CHAPITRE XXXVIII
LEPIDOPTERES - LASPEYRESIES OU CARPOCAPSES
Laspeyresia pomonella L. :
CARPOCAPSE ou VER DES FRUITS (Pyrale ou Ver des pommes)
Il est peu de pays, au Monde, où le Carpocapse n'ait, déjà, exercé ses funestes ravages. Il semble originaire de la Sibérie européenne: des contreforts de l'Himalaya, il a gagné la Russie orientale, l'Ukraine, la Pologne, l'Allemagne, la Suisse, la France, l'Angleterre, l’Ecosse, l'Irlande... On le retrouve en Perse, en Syrie, en Palestine, en Egypte, au Maroc, en Espagne, en Italie, en Bulgarie, en Crimée, en Chine, au Japon... Et même en Australie, en Afrique du Sud, et en Amérique.
Cet insecte polyphage s'attaque à presque tous les fruits : les Pommes, les Coings, les Poires, les Sorbes,
les Noix ne sont point épargnées. Ce n’est qu’un parasite, d'ordre secondaire, pour les fruits à Noyaux : Amandes, Pêches, Prunes, Abricots, Kakis, ete.
BALAKOWSKY a trouvé sa chenille dans des pousses. de pêchers de l'Ardèche, en 1931, mais il semble, d’après des auteurs américains, qu’en cet état « elle soit incapable de parfaire son évolution complète dans les pousses ou autres organes foliacés et qu’elle se trouve dans l'obligation, à un moment donné, d’achever son développement à l’intérieur des fruits » (A. BALAKOWSKY et MESNIL). (Fig. 85).
La biologie de ce parasite a été étudiée par de nombreux auteurs des deux continents : SIEGLER et SIMAN- THON, en 1915, SELKREGG et SIEGLER, en 1928, V. LEEU- WEN, en 1929, VOTHERS et SIEGLER, en 1931, à Washington; HALL, en 1928, SMITH, en 1929, au Canada; TCHOU- GOUNINE, en 1929, à Moscou, BALAKOWSKY, en 1931, dans l’Ardèche. ca
Tous ont constaté combien le cycle évolutif du parasite est compliqué, et sans règles précises, au cours des diapauses des chenilles : on est d'accord pour admettre que la première diapause s'effectue durant tout l’hiver, dans un « hibernaculum », aux parois épaisses d’un blanc sale, ovale et souillé de déjections et de matières organiques, dans lequel les chenilles hivernantes, de 2 cm. environ, sont incluses : leur aspect est boudiné légèrement rosé, le corps massif et la tête brune. Ce Cocon hivernal est logé sur les troncs d’arbres, encastré dans le bois ou dans l'écorce, ou entre des mottes de terre, ou même dans les boiseries et poutres des fruitiers. Les nymphoses peuvent s’échelonner du milieu de mars, jusque vers la fin juillet, selon les latitudes et l’état atmosphérique. En 1933, MARCHAL a pu récolter, dans son fruitier d’'Antony (près Paris) des papillons de L. pomonella, provenant de chenilles hivernantes, depuis le début de juin jusqu’à la mi-juillet. La « protérandrie » est un fait constant, chez ces parasi-
tes, car les femelles n’éclosent que quelques jours après apparition des mâles. Le soleil paraît gêner leurs évolutions, car ils demeurent, toute la journée à l’abri et n’évoluent qu'après le déclin du jour, comme tous les crépusculaires. Bien qu’ils soient aptes à voler à de très grandes distances, ces papillons s’éloignent peu de l’arbre et des lieux qui les ont vu naître, sauf pour la pariade et pour les pontes : celles-ci durent de 10 à 20 jours, et il semble que les conditions atmosphériques . influent fortement sur les réflexes de la pondeuse. Non seulement elle se ralentit par suite de la moindre baisse de température, mais « le moindre vent qui d’'aventurefait rider la face de l’eau » et provoque un bruissement du feuillage, suffit à interrompre la ponte des œufs. La mère ne dépose guère que quelques dizaines d'œufs (de 20 à 40) pour perpétuer son espèce, sur les feuilles d’alentour ou sur les fruits, les pousses et les tiges selon les générations. Ces œufs sont minuscules, subcirculaires, arrondis, avec chorion granuleux et réticulé : leur ton opalescent, vire au rouge peu après, puis un point noir se distingue à travers l’enveloppe, annonçant l’ap- ‘parition de la tête de l'embryon.
