INTRODUCTION
L'étude des relations, qui existent entre les affections rénales et les maladies accidentelles, ou spontanées, dont s'occupe le chirurgien, doit avoir pour but de déterminer l'influence réciproque, que les unes et les autres exercent sur leur évolution respective.
Tout d'abord, il est nécessaire, ce nous semble, de la diviser en deux grands chapitres : l'un, véritablement de pathologie spéciale; l'autre, de pathologie générale. Le premier devrait être consacré, en effet, à la pathologie des voies urinaires et aux rapports qui unissent les lésions des voies de l'excrétion urinaire, avec celles du parenchyme rénal.
Il existe, entre ces deux parties d'un même système, des
relations pathologiques aussi directes et aussi intimes que le sont les rapports anatomiques et physiologiques; si bien, que toute lésion portant sur un point de ces voies d'excrétion, surtout si elle crée le moindre obstacle à l'émission de l'urine, retentit rapidement sur le rein; il en résulte des lésions de cet organe, qui compliquent, alors, singulièrement l'affection chirurgicale, et surtout, changent absolument le pronostic des opérations qu'on peut être appelé à pratiquer.
Aussi, dans les affections de ce genre, le chirurgien doitil toujours se préoccuper, avec le plus grand soin, de l'état du rein, et baser ses décisions thérapeutiques sur la notion qu'il en peut avoir.
C'est là, un précepte que de nombreux travaux ont rendu indiscutable ; et, il suffit de citer les noms de Velpeau, de Rayer, de Civiale, de Brodie, Thomson, Rosenstein, de Verneuil, de Dolbeau, pour remettre en mémoire la part que chacun de ces auteurs a prise dans l'étude des lésions rénales qu'on rencontre en de telles circonstances, et des complications auxquelles elles exposent.
Plus récemment, de l'enseignement et du service du professeur'Guy on, sont sortis une série de travaux qui ont achevé d'élucider cette question des lésions rénales dans les maladies des voies urinaires, tant au point de vue de leur nature et des conséquences qu'elles entraînent, que de la symptomatologie qui leur est propre ; ce sont les thèses de nos collègues, Malherbe, Alfr. Jean, P. Bazy.
Enfin, M. Ledentu, dans le livre par lequel il vient de compléter l'oeuvre de Voillemier, leur a consacré un chapitre des plus intéressants, où sont résumés et commentés les travaux précédents.
Nous n'avons donc pas à reprendre ce sujet après tant de chirurgiens autorisés.
Lalittérature médicale est moins riche, au sujet des rapports des affections rénales avec les maladies chirurgicales des régions et des organes indépendants du système urinaire. Et cela se conçoit : il n'y a plus entre les deux lésions une dépendance, une subordination aussi immédiate, ni aussi évidente : ce sont deux systèmes, deux organes différents, affectés simultanément, ou consécutivement; il n'y a entre eux, normalement, d'autrescorrélations que celles qui existent entre les différentes parties d'un même organisme; c'est donc aussi par l'intermédiaire des éléments qui constituent un lien commun entre les viscères et entre les divers tissus, c'est-à-dire par l'intermédiaire des humeurs et des grands systèmes organiques, servant à la nutrition générale que doit s'établir, si elle existe, la relation pathologique dont nous parlons.
En un mot, ce qui domine et dirige l'influence réciproque de cfîs deux ordres d'affections, c'est l'état constitutionnel déterminé par l'une d'elles, la première en date, quelquefois par les deux en concomitance.
C'est ce qui nous explique, pourquoi cette question de corrélation pathologique n'a été soulevée qu'au moment où .on commença à faire application, en chirurgie, des données de pathologie générale, qui déjà et depuis longtemps, servaient de guide précieux en pathologie interne.
C'est depuis qu'on s'est efforcé de déterminer l'influence des dystrophies constitutionnelles 'sur l'évolution des lésions traumatiques, qu'on a étudié au même point de vue, les modifications de la nutrition causé-es par l'albuminurie etplus généralement parlestroubles ou l'arrêt delà fonction rénale.
Bien qne des auteurs considérables aient touché à cette question, on peut dire qu'elle est toujours à l'étude et à l'ordre du jour, parce qu'on ne saurait trop multiplier les observations et parce que le sujet est teUement vaste, qu'il n'est pas près d'être épuisé.
La variété des combinaisons pathologiques, auxquelles donnent lieu la coïncidence des maladies constitutionnelles et des lésions accidentelles, est presque infinie ; aucun fait de ce genre n'est à dédaigner ou à perdre ; il demeurera toujours du plus grand intérêt d'en réunir de nouveaux et de pouvoir les comparer à ceux qui ont été précédemment recueillis et analysés.
C'est du moins, la conviction que nous laissent et l'enseignement de M. le professeur Verneuil, et les faits dont nous avons été si souvent témoins, et les quelques recherches consacrées à ce travail auquel nous aurions désiré pouvoir donner plus de temps et surtout plus d'autorité.
Avant d'entrer en matière, nous sommes heureux de remercier ici, de la bienveillance qu'ils n'ont cessé de nous témoigner, tous nos maîtres dans les hôpitaux, et en particulier M. Verneuil, à qui nous devons l'inspiration de ce travail et tant d'excellents conseils.
Les examens histologiques, par lesquels nous avons voulu compléter nos observations, ont été faits au laboratoire des hôpitaux ; nous tenons à remercier aussi notre excellent ami, M. Mayor, directeur de ce laboratoire, de l'obligeance qu'il a mise à nous aider dans l'interprétation de nos préparations, toutes les fois que nous avons eu besoin d'avoir recours à sa compétence bien connue.
M. le D' H. Petit, a bien voulu nous fournir des renseignements bibliographiques précieux, dont nous lui sommes très reconnaissant.