‹ Contribution à l'étude des points iso-électriques des protides du sérum: Techniques de rechercheChapitre 41 sur 45 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LES VARIATIONS DU POINT ISO-ELECTRIQUE DES PROTIDES DU SERUM AU COURS DE LA GROSSESSE NORMALE

SOMMAIRE

$ I. —— Aperçu de quelques caractéristiques du sérum de femmes enceintes. — Vitesse de sédimentation globulaire et grossesse. $ II. — Mémoire de VLÈS et de CouULoON, relatif aux variations du point iso-électrique des protides du sérum au cours dela grossesse normale. $ IIT. Recherches personnelles sur le même sujet. — Conclusion.

Les modifications apportées au sang par l’état de gravidité ont été étudiées par de nombreux auteurs. BROcCQ-ROUSSEU, dans son important ouvrage sur les propriétés physiques du sérum normal a groupé leurs conclusions générales ; nous les résumerons dans un premier paragraphe, en insistant particulièrement sur la vitesse de sédimentation des globules rouges.

Avant de citer nos recherches personnelles sur les variations du point iso-électrique des protides au cours de la grossesse normale, nous consacrerons un deuxième paragraphe aux travaux antérieurs de VLÈS et de COULON sur ce même sujet ; ces travaux ont servi de fil directeur à nos recherches et nous n'avons eu qu’à retrouver avec des techniques perfectionnées par l’Institut de Physique Biologique, dans les années suivantes, les grandes lignes et la plupart des points acquis en

1925-1926. Quelques petites différences de détail appellerons des recherches complémentaires que nous ne manquerons pas de faire dans la suite.

PARAGRAPHE I

Quelques caractéristiques du sérum des femmes enceintes

BECQUEREL et RODIER ont noté une diminution de la densité très sensible pour le sang (1.031 au lieu de 1.058), beaucoup moins marquée pour le sérum (1.025 au lieu de 1.028).

FARKAS et SCIPIADES étudièrent les variations de pression osmolique des protéines du sérum. Le point de congélation s’élève de 0°02. Il redevient normal aussitôt après l’accouchement.

avant la grossesse : 0°560 ; pendant la grossesse : 0°541 ; avant l’accouchement : 0°540 ; après l’accouchement : 0°563.

La conductivité subit une élévation assez considérable (Novoa Santos et Arizon gende), d'autant plus frappante que c’est un des rares cas où la conductivité change. Tous les auteurs, à part FARKAS et SCIPIADES sont en effet d’accord pour reconnaître qu’à l’état physiologique, elle reste à peu près constante.

La tension superficielle, d’après LEDERER, décroît pendant la grossesse, elle atteint son minimum à la délivrance et revient ensuite à la normale. ENFINGER a constaté chez 50 gestantes en bonne santé et 150 femmes à la veille de l’accouchement un abaissement de 3,9 pour 100 de la tension. Le chiffre normal est de nouveau atteint le 8° jour après les couches (FUHRMANN et KiscH).

A. CHEVALLIER et J. GAUCHERAND ont trouvé une viscosité très élevée, qui pour eux ne serait pas due à l’augmentation du taux des protéines, mais à une cause inconnue. De 1,9 qui représente une valeur moyenne pour un sérum normal, la viscosité passe à 2,13 dans les six premiers mois et 2,11 dans les trois derniers mois. TosntE IvATSU, tout en observant des variations dans le même sens, ne trouve pas des chiffres aussi élevés.

L'indice de réfraction (ALBANO) baisse régulièrement jusqu’à la fin de la gestation, sans que l’âge de la femme ou les gestations antérieures ne paraissent avoir d'influence sur le phénomène. Le taux d’albumine remonte sitôt après l’accouchement. Les conclusions de cet auteur, confirmées par BEYMANN, ne sont pas admises

SN) es

par VON BARco, qui aurait trouvé au contraire une augmentation de la teneur en albumine chez les gestantes. S. MazzA a trouvé l’un et lPautre cas dans 50 % des examens faits sur ce sujet.

