INTRODUCTION
Lorsque M. le docteur Gastou, chef de clinique, adjoint à l'hôpital Saint-Louis, eut l'amabilité de nous proposer, pour sujet de thèse inaugurale, une étude sur les manifestations rénales de la syphilis acquise, nous savions, certes, que la syphilis pouvait attaquer le rein comme elle attaque tous les organes, et cela à toutes ses périodes ; mais nous avions toujours considéré ces néphrites syphilitiques comme excessivement rares, et comme ne devant occuper qu'une toute petite place dans le cadre nosologique.
Les néphrites syphilitiques sont rares, ilest vrai, surtout celles qui se manifestent à une période tardive de la syphilis ; mais si l’on réfléchit que, grâce à un traite-
RE mentapproprié, la maladie est souventguéried'une façon quelquefois très rapide, en quelque sorte miraculeuse ; alors que la thérapeutique ordinaire des néphrites n'eût donné que de déplorables résultats ; on voit qu'il est de toute importance que la syphilis entre en ligne de compte comme cause étiologique chaque fois que l'on se trouve en présence d'une néphrite; importance si grande, nous le verrons dans la suite, que nous n'hésitons pas à administrer le traitement spécifique à tout individu syphilitique qui présente des symptômes de lésions rénales.
Nous ne nous occuperons pas, dans ce travail, des manifestations rénales de l’hérédo-syphilis, nous bornerons notre étude aux néphrites apparaissant dans le cours de la syphilis acquise.
Parmi ces dernières, nous distinguerons celles qui apparaissent pendant l'évolution du chancre, ou peu de temps après, pendant la période des manifestations secondaires de la syphilis. On a donné à ces néphrites le nom de néphrites syphilitiques précoces.
Cette période secondaire de la syphilis, peut avoir une plus où moins longue durée; longue en général dans la syphilis bénigne, elle devient courte dans les cas de syphilis maligne à poussées de lésions secondaires subintrantes, et aboutissant rapidement au tertiarisme.
M. Mauriac (1) a trouvé dans 23 cas de néphrite
(1) Mauriac, Syphilose rénale, Archives de médecine, 1886.
—— 7 = syphilitique dite prêcoce, une moyenne de six mois et
demi, entre l’époque de l'apparition du chancre et celle des symptômes de néphrites.
Nous distinguerons ensuite celles qui apparaissent dans le cours du tertiarisme, à une époque éloignée de l'accident primitif.
On a donné à ces néphrites le nom de néphrites syphilitiques tardives.
Ces mots de précoces et de tardives n’ont aucune valeur absolue, et ne fixent nullement l'âge d'une syphilis.
On pensait, il n'y a pas encore très longtemps, que la syphilis tertiaire apparaissait à la fin de la deuxième année. Mais M. le professeur Fournier, dans une statistique comprenant 3.429 malades, a vu que, fréquemment, des lésions tertiaires, caractérisées par leur plus ou moins grande profondeur, leur tendance désorganisatrice, le monomorphisme des éléments, et le groupement de ces mêmes éléments, survenaient dès la fin de la première année dans les syphilis malignes.
Ces quelques considérations ont une importance pronostique assez considérable : une néphrite syphilitique sera généralement bénigne, si la syphilis qui en est cause est elle-même bénigne ; nous disons généralement, car nous verrons que, dans quelques cas, la syphilis bénigne a provoqué des néphrites graves à terminaison fatale.
De même, une néphrite syphilitique, aura de grandes
DATE chances d’être grave, si elle apparaît dans le cours de manifestations graves de La syphilis. |
Si le travail que nous publions, n'apporte que peu de matériaux servant à l'édification du chapitre de la syphilis rénale; du moins il nous procure le plaisir d'exprimer publiquement nos sentiments de profonde gratitude aux maîtres qui ont dirigé nos études médicales.
D'abord à M. le docteur Gastou chef de clinique adjoint à l'hôpital Saint-Louis, pour son accueil toujours si bienveillant et son intarissable obligeance que nous avons si souvent mise à contribution.
A M. le docteur Barth, dont les leçons claires et précises ont facilité nos débuts dans l'étude de la médecine.
A MM. le docteur Delbet, le docteur Demelin, chef de clinique d’accouchements de la rue d'Assas.
A M. le professeur Dieulafoy.
Enfin et surtout à M. le professeur Fournier qui veut bien nous faire l'honneur de présider notre thèse, après nous avoir donné, dans ses brillantes leçons cliniques, un peu de cette science qu'il répand si généreusement autour de lui.
Que M. Kortz, le dévoué proviseur du lycée Montaigne, veuille bien accepter l’hommag'e de notre véné- ‘ration et de notre profond respect. Nous n'oublierons jamais, ni les sages conseils qu'il nous a prodigués, ni la bienveillance constante dont il a fait preuve à notre égard pendant le cours de nos études.