L.. Jean, 42 ans, est entré avec le certificat suivant, le
8 novembre 1932 :
Délire hallucinatoire avec idées de persécutions et de
grandeur. À remarqué que la police le suivait depuis des
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années, on lui parle en mal, ou en bien; on l’instruit, on raconte qu’il est le roi de France, Un client lui a demandé de le conduire à l’Eglise, on lui a fait signer des papiers. C'était une acceptation de la royauté sans qu'il le sache. Jalousie : sa femme le trompe avec son neveu. Velléité d’homicide sur lui. Menaces à sa femme. Période anxieuse, avec fugue panaphobique. Appelle au secours, croit qu’on veut le tuer. Débilité mentale. Réflexes tendineux vifs. Inégalité pupillaire légère (gauche plus grande). Alcoolisme nié. Bordet-Wassermann négatif.
Liquide céphalo-rachidien : alb. 0,60, glob. 1/1, leuc. : 0,4. Benjoin 00000, 22222, 10000. Parégorique 11.1. Bordet-Wassermann négatif. Meinicke partiellement plus. L'état mental de M. L.. rend nécessaire son placement dans un asile d’aliénés.
Signé : D' Courtois.
Certificat immédiat. Du 10 mars 1931.
Idées délirantes de jalousie et de grandeur. Stupidité des thèmes. Dislocation (a refusé un million qu’on lui offrait pour coucher avec la fille du Kaiser. Le prince de Galles lui a offert le trône de Jésus).
Affaiblissement intellectuel et peut être débilité mentale. Inégalité pupillaire, réflexes rotuliens exagérés. Dissociation. Albumine cytologique. Aurait suivi un traitement par piqûre ? Nie tout éthylisme et syphilis.
Signé : D' Masquin.
Certificat de quinzaine. Le 23 novembre 1932.
Idées délirantes de jalousie et de grandeur, laxité des associations, stupidité de thème, sentiment d’étrangeté. Autoagitation à l’entrée avec onirisme nocturne, actuellement disparu. Débilité mentale.
Signé : D' P. Masquin.
I) Antécédents héréditaires. — Père mort subitement de « congestion cérébrale » vers 62 ans. Corpulence robuste. Caractère jaloux et coléreux.
Mère morte (?) vers 62 ans.
Appartient à une famille de 9 enfants, dont deux tués à
Fo, 1e
la guerre et une fille morte vers 51 ans d’hypertension artérielle.
I) Antécédents personnels. — A toujours été en bonne santé. Ne s’est pas alité une seule fois en treize ans de ménage.
Depuis quelques temps avait des vomissements pituiteux (origine de ses idées d’empoisonnement) et des crampes douloureuses dans les jambes, la nuit.
HI) Histoire de la maladie. — Début mai 1932. Un soir il rentre chez lui, accuse sa femme de le tromper, mais dix minutes après, reconnaît ses torts.
Sur ces entrefaits, il va avec sa femme, pour trois mois, à Ja campagne. Ce séjour était destiné à reposer sa femme des fatigues d’une opération récente (fibrôme, appendicite).
Pendant trois mois, le malade émet des idées de jalousie. Il maigrit, tout en mangeant bien. Il se plaint de frissons dans la tête.
Sa jalousie se manifeste d’une façon très particulière. Le plus souvent le malade étant au lit, il réveillait sa femme et lui disait: « Avec qui me trompes-tu ? », et il répétait cette phrase plusieurs fois de suite, en s’irritant peu à peu, mais sans colère explosive. A ce moment le visage était vultueux, 10 minutes après, la colère passée, il regrettait ses paroles. Même il s’effrayait de ce qu’il avait dit, et exprimait sa crainte de venir fou.
Rentré de la campagne le 1° octobre, le malade craint de rentrer chez lui. Il dit : « Les gens vont dire : Voilà le fou qui rentre !! ». Il reprend son métier de chauffeur 8 jours. La femme le contraint alors de cesser tout travail. Luimême se sentant dans son état normal.
