CHAPITRE LIX
TRAITEMENTS DES PECHERS
Au cours des traitements d'hiver, les pulvérisations insecticides et anticryptogamiques ont pour effet de débarrasser les arbres qui nous intéressent des Mousses, des Lichens, des germes de Clasterosporium, de Tavelure, etc. ainsi que des œufs et chenilles hivernantes d’une foule de parasites importants rassemblés sous les écorces du tronc, des branches, des rameaux et autour des bourgeons. Ces parasites sont, surtout, des œufs de Lépidoptères : Cheimatobie, Teignes, Tordeuses; de Pucerons, de Psylles, de Tétranyques, et aussi des Cochenilles, à l’état adulte ou larvaire.
Les huiles d’anthracène et de bois s'emploient de janvier à mars et même dès le mois de décembre, associées ou non à la bouillie bordelaise et cuprique (de faible concentration). Contre la Cloque et le Coryneum, les Huiles blanches, associées aux bouillies sulfocalciques-arséniées sont tout indiquées; ces mixtures sont, également, efficaces contre les Cochenilles et contre les Tétranyques : il convient d'intervenir juste au moment du débourrement des bourgeons des pêchers.
Pour les traitements de printemps et d'été, on utilise les bouillies cupriques et sulfocalciques, non caustiques et moins concentrées. Elles ont un effet préventif contre le Coryneum, le Monilia, la Tavelure, ete... Leur action s'exerce, aussi, contre les insectes rongeurs et suceurs qui ont échappé aux traitements d’hiver ou qui proviennent de nouvelles invasions pour lutter contre les Coléoptères xylophages : Capnode, Bostriche, Scolytes, Cossus, Zeuzère, etc. on éliminera, avec soin, les vieux arbres et les rameaux infestés, puis, vers l’épo-
— 326 — ; que d'essaimage des insectes (avril-juin), on traitera à la Nicotine ou à la Roténone, le tronc et les branches parasités.
Contre les Bombyx, les Charançons et les chenilles arpenteuses de C'heimatobie, on utilisera, avec profit, les Huiles d’Anthracène et les bouillies arsénicales et cupriques.
Contre les insectes rongeurs des pousses et des feuilles ont aura recours aux pulvérisations arsénicales ou aux poudrages de roténone.
Les bouillies nicotinées ou roténonées sont indiquées contre « la Lyda du Pêcher ».
Contre l’envahissante Mouche des Fruits (Ceratitis capitata) on doit installer, au pied de chaque arbre, une sorte de piège, dit « gobe-mouche » : ces pièges sont constitués par un godet empli d’un liquide attractif (à base de bière, vinaigre ou eau de son fermentée), additionné, ou non, d’une substance toxique... Il convient de ramasser, également, tous les fruits véreux et de les incinérer, chaque jour.
Contre les divers Pucerons, Si nombreux sur les Péchers — ont sait qu’il y en à, au moins, cinq — et qui auront échappé aux traitements d’hiver, on aura comme ressource le Quassia Amara, la Nicotine, les Saponines et autres toxiques amers, d’origine végétale, (indépendamment de certains insectifuges ou répulsifs, dont l'usage mériterait d’être répandu chez nous). Le traitement doit être renouvelé à chaque invasion, d’une génération nouvelle de ces pucerons, même à dose assez faible. Mais les résultats ne sont intéressants qu’à la condition d’être appliqués avant l’enroulement des feuilles et, tout au début de l'invasion, en projetant le liquide insecticide par dessous.
Pour le Puceron lanigère, il convient de traiter en hiver (avec le Carbolineum, à 4 ou 5 %), puis au printemps, sur les jeunes pousses, avant toute floraison, avec des émulsions d’huiles blanches (à 1,5 %) nicoti-
nées et répétées à 15 jours d'intervalle et, enfin, de répéter ces mêmes traitements au cours de l'été, lors de chaque invasion.
Contre les Carpocapses ou « Vers des fruits » (qui ‘causent tant de ravages aux arbres fruitiers à noyaux ou à pépins), il sera souvent nécessaire d'opérer trois ou quatre traitements insecticides énergiques, à l’aide de bouillies arsénicales simples ou composées :
Le premier traitement aura lieu deux ou trois semaines après la floraison avec une bouillie à l’arséniate de cuivre ou de plomb, à 1 ou 1,2 %.
Le second. traitement se fera cinq semaines après la floraison avec les mêmes bouillies, dont on pourra, toutefois, réduire un peu la dose.
Un troisième traitement, s’effectuerait deux à trois semaines plus tard, dans les mêmes conditions, eñ cas de grande invasion, sur arbres tardifs.