TRaPL retrouve l’augmentation de l'effet Tyndall dans le sérum des femmes enceintes et récemment accouchées. La modification est d'autant plus grande que le sang est prélevé plus tôt après l’accouchement. Le phénomène est maximum lorsqu'il y a des crises d’éclampsie. Aussi conclut-il à des modifications notables de l’état colloïdal au moment de l’accouchement.

BREDA a constaté une augmentation très marquée de la bilirubine qui de 0 milligr. 3 pour 100, passe à 0,5 et même jusqu’à 1 milligr. 1 pour 100. Cette élévation persiste pendant quelques jours après l'accouchement dans 20 % des cas.

La stabilité du sérum de femmes enceintes décroit lentement, mais constamment au cours de la grossesse, pour être minimum dans les premiers jours qui suivent l’accouchement. M1zz4, qui l’a étudiée, attribue cette variation à des échanges plus actifs des tissus pendant la gestation et à la résorption des produits d’autolyse après les couches.

Une propriété physique du sang des femmes enceintes a surtout attiré l’attention pendant ces dernières années : Les rapports entre la vitesse de sédimentation des globules rouges et les différentes périodes de la grossesse normale.

Vitesse de sédimentation et grossesse

La question de l’accélération de la sédimentation du sang gravide est des plus intéressantes. En 1916, FAHRAEUS a trouvé que les globules rouges se sédimentaient plus vite chez la femme enceinte que chez la femme non-enceinte, et il a pu prouver que cette accélération était un symptôme constant chez la femme enceinte.

LINZENMEIER a pratiqué des examens chez 300 femmes enceintes. A l’opposé de WESTERGREN, il exprime la vitesse de sédimentation en minutes. C’est pour lui Le temps mis par la surface de séparation pour franchir 18 millimètres. Chez la femme normale, ce temps est égal en moyenne à 300 minutes. Chez la femme enceinte il estime qu’on ne peut affirmer qu’il y ait une accélération nette et régulière de la vitesse de sédimentation pendant le premier et le deuxième mois.

A partir du 3° mois, la sédimentation s’accélère dans la majorité des cas. On trouve une durée variant entre 60 et 120 minutes (souvent supérieure à 120, jamais inférieure à 60).

Le symptôme est net à partir du 4° mois et s’accentue jusqu’à l'accouchement. Pendant les 4°, 5° et 6° mois de la gestation, les

temps restent presque toujours inférieurs à 120 minutes (il y a encore de rares exceptions où le temps dépasse 120).

Du 7° au 10° mois, le temps de sédimentation descend à 50 minutes; jamais il ne dépasse 120; plus on approche du terme et plus nombreux sont les cas avec des temps plus courts.

Au moment de l’accouchement, LINZENMEIER trouve des temps de sédimentation de 10 à 30 minutes. Cette valeur persiste pendant les huit premiers jours du post-partum, pour revenir dans les semaines suivantes, à la normale.

VIGNES, dans une communication à la Société de Biologie (octobre 1922), montre que cette vitesse de sédimentation presque nulle au début, devient d'autant plus marquée que la gestation est plus avancée. Ce fait lui suggère l’existence d’un rapport entre l’intensité de la sédimentation et l’intensité de la spoliation de substances nutritives, exercée par le fœtus au dépens de la mère. La disparition de la réaction dans le post-partum ou le post-abortum, se fait proportionnellement au temps écoulé, mais avec des variations qui n’ont pas encore été interprétées.

BELA FALTA note lui aussi une grande accélération de la vitesse de sédimentation en cas de grossesse gémellaire et en cas de menace d’avortement.

Hirscx établit en 1926, par une micro-méthode, les valeurs en millimètres, correspondant aux différentes périodes de la gestation. Voici le tableau où il résumait par une courbe les résultats de 85 cas.

faveurs en mm.

