid, les cristaux se sont liquéfiés par retour à la température ordinaire.

L'indice de réfraction et la densité de ces huiles ne s'étaient pas modifiés.

2° Un échantillon d’huile d’abrasin extraite par l’éther de pétrole (lot n° 10) s’est solidifié après six Jours d’exposition au froid. Cet échantillon, après un séjour de 10 mois, ne s’est pas liquéfié par retour à la température ambiante. Les cristaux obtenus, observés au microscope, présentaient un aspect analogue à ceux obtenus par l’irradiation

de l’huile. Ils fondaient par chauffage à 50° environ, et se solidifiaient à nouveau par retour à la température ambiante.

Ainsi, dans le premier cas, la cristallisation a correspondu à une simple congélation réversible de l’huile, sans isomérisation. Dans le second cas, au contraire, il s’est produit une isomérisation de l’huile, phénomène irréversible.

A la température ordinaire et à l’obscurité les huiles des lots n°5 2 et 9 ont cristallisé respectivement après 8 et 10 mois ; l'huile du lot n° 10 a cristallisé après 12 jours.

Dans le premier cas, il s'agissait donc d’huiles possédant une faible tendance à l’isomérisation ; dans le second cas, au contraire, d’une huile présentant une tendance à l’isomérisation très accentuée. Selon le cas, les cristaux obtenus par l’acticn du froid sont donc de nature très différente.

Conclusion. — Ces quelques observations montrent qu’il reste encore bien des points à élucider sur les causes de la cristallisation des huiles d’aleurites.

Ce phénomène avait été attribué, tout d’abord, à l’action des radiations ultra-violettes ou à celle de catalyseurs. Il y aurait lieu de connaître les causes de la cristallisation des huiles d’aleurites conservées à l'obscurité et non additionnées de substances étrangères.

Il ne nous a pas été possible de nous étendre davantage sur cette intéressante question, abordée seulement incidemment au cours de notre étude.

AG

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