‹ Contribution à l'étude des limites de certains délires alcooliquesChapitre 45 sur 51 · I. Eléments reconnus comme personnels · texte numérisé non relu

I. Eléments reconnus comme personnels

1° A partir de ce moment, elle eut des « pressentiments » qui lui firent prévoir certains faits, comme par exemple, le moment et la façon dont son mari serait blessé pen-

dant la guerre. Ces pressentiments se manifestèrent encore par moments. « Il y a deux mois nous dit-elle, j'ai prédit la guerre pour le mois de novembre ». Invitée à s'expliquer : « C’est inexplicable, cest par lintuition, quelque chose qui se met en moi, que je ne peux pas vous définir. Je peux dire: tel jour, tel moment, il m'arrivera cela. c’est dans moi. une intuition de soi...

2° Elle devine la pensée de certaines personnes, celle en particulier de son mari, celle de sa mère quand celle-ci vivait. Elle insiste sur l’élément personnel qui la force à « travailler du cerveau ». C’est une pensée dit-elle, car il faut travailler pour cela, malheureusement, continue-t-elle, on enferme ceux qui arrivent à penser dans la pensée des gens ». D’une façon générale, eile considère ce devinement comme un don personnel : « Cest intuitif chez moi; tout d’un coup, ça me vient ».

3° Invitée à préciser ce travail du cerveau, elle se plaint de la nature généralemest obsédante de son état. « Je travaille de la tête, il ny a rien à faire... C’est malgré moi que ça travaille. Mais si ce n’étaient pas des pensées à moi, je ne vous le dirais pas. Je cherche trop, je fouille de trop pour tâcher de savoir un peu plus loin. En ce moment, je suis sur une piste. Je travaille toute seule. J’arrive à lutter contre leur production ».

4° Ce « travail cérébral >» re s’accomplit d’ailleurs pas sans un certain élément de jeu qui s’oppose aux allégations d’incoercibilité : « Je prends plaisir à travailler à cela, surtout ici, on n’a que ça à faire. ». D'ailleurs, elle a la possibilité de faire travailler « quand elle veut » son cerveau. Je travaille toute seule dans le cerveau un genre d’intuition. « Quand je ne veux pas, mon cerveau ne travaille pas ».

5° Ces faits paraissent, au moins partiellement, entretenus par des rêveries. C’est ainsi. qu’elle nous demandera si le D' C qui l’examina jadis à l’hôpital Henri Rousselle est mort : « Je l’ai rêvé en effet, et je me suis fait enfermer pour vérifier si c'était vrai »… Puis, aussitôt : Oh ! mais, ce n’était pas un rêve. Je dis que je rêve pour l'expliquer,

or pe

mais c’est que je pense tout éveillée. J’ai entendu le D' C,. appeler au secours. Je ne l’ai pas revu. Si j'avais voulu, j'aurais pu ne pas être ici.

6° C’est à l’occasion de l’ensemble des faits précédents que s’est développé chez elle le sentiment d’un don, avec tendances altruistes. En faisant travailler le cerveau, on peut traiter de n’importe quoi : c’est dommage que je n’aie pas fait ma médecine. Il y a du beau travail à faire, Maintenant il faut que je fasse la définition des choses. approfondir.. ce que je mets en train. dont je vous causerai beaucoup plus tard.

Elle fait allusion ici à un don mystérieux qu’elle aurait découvert de façon subite : « procédé destiné à guérir les fous et toutes les maladies par l’invisibilité. « Il y a là, dit-elle, matière à un livre qu’elle se propose de rédiger à sa sortie, ou de confier à son beau-frère, médecin, pour qu’il le présente à l’académie : « J’ai trouvé toute seule, je vous jure. Vous n’avez pas idées de ce que j'ai dans ce cerveau-là.… Si vraiment l’Académie veut accepter ça il n’y aura plus beaucoup de fous à Ste-Anne. Je n’ai pas voulu vous dire. Secret professionnel... J'étais sure de moi... même sans faire d'expériences sur les personnes. Je vous assure que je ne l’aurais jamais dit, si je n’en avais pas été sûre ».

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