F1G. 14. — Valeur de la sédimentation globulaire chez des femmes à différents mois de la gestation (HirRscH).

on —

MariA ARCERI en 1927, signale une très grande accélération de la vitesse de sédimentation en cas de vomissements de la grossesse; LINZENMEIER signalait toutefois le phénomène contraire dans les mêmes cas, « Dans les toxémies gravidiques, dit-il, on ne trouve pas des temps typiques. Dans l’éclampsie gravidique, on trouve souvent une sédimentation plus lente que chez les femmes enceintes normales; au cours des vomissements gravidiques répétés, on trouve également un ralentissement de la sédimentation. Ces modifications sont probablement dues à une polyglobulie ».

— Dans les expériences chez les animaux gravides (lapins et cobayes), LINZENMEIER affirme qu'il n’y a pas de modification de la vitesse de sédimentation.

L'étude physico-chimique des problèmes posés par la sédimentation globulaire allaient amener plusieurs auteurs à chercher les rapports possibles entre celle-ci et les points iso-électriques du sérum humain. Aussi importe-t-il d’abord de bien délimiter l’étendue des variations des points iso-électriques dans le sérum des femmes enceintes. Cette délimitation, VLÈS et DE CouULON, l'avait déjà fixée, au cours d’une étude générale sur les variations physiologiques et pathologiques du point iso-électrique dans le sérum humain.

PARAGRAPHE II

Recherches de Vilès et de Coulon sur les variations des points iso-électriques dans le sérum des femmes enceintes

VLÈS et DE COULON, résumant, en 1926, leurs recherches sur ce sujet, écrivaient :

« Si l’on considère l’évolution des points iso-électriques pendant la grossesse, la première caractéristique est l’irrégularité des positions du point «, qui peut se placer entre 5,8 et 7,5 (et même 8 ou 8,5) et quelquefois même manquer ; « oscille, et sort donc des zones de la femme normale, soit par en-dessous (comme chez les jeunes filles), soit par en-dessus (comme dans les affections aiguës). Par contre, les points y,

Varialion des points a et y au cours de la grossesse normale. (Courbe construite d’après les résultats de VLÈS et de COULON)

F1G. 15. — 4 f , point « des femmes enceintes. o point +. Abcisses mois de la grossesse ; dernière colonne ; sang rétroplacentaire.

qui sont une rareté chez les femmes normales, sont ici présents presque dans tous les cas, à partir surtout du 4° mois, ils sont très bas entre 8 et 12 et aussi irréguliers que les points «. Les zones de ces deux points s’intriquent au point qu’il est quelquefois difficile de distinguer la nature d’un point iso-électrique, quand la série n'est pas complète, quand on a, par exemple, un point « présent et le point y du même sérum absent. L’examen des pH de précipités et des points neutres de flocons et précipités, permet de se guider en cas d’incertitudes, ces divers points ont des rapports sinon constants, du moins habituels, avec les points « et y des flocons, et permettent de délimiter des zones décalées. »

« D'autre part, les irrégularités des oscillations semblent disparaître au moment du terme, où les points se fixent exactement à 6,5 et à 10. Précédant cette phase, on remarque au milieu du 9° mois une ascension de « avec montée de +.

"Ya

Par conséquent, les caractéristiques du sérum de femmes enceintes sont donc :

1° des oscillations irrégulières grossièrement corrélatives

de a et de +.

2° La présence presque constante de +.

3° La fixité au moment du terme avec chute ensuite : sang retro-placentaire.

« Il semblerait, d’après les oscillations de « et y se différencier plusieurs cycles dans l’évolution des points iso-électriques : le premier allant jusqu’au 4° mois, avec maximum d'a au 2° mois ; le second du 4° au 7° mois, avec maximum vers 6 mois. Le troisième à partir du 7° mois, comprenant les grandes oscillations et la fixation finale dans la position du terme >» (VLÈS et DE COULON, A.P.B., novembre 1926) (fig. 15).