À ce moment, nouveau symptôme. Il accuse sa femme de vouloir l’empoisonner (toujours sous la forme obsédante) et dans son esprit, il semble bien que ces idées d’empoisonnement se reliaient logiquement à celles de jalousie. Il disait notamment que le médecin (avec qui il soupçonnait sa femme de le tromper) allait ai: à l’empoisonner. Peu après ses idées de persécution s'étendent : la nuit, il a des
2e NO
illusions, il entend des pas dans l'escalier, on vient pour le tuer, un certain jour, il s’éveille brusquement et demande à sa femme pourquoi elle veut l’empoisonner, se lève soudain et passe par la fenêtre du premier étage. Puis il se met à courir en chemise dans la rue. Il est poursuivi et rattrapé par des amis. Il déclare, alors, qu’on voulait le tuer et tuer une autre personne et qu’il allait chercher un agent.
Ceci se passait le 30 octobre. C’est à cette occasion que sa femme l’amène à l’hôpital. Il est à noter que ces derniers propos traduisaient un peu d’incohérence. Il avait aussi depuis quelques temps, des idées de richesse, mais celles-ci s’alliaient aux idées de préjudice. Ainsi, il disait à sa femme qu’elle avait dilapidé 200.000 francs qu’il avait gagnés.
Au moment, où il fut amené ici, il fit reproche à sa femme de le mettre avec les fous et disait : « Si toi, tu étais comme moi, je t’aurais gardé ». Dans les dernières semaines, il ne se rappelait jamais ce qu’il avait fait la veille.
IV) Examen physique. — Les pupilles sont normales. Les réflexes tendineux vifs. Pas de tremblement.
V) Examen biologique. — Dans le liquide céphalo-rachidien :
Tension : 2,5 — Albumine : 0,50 — Réaction de Pandy : 0 — Cytologie : 1 par mm$ — Wassermann : négatif; Meinicke : négatif.
Dans le sang : Bordet-Wassermann, Meinicke, Kohn : négatifs.
VI) Evolution : 15 novembre. —— Aspect hostile et méfiant. Malade agité, toujours maintenu. Vagues idées mélancoliques. I1 vaut mieux le tuer tout de suite, « douze balles dans la peau ». La nuit : onirisme terrifiant, on veut le tuer. Il voit des gens armés de fusils autour de son lit. Réticence en ce qui concerne ses idées délirantes. Ce n’est qu’à la longue qu’il avoue avoir reçu une proposition d’un million pour coucher avec la fille du Kaiser.
21 Novembre. — L'état du malade s’est beaucoup modifié. Depuis ie 20, plus de délire onirique, sommeil bon.
Comportement à peu près normal pendant le jour. Quand on l’interroge, le malade répond avec assez de docilité et de bonne humeur, bien que parfois, il montre un peu de réticence, disant, par exemple : « Vous le savez mieux que moi, c’est dans mon dossier ». Toutefois, il importe de remarquer qu’il dit cette phrase sans aucune acrimonie.
Mis en présence de ce qui s’est passé, il dit: « Je devais être un peu fatigué; mais, maintenant, je suis tout à fait bien ». Au sujet de ses idées de grandeur, il dit: « Je l’ai peut-être bien rêvé ».
En somme, disparition complète du délire onirique, pas de signes de démence appréciables, ne reconnait pas avoir été malade et ne convient pas de l’absurdité de son délire; peut-être réticent afin d'obtenir sa sortie.
Le malade sort avec le certificat suivant, le 20 décembre 1932 : Est amélioré des troubles qui ont motivé son admission et peut être rendu à sa femme qui s'engage à le re-
prendre et à le surveiller.
Signé : D' P. Masquin.
Le malade nie tout éthylisme. D'autre part, des renseignements certains, puis auprès de sa femme et de son entourage ont confirmé, pleinement, l’absence absolue de toute intempérance chez lui. Des recoupements ont vérifié ces renseignements. Or nous assistons, chez lui, à un délire de jalousie typique, sur lequel se greffent des raptus anxieux, avec défenestration qui simulent à s’y méprendre un délire alcoolique, auquel s'ajoutent pour compléter la vraisemblance au point de vue clinique, quelques vomissements et des crampes dans les mollets, et, au point de vue évolutif, une amélioration sensible, au bout de plusieurs semaines d’hospitalisation. Il faut noter par contre chez cet
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homme le terrain spécial de débilité, qui, d’ailleurs, au point de vue social, ne l’avait pas empêché de parvenir à une honnête aisance. Peut-être ce terrain doit-il être rendu responsable des quelques idées de grandeur mentionnées au
cours de la maladie.