LE SOUFRE & SES COMPOSES
Le Soufre et ses Composés sont utilisés comme parasiticides agricoles depuis fort longtemps, soit à l’état naturel, sous forme de poudres ou de vapeurs sulfureuses, soit à l’état de combinaisons soufrées : Sulfocar-. bonate de potasse et Sulfures de Calcium ou Polysulfures.
Sous ces divers états ils jouent le rôle de parfaits anticryptogamiques. A l’état de poudre ou de vapeurs soufrées, le Soufre en nature, ne présente pas grand intérêt d'application, sauf pour le blanchiment des fruits en matière agricole. Par contre les vapeurs d’'Hydrogène sulfuré et de Sulfure de Carbone jouent un rôle de premier plan contre les parasites du sous-sol qui vivent sous terre et attaquent les racines de la plante, dans la majorité des cas.
a) L’Hydrogène sulfuré ou Acide sulfhydrique : H?S. Ce gaz, bien connu des Pharmaciens, en tant que Chimistes-analystes, ne peut être ignoré des Agriculteurs, en tant que défenseurs des Végétaux, contre les parasites de toutes sortes. Il joue le rôle de toxique énergique vis-à-vis des animaux et des plantes vertes. Cela exclue donc son emploi sur les organes verts des végétaux, quels qu’ils soient et le limite expressément aux organes souterrains dépourvus de chlorophylle.
Pour atteindre les multiples parasites des racines et surtout les larves des insectes qui effectuent leurs évolutions sous terre, il suffit, d'ordinaire, d’injecter à l’aide du pal ou autrement, le gaz sulfhydrique, à proximité des organes souterrains de la plante à protéger.
Il faut avoir soin d’opérer au moment où la végétation est au ralenti et ques l’Arbre est au repos à la saison d'hiver.
Si le sol est riche en matières organiques — et s’il ne l’est point, on peut lui en apporter par l’épandage opportun de certains fumiers — on peut se dispenser d’ingestions au pal, toujours longues et onéreuses : il suffira, dans bien des cas, de répandre, autour de la plante, du sulfate de Chaux ou plâtre, ou mieux encore des polysulfures alcalins, qui sont, comme chacun sait, de parfaits générateurs d’'H?S.
L'action de H2S s'opère par ftion d'oxygène en entravant les échanges gazeux et, par suite, la respiration. Chez les animaux inférieurs et sur les insectes en particulier, ces effets sont infiniment plus rapides que sur l'Homme et sur les animaux supérieurs, tandis que les parties des végétaux dépourvus de chlorophylle ne sont jamais incommodées.
De multiples expériences ont révélé que ce gaz est - toxique aussitôt que l’air ambiant en contient 0,60 pour cent, et une dose de 2 % dans l'air que l’on respire suffit pour tuer un chien. Un proportion de 1/3.000° suffit pour rendre l’atmosphère nuisible aux êtres vivants. Quand aux « chétifs insectes » il faut et il suffit de 0,70 centilitres ou 1 gr. de ce gaz par hectolitre d’air, pour les intoxiquer. Cela tient, apparemment au grand développement des centres nerveux chez ces invertébrés, qui ont l’avantage — qui est ici un ENE inconvénient — d’en posséder un par anneau !
b) Le Sulfure de Carbone : CS2. — Ce composé liquide du Soufre peut agir comme tel ou à l’état gazeux. Ses vapeurs sont très toxiques, surtout chez les insectes, puisqu'il suffit de 0,0026, par litre, pour les incommoder et de 1 gr. 60 par litre pour les détruire.
Mais on doit réserver son emploi, en parasitologie agricole, uniquement pour les organes des plantes dépourvus de chlorophylle, c'est-à-dire pour les parties souterraines telles que les racines. Comme il est capable de provoquer un mélange détonnant et de s’enflammer au contact de l'air, on peut être assuré qu'il ne présentera pas les mêmes inconvénients en injections au pal, dans le sol, au contact des racines et radicelles. Ces injections, à l’aide d’un pal injecteur se font dans les terrains durs. Dans les sols sablonneux ou peu compacts il suffit de forer des trous de 40 à 50 cm., dans la proportion de 3 par mètre carré, et d’y verser le CS2, avec quelques précautions d’usage. Il convient de verser, dans les terres argileuses, de 8 à 10 gr. par trou et, dans les sablonneuses, une dose au moins double : 16 à 20 gr. environ. L'action toxique est très efficace contre tous les parasites de la glèbe et en particulier contre les larves et nymphes du sous-sol.
c) Thio-Carbonate ou Sulfo-Carbonate de Potasse : CS2(SK)=. — Ce composé alcalin du Soufre participe des vertus toxiques et antiparasites de ses constituants. Ilagit, à la fois, comme le Sulfure de Carbone et l’'Hydrogène sulfuré. Comme eux c’est un excellent parasiticide du sous-sol. On l'utilise en solutions diluées à 38° ou 40° B., avec un pal injecteur, en tenant compte qu’un kilogramme de solution de Sulfocarbonate, à 40° Baumé, peut dégager 120 litres de gaz ou vapeurs de H?S et CS? réunis : soit 60 litres de chacun d’eux. Il restera comme résidu utilisable un engrais aussi excellent qu'économique : le C'arbonate de potasse (CO3K2).
La dose toxique, pour les insectes du sous-sol, est de 100 gr. par mètre cube, mais il suffit de 0,0005 % ‘pour incommoder fortement ces parasites. Si ces gaz sont nuisibles et mortels pour ceux-là, ils ne le sont pas