‹ Contribution à l'étude des modifications du sang dans les néphritesChapitre 28 sur 58 · TOXICITÉ DU SÉRUM AU COURS DES NÉPHRITES · texte numérisé non relu

TOXICITÉ DU SÉRUM AU COURS DES NÉPHRITES

On recherche habituellement la toxicité du sérum en l'injectant dans les veines d’un lapin (procédé de Bou-

RES chard). Quelques auteurs ont eu recours à la méthode de l'injection intra-cérébrale à des animaux.

Toxicité du sérum recherchée par injection intraveineuse au lapin. — La technique est assez simple, et il s’agit simplement de rechercher la dose de sérum nécessaire pour déterminer la mort de l’animal; on arrête l'injection intraveineuse dès que l’animal est mort et que sa respiration est suspendue. Il est ensuite facile, grâce à un calcul, de déduire du poids de l'animal et de la quantité du sérum injecté, celle qui est nécessaire pour tuer 1 kilogramme d’animal. La toxicité du sérum humain normal pour le lapin est de 10 centimètres cubes pour beaucoup d'auteurs, de 17 centimètres cubes pour Guinard et Dumarest.

Les résultats obtenus dans les néphrites sont assez variables avec les auteurs. Charrin pense que la toxicité du sérum est tantôt augmentée (3 à 4 centimètres cubes par kilogramme d'animal), tantôt diminuée (22 à 23 centimètres cubes). L. Bernard établit à ce point de vue une distinction entre la néphrite interstitielle et la néphrite parenchymateuse ; dans la première, le sérum est hypertoxique et les urines hypotoxiques; dans la deuxième, le sérum est hypotoxique ou normalement toxique, et les urines hypertoxiques ou normalement toxiques; mais pour lui il n’y a pas de rapport inversement proportionnel entre la toxicité du sérum et celle des urines.

Tarnier et Chambrelent ont pratiqué des essais sur le sérum de sept malades, et ont obtenu comme chiffre de toxicité 3 à 6 centimètres cubes, chiffre assez élevé,

ou obtenu rarement par les classiques, et confirmé ensuite par les recherches de Castellino. Herter d’ailleurs chez le chien par la ligature des deux uretères constate que le sérum est devenu très toxique et convulsivant pour un animal de la même espèce.

Guimard et Dumarest ont fait de nouvelles expériences sur ce sujet et ont vu que le sérum des brightiques a une valeur toxique tantôt supérieure, tantôt inférieure au chiffre normal Les sérums hypertoxiques semblent plutôt appartenir aux néphrites interstitielles anciennes offrant une prédominance d'accidents nerveux ; les sérums hypotoxiques sont surtout ceux des néphrites parenchymateuses aiguës ou chroniques avec albuminurie abondante et anasarque. Suivant ces auteurs on pourrait, si de nouvelles observations viennent le confirmer, dissocier dans les néphrites au point de vue de la toxicité sanguine, le syndrome infectieux primitif (correspondant à la néphrite aiguë) avec hypotoxicité du sérum, de l’auto-intoxication secondaire par élimination rénale insuffisante avec hypertoxicité du sérum.

Baylac et Rouma pensent qu'on ne peut établir aucune règle, car la toxicité du sérum n’est pas seulement le résultat de la rétention de produits toxiques non éliminés par le rein, mais aussi d’altérations plus ou moins profondes des autres organes ou glandes du brightique; elle varie suivant que ces derniers suffisent ou ne suffisent pas à l'accomplissement de leurs fonctions; elle doit varier aussi avec la dilution du sérum et, en outre, pour Roger celte toxicité serait due non pas tant à des poisons retenus qu’à certaines

CROSS matières albuminoïdes néoformées. Les résultats obtenus sont donc difficilement comparables entre eux; on ne peut déduire du coefficient séro-toxique des indications pour le pronostic de la maladie.

Il faut en somme faire pour le moment les plus grandes réserves sur la valeur de la recherche de la toxicité du sérum; celle-ci paraît liée à des facteurs complexes encore mal connus et mal dissociés.

Toxicité du sérum recherchée par inoculation intracérébrale. — Widal, Sicard et Lesné ont employé cette méthode; ils inoculent le sérum dans le cerveau du lapin ou du cobaye après avoir pratiqué un petit trou dans les os du crâne. Le sérum d'homme . normal est (oujours convulsivant pour le cobaye à la dose de 1/4 c.c., et souvent à cette dose amène la mort. Le sérum des brightiques et des urémiques, souvent très toxique en inJeclions intraveineuses, s’est montré relativement peu toxique pour le cobaye en inoculation intracérébrale, et aussi pour le lapin. Widal, Sicard et Lesné ont montré d’ailleurs que, si le sérum des brightiques n’est pas toxique pour la cellule cérébrale : du lapin, c’est que celte cellule n’est pas sensible aux poisons humains: si on détermine des lésions du rein à des cobayes, le sérum de l’animal devenu néphrétique est très toxique pour la cellule cérébrale du cobaye.

Page 1