CHAPITRE PREMIER
NÉPHRITES AIGUES
On peut distinguer cliniquement avec les traités classiques plusieurs formes de néphrites aiguës :
1° Au degré le plus bénin, on a affaire aux néphrites aiguës transitoires de Brault, qui surviennent au cours des maladies infeclieuses et où on ne constate que de l'albuminurie avec quelques cylindres, sans œdèmes ni douleurs lombaires. Dans ces néphrites, c’est la maladie infectieuse bien plus que la lésion rénale qui tend à produire des modifications sanguines;
2° Les néphrites aiguës proprement dites, par exemple celles dites à frigore, ou celles survenant au décours de la scarlatine, où on observe en même temps que des signes urinaires (oligurie ou anurie, albumi-
v'éné-
nurie, cylindrurie) des œdèmes plus ou moins g
ralisés, des signes pulmonaires, etc. ;
3° Les poussées de néphrites aiguës chez des sujets antérieurement porteurs de néphrites chroniques à évolution lente.
Nous étudierons ces deux dernières formes au point de vue hématologique.
OBsERVATION Î
(Observation clinique prise par M. Thévenot (résumée). Poussée aiguë au cours d’une néphrite chronique.
Mon..., Jeanne, vingt-neuf ans, repasseuse, entrée le 13 novembre 1908, dans le service de M. le professeur Teissier (salle B. Teissier).
Antécédents. — Père mort de bronchite; mère bien portante, laveuse; quatre frères morts en bas âge de méningite; une sœur atteinte de bronchite depuis son jeune âge. Mari et une fille bien portants ; un enfant mort-né.
Personnellement, rougeole dans l'enfance; bonne santé dans le jeune âge. Réglée depuis l’âge de quinze ans assez irrégulièrement, À quinze ans, un médecin consulté reconnut l’albuminurie et l'existence d'une néphrite.
Aucun antécédent spécifique. Jusqu'à l'époque de son mariage (23 ans), la malade allait assez bien. Pendant sa première grossesse, à partir du sixième mois, elle eût des épistaxis répétés, de l'œdème des jambes et beaucoup d’albumine : l'accouchement fut facile, et il n’y eut pas d'accident consécutif. La deuxième grossesse (1905) fut bonne; les urines examinées par un pharmacien, ne contenaient pas d’albumine; l'accouchement fut normal et l'enfant va actuellement bien.
Depuis, assez bonne santé; pas d’éthylisme. Vers le 9 août 1908 apparition d'æœdème des malléoles, traces d’albumine dans les urines: cette poussée dura quelques jours ; aucun malaise consécutif.
Depuis le 16 novembre 1909, on note de l'œdème des jambes, de la dyspnée d'effort, de la toux sans expectoration; on constata beaucoup d’albumine et le médecin fit entrer la malade à l’hôpital.
On note à l'entrée de la malade à l'hôpital, un œdème très marqué des membres inférieurs, remontant à l'abdomen
et atteignant aussi la main droite. Pas de dyspnée très marquée. Pas de troubles digestifs ni de vomissements. En arrière, au sommet droit, un peu d'exagération des vibrations, expiration soufflante, pas de râles; un peu d'obscurité de la base droite» Autrefois la malade urinait beaucoup et avait des urines très claires; actuellement urines très diminuées et gros disque d’albumine. Cœur : on ne sent pas la pointe, premier bruit sourd et prolongé, éclat du deuxième bruit à la base.
so novembre, — La malade a mauvaise figure, pas d'appétit; persistance des œdèmes. Rien de notable au cœur, La malade a eu une hématurie abondante dans le culot, globules rouges abondants, cylindres hyalins et granuleux de moyenne abondance; albumine : 1 gramme au litre; chlorures, 5 gr. 2 — urée, 10 gr. 12 aulitre, A— — 0,72.
Injection de 10 centimètres cubes de sérum D.
22 novembre, — La malade a uriné 2 litres 300. L'abdomen a diminué de volume; la malade a meilleure figure et va mieux.
Tension artérielle : 15 — 16.
>» novembre et Jours suivants. — EXAMEN HÉMATOLO- GIQUE.
GPA 098 000:
GB; u0:9380:
Valeur globulaire (appareil de Sahli) : 0,67.