— Les larves, nées sur le feuillage, pénètrent, par l'œil, dans les fruits, plus ou moins rapidement, selon les latitudes et le climat ambiant. Tandis que sur la Côted'Azur, en France, ou en Californie d'Amérique l’éclosion à lieu très près de la nouaison, elle ne se produit . que cinq à sept semaines après, dans la région parisienne, par exemple, ou en Suisse. En quelques semaines (trois à quatre) ces chenilles atteignent 2 cm. de longueur et leur couleur tend à s’harmoniser avec celle du fruit qui leur donne asile : de ton rose-chair quand elles logent dans des fruits à pépins, elles virent au ton rouge dans les pêches. Le thorax est brun clair, et la tête de ton brun foncé; à chaque segment correspondent des tubercules couverts de soies fines et souples ; de nombreux crochets à snicules terminent les fausses pattes de l’insecte, qui se distingue de L. Molesta par l’ab-
sence de peigne anal. Les fruits sont alors, abandonnés én vue de la nymphose prochaine : celle-ci s’accomplit dans un cocon soyeux et fin qui ne ressemble que fort peu au cocon hivernal (ou hibernaculum) car il est d’un blanc très propre et de forme allongée : une quinzaine de jours après apparaissent les papillons de deuxième génération et le cycle recommence. Il dure, en moyenne, de 50 à 60 jours dans les régions à climat tempéré. Le froid, en certaines contrées entrave cette première sortie des papillons, qui hivernent, dans leur cocon, jusqu’au retour du printemps, limitant, ainsi, le cycle à une seule et unique génération.
Selon BALAKOWSKY, qui a fort bien étudié la biclogie du L. pomonella, .« en France il n’y a, dans la zone tempérée, jamais plus de deux générations, mais dans la zone méridionale il peut y avoir, à priori, une troisième génération. Dans le premier cas, les chenilles de deuxième génération hivernent en totalité et se nymphosent au printemps suivant pour donner des adultes de première génération. Dans le deuxième cas, une certaine proportion seulement de chenilles de deuxième génération hivernent et le reste donne des papillons de troisième vol. Toutes ces chenilles engendrées par ces derniers évolueront tardivement, à l'automne sur les fruits approchant de la maturité. Les chenilles de troisième génération sont presque toujours hivernantes. Une quatrième génération, d’ailleurs très réduite, n’a été observée qu’une seule fois, jusqu'ici, dans l’état de Georgie, en Amérique ».
Il est assez rare qu’il y ait plus d’une chenille dans le même fruit, mais il est fréquent qu’un de ces vers émigre d’un fruit dans un autre du voisinage, pour y terminer son évolution. Si le fruit tombe avant la sortie du carpocapse, celui-ci se réfugie dans un abri voisin après s'être tressé un cocon d'hiver. D’autres fois, il se laisse choir par un fil soyeux, ou rampe, pour gagner le sol, par les branches et le tronc, à la recherche d’un gîte hivernal. Le ceinturage des arbres, à 1 m. 50 au-
dessus du sol, permet de capturer un grand nombre de ces peu intéressants parasites dans leurs propres cocons-pièges : c’est le type du « banding » américain. Les chenilles d'été échappent à cette méthode de lutte.
TRAITEMENTS ET LUTTE BIOLOGIQUE : les traitements physiques sont les plus simples. Ils consistent en pièges lumineux, aux rayons bleus et violets, en « banding », inställés d'août à décembre (pour notre région parisienne), etc...
Les traitements chimiques sont nombreux et variés. Nous les verrons en détail, au titre V. Disons simplement qu’il convient de pratiquer plusieurs séries de traitements : Traitement post-floral, traitements de couverture (de 3 à 6 selon les contrées) traitements d'hiver. Ils s'effectuent à l’aide de bouillies arsénicales, des fluorures, des émulsions huileuses ou végétales et autres insecticides de contact.
La lutte biologique pourrait faire l’objet d’un chapitre spécial Laspeyresia pomonella et molesta, ayant de nombreux ennemis qui vivent des chenilles, des chrysalides et des œufs des Carpocapses. Il en est une dizaine en France et une quinzaine en Italie, seulement. Il en est d’autres encore en Amérique, où rien de ce qui est nouveau et audacieux ne paraît être dédaigné contre les parasites.