OBSERVATION I
(Personnelle)
F.. André, 43 ans, infirmier, est envoyé dans le service de Chirurgie générale par M. le Professeur Rimbaud, qui le traitait dans son service pour ictère par rétention, accompagné de crises douloureuses sous-hépatiques, provoquées peut-être par un kyste hydatique calcifié ancien qui avait été mis en évidence par une radiographie.
L'histoire de ce malade est la suivante: en 1932, le malade ayant fait une chute dans un escalier entre à l'hôpital. L'examen radiographique du thorax, fait à cette occasion, décèle une fracture pluricostale à droite (arc postérieur des neuvième, dixième, onzième et douzième côtes, ligne axillopostérieure des huitième et neuvième côtes), et en plus, une image typique de kyste calcifié du volume d’une mandarine située en plein parenchyme hépatique.
Cette image, véritable découverte radiologique, paraissait traduire Ia terminaison d’une évolution kystique, le malade ne se plaignait de rien, le foie était normal, indolore, il n’y avait pas eu d’ictère, ni d’urticaire.
Le malade sort donc du service quelque temps après, guéri de sa fracture et toujours porteur de son kyste latent.
Pendant les trois ans qui suivent, il vaque à ses occupations habituelles sans ressentir de malaise.
En décembre 1935, les phénomènes douloureux éclatent avec une grande violence, se reproduisant toujours avec la même modalité évolutive. Ces crises douloureuses paroxystiques sont suivies d’ictère avec une très légère ascension thermique. Elles durent en général huit ou dix jours, quelquefois moins, trois ou quatre jours seulement. Entre ces
périodes, le malade, qui ne souffre pas, se croit guéri. Ces douleurs qui ont un maximum dorsal, au niveau des dernières vertèbres dorsales, irradient en ceinture de part et d'autre, aboutissant en avant à un point douloureux maximum de siège épigastrique. Ces douleurs affectent le type de torsion, d’étau, de déchirement profond avec quelquefois décharges électriques.
Pendant ces crises, la palpation abdominale révèle une zone épigastrique et vésiculaire hyperesthésique avec contracture des muscles droits à ce niveau.
L'ictère survient rapidement avec le caractère d’icière total par rétention (matières décolorées, présence de pigments et de sels dans les urines, peau et muqueuse très colorées).
Ces crises très violentes nécessitent plusieurs injections de morphine, la température oscille entre 37 et 38°. Puis, en quelques jours tout rentre dans l’ordre les douleurs s’atténuent, l’ictère pâlit et disparait, le malade revient à un état de santé parfaite.