HISTORIQUE DE LA QUESTION ET BUT DE CE TRAVAIL
Les kystes hydatiques des os restèrent longtemps confondus parmi les autres affectations du squelette.
C’est seulement vers la fin du xvm° siècle que l’on trouve dans la littérature médicale le premier cas rapporté avec des caractères suffisants d'authenticité. L'observation due à Cullerier est mentionnée dans le Journal de Médecine et de Chirurgie de Corvisart, t. XII, p. 125. Il s agissait d’un malade porteur d'une tumeur située à la partie antérieure et supérieure de la jambe. Cette tumeur fut ouverte par la postasse caustique et le fer rouge : un liquide épais, inodore, grisâtre s'écoula, et l’on vit qu'il existait dans le tibia une cavité contenant une certaine quantité de vésicules
hydatiques.
Puis Webster, Keate (1819), Langenbeck {1820), A. Cooper, Dupuytren, Rame (1836), pubhèrent de nouvelles observations de kystes hydatiques du frontal, de l'humérus, du fémur, du tibia.
En 1838, on trouve rapportée dans le Journal l'Eæpérience une relation allemande dans laquelle, pour la première fois, l’auteur Dezeimeris rassemble tous les faits publiés jusqu’à lui.
C'est également en 1838, que paraît à Montpellier, la thèse d'Escarraguel, dans laquelle nous trouvons une autre statistique, mais moins complète que la précédente, Enfin en 1850, dans un article du Dictionnaire en 30 volumes, Bérard étudie la question et donne de l'affection un tableau cliniqué parfait.
À partir de cette époque,les auteurs publient successivement les observations, qui sont rassemblées par Viertel en 1875 dans les Archiv. v. Laugenbech, & XVIII, p: 2476, et par Daverine èn 1877, dans son Traité des entozoaires et des maladies vérmineuses.
En 1878, Reczéy publié une nouvelle statistique de trente-trois cas ét, à partir de ce moment, nous ne trouvons plus que des observations éparses, parmi lesquelles nous ñe méntionnéerons que celle de Hahn en 1 802.
Dans üne communication à la Société de Médetine de Berlin, à propos de cette observation, Virchow reprend la question et essaie d'expliquer l’Anatomie patholôgique des kystes hydatiques des os. Virchow présentait quatré pièces d'échinocoecosé osseéusé, et, en les étudiant, il les rapprochait dece qu'il avait décrit dans le foie sous le nom de « tumeur échinoeoccique
multiloculaire ». Il concluait en disant : «Jesuis disposé à admettre que ce sont les conditions extérieures, l'ambiance, le milieu, dans lequel se trouvent les parasites qui déléfminent leur forme pärticulière, et non une différence d'espèce ». Nous trouvons dans cétte déclaration le comméncement d’une discussion, à peine terminée à l’heure acluéllé, sur les kystes multilo- Culares ét les kystes alvéolaires. Nous eéxposerons cette discussion dans ün prochain chäpitre de notre travail.
Quatre ans après, en 1886, paraît la thèse d’agrégalion dé Gangolphe sur les kystés hyÿdatiques des os.
Jusque là, dans la liffératuré médicale, nous n'avons trouvé que des obsérvätions isolées, des statistiques plus où moins complèlés, présque sans analyse critique : aucun travail d'éñsemble ñe periméttait d'étudier cellé question.
Dans celte thèse remarquable, restée classique dans toutes lés écoles chirurgicales, Gangolphe rassémble cinquante-deux cas d’éthinococcose osseuse : il les analyse dans leurs moindres détails et 1l les critique à la fois, avec l'esprit du clinicien qui a vu beaucoup et du savant qui sait voir, qui cherché, qui interprète et qui généralise. De cé travail est sorti une étude magistrale à läquelle on a peu touché dépuis.
Il a en effet tracé d’uné facon définitive le tabléau clinique de cette affection et il a posé les lignes diréctrices d’un diagnostic si difficile.
Nous n'avons aäctuéllemént à ÿ ajouter qué les donnéés qui nous sont fournies par les découvertes les plus récentes de là seréncé et de la biologie : nous vou-
lons parler de la radiographie el de l'application à la clinique des réactions humorales de l'organisme.
IL s'est attaché aussi, particulièrement, à la deseription anatomique des lésions, et il a mis en évidence les caractères anatomo-pathologiques des kystes hydatiques osseux. Cette partie de sa thèse a été surtout critiquée, car, ainsi que nous l'avons déjà vu, c'est à cette époque que commença la discussion sur le point de savoir si les kystes hydatiques des os devaient se ranger parmi les tumeurs que Virchow avait appelées : « tumeur échinococcique multiloculaire ». Comme Gangolphe concluait en disant que « les kystes hydaliques des os paraissent appartenir pour la plupart à la forme multiloculaire, si rarement observée dans les autres organes », on l’accusa d’avoir confondu les deux formes, et on lui reprocha d’avoir rendu cette notion désormais classique. Mais 1l faut bien dire que, ayant fait sa thèse plus avec l'analyse des observations recueillies par Îui, que par l’examen direct des pièces, et, ayant été frappé par la forme loute spéciale que prennent les kystes hydatiques au niveau des os, Gangolphe avait été tout naturellement conduit à suivre le célèbre anatomo-pathologiste.
Nous ne voulons pas aborder cette discussion pour le moment, nous la résumerons brièvement quand nous étudierons l'anatomie pathologique des kystes hydatiques des os.
Gangolphe reproduisit ses idées, en 1894, dans son Traité des maladies infectieuses des os, et on peut dire que depuis ce sont les travaux fondamentaux sur la question, travaux dont s'inspirèrent tous ceux qui
après lui s'occupèrent des kystes hydatiques osseux.
Nous retrouvons en effet les idées de Gangolphe, dans la thèse de Bron en 1894, sur les kystes hydatiques des os.
De cette époque à nos jours, nous trouvons des observations publiées isolément en même temps que les malades se présentent.
En Amérique du Sud, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Suisse on rapporte des cas.
En 1898, Dœbbelin, chirurgien major de la Charité de Berlin, à propos d’un cas de kyste hydatique du bassin, rassemble 23 observations.
En 1908, Becker, en faisant une étude de la maladie hydatique en Mecklembourg, trouve 4 cas de kyste hydatique osseux sur 327 qui intéressent les différents organes.
. La même année Reich (de Tubingen) publie une nouvelle observation et rassemble 31 cas de kystes hydatiques des os longs. Il publie dans le journal Beiträge für klinischen Chirurgie un travail très documenté où il cite la statistique de Fraugenheim (113 cas).
Enfin à Lyon, en 1913, Bardin, dans sa thèse à propos d'une malade du professeur Jaboulay, rassemble 15 cas de kystes hydatiques du fémur.
Nous nous proposions dans ce travail, commencé plusieurs mois avant la guerre, de faire une étude générale des kystes hydatiques osseux, et de la compléter par une étude expérimentale.
Les évènements tragiques que nous subissons encore à l'heure actuelle nous ont fait abandonner cette dernière partie de notre travail,