OBSERVATION VI
(In NICGAISE. Revue de chirurgie, 4885)
Femme de 24 ans entre à l'hôpital Laennec dans le service de M. Nicaise, le 45 avril 1885, pour une tumeur de la cuisse droite. Antécédents personnels : Coqueluche à
4 ans. Forte bronchite à 20 ans. Réglée à 12 ans régulièrement. Quelques pertes blanches.
Au mois de septembre 1884, la malade tombant de sa hauteur sur la face externe de la cuisse droite se fit une contusion assez forte, mais put néanmoins continuer ses occupations.
Dans les premiers jours de mars 1885, elle s’aperçut de l'existence d’une tuméfaction à la face externe de la cuisse, son attention ayant été seulement atlirée par l'augmentation de volume de la région. Cette tuméfaction n'était le siège d'aucune douleur, elle s’accompagnait d'une sensation de gêne quand la malade avait travaillé. Elat général reste bon : à l'entrée, on constate à la face postéro-externe de la cuisse une tumeur dont le bord supérieur paraît à neuf ou dix centimètres au-dessous du bord supérieur du grand trochanter, son bord inférieur élant à dix centimètres plus bas, tandis que dans sa longueur la tumeur mesure vingt centimètres. Elle est divisée en deux lobes par une dépression formée par l’aponévrose du tenseur du fascia lata, le lobe postérieur étant le plus volumineux.
La circonférence du membre prise au niveau de la tumeur, au-dessous de l'épine iliaque antéro-supérieure est de soixante centimètres à droite, de cinquante-trois à gauche.
Peau normale, mobile. La consistance de la tumeur est partout la même, elle est mollasse et donne la sensation d'une fausse fluctualion. Pas de douleurs. Ganglions auginentés de volume au pli de l'aine. Les viscères sont sains.
Une ponclion exploratrice faite asepliquement est pratiquée le 18 avril avec l'aspirateur Polain. Il ne sort pas une goutte de liquide, ni sang, ni sérosité.
La malade est examinée par plusieurs chirurgiens, mais le diagnostic reste indécis. On hésite entre un lipome, un myxome, OU Un myxo-sarcome. C'est à celle dernière opinion que se rattache M. Nicaise.
Opération le 8 mai en présence de M. Poulet. Les divers diagnostics portés élaient erronés : il s'agissait d'un kyste à grains riziformes ; pendant la dissection de la tumeur,une incision donna issue à une énorme quantité de ces grains, sans aucun liquide. Les grains pesaient ensemble 390 grammes. Une partie de la paroi du kyste fut excisée, le reste fut gratté avec la curette tranchante. L'on fit une contre ouverture dans la partie profonde de la poche, pour y placer un tube à drainage.
La plaie et la cavité sont lavées avec la solution phéni quée forte. Sutures. Drainage.
On observe dans les suites opératoires un peu de suppuration de la poche : ce fut la seule complication.
Le 3 juin, la guérison est presque complète sauf un trajet fistuleux qui existe au niveau du drain postérieur. La tumeur était située au-dessous du bord inférieur du grand fessier, entre l'aponévrose fémorale et les muscles vaste externe et la portion externe du biceps. La poche ne présentait pas de cloisonnements. La paroi très adhérente aux tissus sous-jacents élait rougeatre, molle, tomenteuse et en plusieurs points elle était recouverte de dépôts d'un jaune clair, d'apparence fibrineuse. Le kysle ne contenait que des grains riziformes sans liquide,