En cas de très fortes invasions, et sur les espèces à fruits tardifs, un quatrième traitement pourrait intervenir, en août, avec une bouillie arsénio-cuprique à 0,50 ou à 1,2 %, après autorisation officielle.
Contre les Tétraniques, (dont les œufs auront : échappé aux traitements d'hiver), on devra traiter dès le débourrement printanier, aux huiles lubréfiantes émulsionnées (à 2 %) puis à la bouillie sulfocalcique, en été, en tenant compte qu'il faut effectuer ces pus vérisations de bas en haut.
Contre le Pou de San-José, qui, depuis peu, a envahi quelques régions françaises, la lutte, aux termes de l'arêté du 23 janvier 1942, consisterait à désinfecter les sujets suspects, par fumigations cyanhydriques (sous bâches) et dans l’incinération, sur place, des arbres contaminés indépendamment de la surveillance des fruits exotiques et des pépinières indigènes.
Les Pêchers étant fort sensibles aux traitements anticryptogamiques, il importe d'intervenir avec de
grandes précautions, et de n’utiliser que des bouillies relativement faibles et soigneusement titrées, comme il convient. | |
C’est ainsi que la bouillie bordelaise, à 2 ou 3 % de SOCu et à 3 ou 4 % de Chaux, peut provoquer, au cours des traitements d’hiver, des brûlures graves aux Pêchers : il suffit pour cela que le bois soit insuffisamment « aoûté », (c’est-à-dire quand l'écorce cède sous la simple pression de l’ongle et quand les rameaux de l’année demeurent encore verts, en novembre). Il conviendra, en telle occurrence de réduire la dose de gel de cuivre à 1 ou 2 %, et surtout de ne jamais commencer le traitement après le départ de la végétation.
A défaut de sulfate on peut utiliser l’oxychlorure de cuivre.
Ce sel de cuivre sera seul employé après le départ de la végétation, sur les Pêchers, contre les maladies cryptogamiques telles que Cloque, Coryneum. Et, dès ce moment, l’on devra se garder d'utiliser la bouillie bordelaise, car le Pêcher ne pourrait la supporter, sans graves inconvénients. |
Contre l'Oïidium ou « Blanc du Pêcher » on pourra se servir d’une bouillie sulfocalcique spéciale, composée de fleur de soufre et de chaux vive, à P, E. (2 kg. de.chaque pour 1 hectolitre d’eau bouillie).
Cette bouillie spéciale, dont la formule est due à M. À. PAILLOT, Directeur de la station de Zoologie Agricole du Sud-Est, présente l'avantage de ne point causer de brûlures, comme les autres bouïllies sulfocalciques, sur les tissus délicats du Pêcher.
Lorsqu'on aura recours aux bouillies bordelaises arsénicales (à base de sels d’arsenic insolubies) on devra tenir compte que l'emploi de ces arséniates sur certains arbres fruitiers, tels que Péchers et Prunicrs, n’est légalement autorisé que jusqu’à cinq semaines après la floraison, alors que leur usage est licite jusqu’à la fin de la floraison sur les Cerisiers et Abricotiers.
“Il conviendra de remplacer ces bouillies arsénicales par des préparations fluorées ou roténonées, chaque fois que les arbres à traiter seront cultivés en vergers comportant des cultures intercalaires, potagées ou maraîchères, qui pourraient être souillées par les-pulvérisations arsénicales, au grand dam des consommateurs.
Quant aux bouillies nicotinées, il faudra ne pas oublier que le savon, dont l’alcalinité est nécessaire pour libérer l’alcaloïde, doit être dissous dans l’eau de pluie, et que l'extrait nicotiné ne doit être incorporé qu’au moment de l’emploi. Cette pratique vaut, également, pour les préparations à la Pyréthrine, ou à la Quassine.
Toutes ces bouillies doivent être soigneusement préparées et utilisées lejour même, autant que possible, avec des appareils pulvérisateurs à grand débit, à jets réglables et à pression suffisantes, munis d’un agitateur -pour assurer l’homogénéité du produit.
Le choix d’un bon mouiliant, est aussi à considérer : on donnera la préférence aux composés terpéniques, tels que le Terpinéol, qui est doué de propriétés adhésives, mouillantes et parasiticides.
Vu Clermont-Ferrand, le 24 janvier 1945 Le Président du Jury A. SARTORY , Vu et approuvé :
Clermont-Férrand, le 24 janvier 1945 Le Doyen de la Faculté de Pharmacie :
A. SARTORY
Vu et permis d'imprimer Clermont-Ferrand, le 26 janvier 1945 Le Recteur de l’Académie Président du Conseil de l'Université.
Pour le Recteur Le Vice-Président du Conseil de l’Université.