OBSERVATION XIV, PAR M. ADOLPHE RICHARD
(Gazette Hebdomadaire I. p. 1082
Un jeune homme de vingt-six ans, épicier, nommé Pfaff, occupe, depuis le 1° Avril, le N° 29 de la salle Saint-François, à l'hopital Saint-Antoine. Sa vue est excellente à droite, mais depuis trois mois, elle estabolie du côté gauche. Déjà avant cette époque, l'œil gauche était très faible. Blessé par un instrument tranchant dans sa toute première enfance, il n’eût pour ainsi dire pas conscience, Jusqu'à l’âge de vingt deux ans de l'infirmité qui en fut la suite, Mais il y a quatre années environ, il
souffrit un peu dans l'œil gauche; la lumière lui était pénible par intervalles, l'œil rougissait souvent. Ces symptômes s’accrurent dans Ces derniers temps: la lumière du gaz, en particulier, lui devint,.le soir, presque insupportable et c'est au milieu de cette gène croissante que, vers le commencement de cette année 1854, habitué dès lors à interroger la faculté visuelle de l'organe malade, il reconnut un jour que celle-ci était entièrement abolie.
Jusque-là, il avait négligé tout soin médical : alors d’après certains conseils, il employa des collyres qui n’amenèrent aucun changement favorable. Enfin il se présenta à la consultation des yeux, au Bureau central etjele fis entrer dans mon service à hôpital Saint- Antoine.
Voici quel était l’état de l'œil malade :
La cornée offre en haut et en dedans une cicatrice blanche, linéaire, plate. Derrière elle, toute la moitié supérieure de la Chambre oculaire, au lieu de laisser voir l'iris, est occupée par une tumeur. Celle-ci, limitée en haut par la circonférence cornéenne elle-même, a un bord intérieur hibre régulièrement bilobé. De là, résulte sur ce bord un angle ou échancrure dont la pointe est attachée à la cicatrice de la cornée, et dont la flèche ou bissectrice est marquée par une ligne noire: c’est la pupille et ses deux lèvres appliquées interceptent l'accès ‘de la lumière. La tumeur estlisse à sa face superficielle qui touche la cornée, en regardant obliquement le bord échancré, on voit que la face profonde ne dépasse pas l'iris. Sa couleur est bleuâtre, opaline, et de son aspect on conclut qu’elle doit être formée par un liquide em-
En Ro
prisonné dans une poche très fine. J'ai dit que la tumeur ne chasse pas l'iris en arrière ; mais elle est réellement intra-irienne, comme le prouvent quelques fibres dissociées de l'iris qu’on aperçoit çà et là couvrant le kyste. Le globe oculaire offre son volume normal. Sous la conjonctive, une vascularisation profonde se dessine dans tout le grand angle et aboutit à un cercle carminé péricornéal. Ce signe est en rapport avec une certaine tension douloureuse qu'accuse le malade, surtout sous l'action d’une lumière vive.