PARAGRAPHE III Recherches personnelles

Nous avons repris ces travaux de notre Maître VLÈS, d’abord sous sa propre direction à l’Institut de Physique Biologique de Strasbourg. Nous les avons continué à Paris, au Laboratoire de Physiologie comparée de la Sorbonne où M. le Professeur PORTIER, de l’Académie de Médecine, avait bien voulu nous donner l'hospitalité et nous aider à réunir le matériel nécessaire à ces expériences longues et minutieuses. ,

Voici le résultat de nos principales cataphorèses. Pour la recherche de nos points iso-électriques, nous n’avons tenu compte que de la présence des flocons. De plus, grâce aux relations établies par VLÈS, PRAGER et BERNSTEIN entre le pouvoir alexique du sérum et le pHi nous n’avons pas eu les difficultés signalées en 1926 par VLÈS et DE COULON, pour distinguer les uns des autres les différents pHi. A peu près toutes nos cataphorèses ont été contrôlées par cette recherche du pouvoir alexique. A Strasbourg, il était déterminé par spectro-

DEBROISE 7

ET

photométrie, à Paris, nous avons eu recours, comme nous l’avons déjà signalé, au colorimètre à plongeurs.

CATAPHORÈSE N° 1

Grossesse au début du 2° mois chez une femme âgée de 32 ans. Antécédents :

2 fausses couches.

Un enfant de onze ans ; a toujours été bien portante. Elat actuel : :

La malade a été admise à l’hôpital pour des vomissements qui ne semblent pas présenter l’apparence des « vomissements incoercibles de la grossesse ». Le B. W. n’a pas été fait.

La température est normale.

Milliampères, 3,1.

Différences de potentiel (Les différences de potentiel indiquées dans cette cataphorèse et les suivantes sont celles constatées aux bornes de chaque tube), de 14 à 16 volts.

Temps de passage du courant, 1 h. 30.

Résultats de la cataphorèse

pHi 0, 9,2:

pHi p, 6,2.

PpN, 7,8.

Pouvoir alexique, 95 - 100.

CATAPHORÈSE N° 2

Grossesse au 3° mois.

Antécédents

À toujours été bien réglée et ne signale aucun antécédent pathologique.

Primigeste.

Etat actuel :

Est venue consulter à l’hôpital pour un placard eczématiforme, de la dimension d’une pièce de cinq francs, situé à la face externe du bras.

Le Wassermann et le Hecht aussitôt faits ont donné un double résultat négatif.

Température normale.

Milliampères, 2,5.

Différences de potentiel, de 19 à 22 volts.

Temps de passage du courant, 2 heures.

Résultats de la cataphorèse PHi o«, 6,9.

pHi B, 3,8.

pHi Y> 92 PpN 5,8.

Pouvoir alexique, 129.

CATAPHORÈSE N° 3

Grossesse au début du 4° mois.

Antécédents À toujours été bien portante.

Pas de fausses couches.

Etat actuel :

Est envoyée à l’hôpital pour y suivre un traitement spécifique. Le mari, en effet, a un Wassermann actuellement positif. Le Wassermann et le Heicht pratiqués aussitôt sont négatifs chez cette femme.

Hauteur utérine, 15 cm.

Bruits du cœur non perceptibles, mais la malade croit sentir remuer le fœtus.

Température normale.

Conditions de la cataphorèse :

Milliampères, 3.

Différences de potentiel, de 22 à 25 volts.

Temps de passage du courant, 1 h. 15.

Résultats de la cataphorèse pHi o, 6,8.

pH 9; pHi Y> 8,9.

PpN 3,7 — 8,2.

CATAPHORÈSE N° 4

Grossesse au 4° mois chez une femme âgée de 23 ans. Antécédents

Réglée à 15 ans.

Toujours bien réglée dans l'intervalle de ses grossesses.

A déjà eu trois enfants.

Etat actuel :

Bien portante.

Température normale.

Wassermann négatif.

Conditions de la cataphorèse :

Milliampères, 3.

Différences de potentiel, de 12 à 14 volts.

Temps de passage, 1 h. 30.

Résultats de la cataphorèse DÉDINO, 201e pHi Y» 8,1.

Page 1