OBSERVATION I
(Personnelle)
Amélie P.., 45 ans, se présente, le 4 décembre 1913, à la visite de M. le Professeur Villar, à cause d’une tumeur du front. Cette tumeur, qui siège à gauche de la ligne médiane, et à un travers de doigt de celle-ci, s’est développée lentement et sans douleur, depuis 10 ans, et atteint maintenant le volume d’un œuf.
Le père de la malade, fortement éthylique, est mort à 53 ans d’une affection cardiaque. Mère morte du diabète à 68 ans. Deux frères, éthyliques, morts tuberculeux. Une sœur bien portante.
La malade paraît jouir d’une bonne santé. Aurait eu quelques attaques de rhumatisme; relate pourtant, dans son enfance, un abcès, à la tempe gauche, qui a duré 3 ans et qui avait, d’après ses dires, tous les caractères d’un abcès froid. Elle a constaté, depuis l'apparition de sa tumeur, des migraines très violentes. Au moment de ces migraines, raconte-t-elle, la tumeur durcissait, grossissait à vue d'œil et devenait turgescente.
RE
Amélie P.. a 2 fils et une fille. Celle-ci, ainsi que le plus jeune de ses frères, ont de la bronchite chronique, sans toute-. fois trace de tuberculose. +
À l'examen, la tumeur est nettement hémisphérique, sans lobulation nette; du volume d’un œuf, elle est mobile sous la peau qui est normale, mais par contre, adhérente à l’os frontal. Elle a une consistance mollasse, presque fluctuante, qui fait diagnisquer un kyste dermoiïde. Pas de battements ni de souffle.
La malade ne peut donner aucune cause apparente à sa tumeur.
On arrive, par une incision verticale, sur la tumeur, qu'on trouve être un lipome encapsulé, adhérent par sa face profonde au périoste du frontal. L’extirpation est complétée par la rugination de los. |
La guérison est rapide et sans aucun incident. La malade, revue le 5 mai 1914, ne porte plus qu’une cicatrice légère. Elle remarque que depuis l’ablation de la tumeur les migraines fréquentes ont complètement disparu.
A l’examen microscopique, la tumeur a été trouvée être une
lipomatose pure, sans aucun élément spécial caractéristique.