Sur lames sèches, après coloration, les G. R. sont égaux et d'aspect normal.
Pourcentage des globules blancs (calculé après numération de 500 éléments) :
Polynucléaires . : . . . 70,6 0/0 Eosiiophiles x, nanas sue {3 Grands mono: 54 ee enr à Mononucléaires!: :: «140 122,9 Formes de passage . NF
Recherche de la résistance Pi olate (pocede de Widal, ou des hématies déplasmatisées) :
ue
Début de l'hémolyse dans une solution de NaCI à 0,40 0/0
Hémolyse marquée . PEARL Mes TA RE a Pl Hémolvse/totale. ”, ,: Had Rte Le 0
La coagulation du sang se fait dans des délais normaux.
Pas de rétraction au bout de 24 heures.
Sérum clair, d'aspect normal, non lactescent.
Albumines coagulables du sérum (D' Morel) : 52,7 0/00.
Recherche du pouvoir hémolytique du sérum sur les globules rouges de lapin (technique de Pagniez) :
Début de l’hémolyse avec Il gouttes de sérum.
Hémolyse forte — II —
Hémolyse complète — IV —
Recherche des hématies qranuleuses (procédé de la coloration vitale) : 1,2 0/0.
Examen des urines: quantité, 2300; densité, 1008: sérine, o gr. 75 au litre. Traces d'urobiline; chlorures, 4 gr. 38 au litre; urée, 5 gr. 40; phosphates, o gr. 65. À = —-0,61.
: A Diurèse totale, 2338. Diurèse élaborée, 1997.— 1,729. Traces de sang (réaction de Gaiac un peu positive).
2 décembre. — La malade va mieux, l’œdème disparait aux membres inférieurs. ;
Elle urine environ deux litres.
Remarques. — Il s’agit d’une malade atteinte de néphrite chronique et présentant au cours de celle-ci de fréquentes poussées aiguës.
L'examen du sang fait au moment d’une de ces dernières montre une anémie moyenne avec valeur globulaire assez faible, un nombre de globules blancs normal; les éosinophiles sont en nombre plutôt un peu élevé. La résistance globulaire est un peu augmentée
Le sérum est d'aspect normal; son pouvoir hémo-
HE
lyüque est plutôt légèrement augmenté. À remarquer un gros abaissement du taux des albumines coagulables du sérum, en rapport avec les gros œdèmes que présente la malade. Les hématies granuleuses ne sont pasen nombre bien sensiblement supérieur à la nor-
male.
OBsERVATION II Néphrite aiguë a frigore.
Malade entré à l'hôpital Saint-Pothin, salle Saint-Pierre, n° 8, pour des-troubles urinaires (service de M. Mollard), le 28 mai 1908.
Rien de spécial à signaler dans ses antécédents héréditaires et personnels; un peu d'œnilisme; pas de syphilis.
L'affection actuelle est survenue à la suite d’une grippe; * cinq à six Jours après le début de celle-ci les urines sont devenues rares et foncées et un peu sanguinolentes; puis assez rapidement le malade vit apparaître des œdèmes des pieds, de la face (bouffissure), des mains, de la verge.
On note au moment de l'entrée du malade un œdème assez marqué des membres inférieurs et de la face; une dyspnée assez vive, de la toux avec expectoration muqueuse. Aux poumons : gros râles de bronchite. Rien au cœur, pouls régulier à 64.
Le malade a des vomissements, pas de diarrhée. Le foie est un peu gros ; pas de grosse rate. Pas de troubles du système nerveux.
La température est de 37,5. Les urines sont foncées, brunâtres et contiennent un disque épais d’albumine,
ExAMEN DU sANG au moment de l’entrée :
Valeur globulaire (appareil de Hayem) :.0,80.
Pourcentage des globules blancs :
POLAR OR Ar, 50/0 HoSiDophrles m2 1 ro GrindS Mono ie. MINE, Mononucléaires , . . 91,1 Formes de passage: : … 5,2
Sur lames sèches, après coloration, les globules sont de forme et de volume normaux.
8 mai. — Ürines : quantité, 1.700, aspect brunâtre, gros dépôt.
Nombreux cylindres hématiques, pas de cylindres épithéhaux.
16 mai. — Le malade est amélioré, urine davantage; les ædèmes ont diminué.
Nouvel examen de sang :