DENT
Les vomissements sont bilieux. La température est à 39°; le pouls, petit, bat à 120.
La langue est saburrale et la palpation très douloureuse de l'abdomen montre une contracture de la région sus-ombilicale, plus marquée sous les fausses côtes droites.
Le diagnostic hésite entre perforation gastrique ou vésiculaire.
Intervention le même soir à 22 heures.
Anesthésie générale à l’éther.
On pratique une laparotomie sus-ombilicale médiane sur laquelle on branche ensuite une incision horizontale droite sectionnant le grand droit.
On est très gêné par la couche de graisse (6 à 8 cm. environ) que présente la paroi.
Il s'écoule un peu de sérosité claire à l’ouverture du péritoine. L’estomac est normal. La vésieule n’est pas adhérente : un peu rouge, elle est bourrée de calculs.
On se porte alors vers le pancréas; sa tête est indurée et, après effondrement de l’épiploon gastro-colique, on trouve des taches blanchâtres dont la grosseur varie entre celle d’une tête d’épingle et celle d’une lentille, disséminées sur la graisse péri-pancréatique.
On dilacère la tête de la glande et on place une mèche et un drain sortant par la brèche de l’épiploon gastrocolique.
Il est impossible de songer à enlever la vésicule ou même de réaliser une cholécystostomie, étant donné l’état de la malade.
Fermeture aux fils métalliques en un seul plan.
Le diagnostic est absolu ; deux fragments sont cependant prélevés pour examen microscopique.
Voici la réponse du Docteur Devuns, chef du Laboratoire des Hôpitaux :
« Les fragments adipeux cloisonnés de très fines et rares bandes fibreuses, contiennent, dans la graisse en
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grande partie normale et non inflammatoire, des îlots modifiés.
Dans certains, une partie de la lésion a des cellules agrandies, à limites nettes, à petit noyau devenu .central et à cytoplasme acidophile apparaissant (au contraire de la graisse normale) insolubie dans les bains usuels.
Dans d’autres, au niveau des taches, les mêmes cellules, mais à limites plus floues, se nécrosent: il y a disparition du noyau, fragmentation du cytoplasme ; un autre stade est peut-être réalisé par une nécrose totale, absolument anhiste et très acidophile, limitée dans le tissu sain par des contours géographiques (on ne voit pas de bords de cristaux comme dans la cyto-stéatonécrose classique).
Il s’agit très probablement de cyto-stéatonécrose bien que les lésions soient à des stades divers. »
Suites opératoires :
La malade a été mise à la belladone (4 à 6 centigr. d'extrait par jour en suppositoires) et au bicarbonate de soude (en lavements).
L’état reste grave pendant 4 ou 5 jours: la tempéra-
ture, qui a baissé un peu le lendemain, remonte à 39° et s’y maintient. Le pouls reste à 120; mais les vomissements ont cessé.
‘Le drain est retiré le 5° jour: des débris sphacélés peu nombreux sont éliminés par la plaie. Et l’on assiste, au cours des pansements, à la cicatrisation progressive du trajet.
Le 20 février, évacuation par la plaie de petits grains noirs que l’examen chimique révèle des calculs biliaires.
La malade quitte le service le 27 mars 1928, ayant eu à plusieurs reprises des crises douloureuses abdominales peu intenses qui ont cédé au traitement belladoné. La plaie est fermée: seul, persiste un petit trajet fistuleux par où s’éliminent de temps à autre des caleuls biliaires.