OBSERVATION VII
(William Carpexrisr, Rouen 1920, Revue d’Orthopédie)
Fracture in ulero des deux os de la jambe gauche au tiers inférieur. Consolidalion vicieuse avant la naissance.
Ernest V..., 21 ans, m'est adressé pour malformation congénitale du membre inférieur gauche. Les directions des deux tiers supérieurs de la jambe, de son tiers inférieur et du pied forment un Z renversé presque régulier.
On voit que la crête tibiale change brusquement de direction sous un angle de 35° à sinus postérieur et rencontre le dos du pied sous un angle de 38° à sinus antérieur. Les profils du tendon d'Achille et du mollet se coupent à angle droit. De face on note que le sommet de l’angulation tibiale est arrondi, boutonné et que la peau est peu mobile sur l'os sousjacent. Le pli de flexion du pied est profondément accusé : la peau s’appose à elle-même sur une étendue de 3 cm. sur la ligne médiane, elle est atteinte d’intertrigo. Le pied paraît absolument normal, à cela près que la voûte plantaire est légèrement affaissée. Le 1° orteil est en valgus et le 5° orteil en marteau.
La marche est possible quoique très pénible : pour suppléer au raccourcissement, le malade s’est confectionné une chaussure qui épouse grossièrement la déformation et qui porte une semelle de 11 centimètres à sa partie antérieure.
Cet homme ne présente aucune trace de rachitisme et d'hérédo-syphilis. Il est né à terme et dès sa naissance son pied s'est présenté tel que nous l'avons décrit, On lui a souvent répété que sa mère avait fait une chute grave qui l’obligea à garder le lit jusqu'aux environs du terme. La radiographie montre qu'il s'agit d’une fracture des deux os de la jambe au tiers inférieur vicieusement consolidée, Cette opinion se justifie par le chevauchement des fragments qui viennent se perdre dans un cal très dense.
Cet homme demandait l'amputation : après m'être rendu
na
compte du défaut d'élasticité des parties molles j'abandonnai toute idée d’ostéotomie ou d’ostéoclasie et lui fis l’amputation au tiers moyen à lambeau postérieur. Au cours de l'opération, je remarquai surtout l’aplasie osseuse portant surtout sur le péroné qui était réduit à une grêle baguette creusée d’un canal médullaire admettant à grand’peine une sonde cannelée : on eût dit un os de jeune poulet. L’artère tibiale postérieure était déplacée, les artères péronière et tibiale antérieure avaient le calibre d’une radiale d’adulte.
Selon nous, il s’agit d’une fracture de jambe in utero due vraisemblablement au traumatisme de l'organisme maternel et qui s'est consolidée en position vicieuse avant la naissance. À quelle autre cause en effet pourrions-nous l’attribuer ? Cet homme vigoureux et musclé ne présentait aucune trace de rachitisme. Il nous paraît également inutile de discuter le diagnostic de syphilis héréditaire dont cet individu n'avait pas le moindre stigmate. Peut-on songer à une déformation par brides amniotiques ? Pas davantage, puisque les téguments n'offraient ni cicatrice ni adhérence.
Mais est-il besoin d'insister davantage puisque la radiographie a montré l’image d’une fracture typique avec chevauchement et gros cal ?