OBSERVATION VI
Th. Arnal. Paris, 1880.
E..., D..., {8 ans, né à Gaete (Italie) entre à l’hôpital St-Eloi de Moutpellier le 8 mars 1878.
Tempérament sanguin, constitution bonne, comp:exion vigoureuse. D... n’a jamais été malale.
Pas d’antécédents héréditaires-
Son père à qui l'on demande des renseignements attribue l'originé du mal à un traumatisme et dit qu'il y à environ 4 mois, son fils, qui était en haut d'un mât, fit une chute, tombant d’abord sur les pieds, puis se renversant en arrière, la nuque frappant contre le sol, Gelte chute n'eut pas de suitéimmédiate, elle n’amena pas même de perte de connaissance. F
Néanmoins, un mois après environ, une petite tumeur apparut à l'angle interne de l'œil gauche. Impossible d'en connaître les caractères. Quoi qu’il en soit, à partir de ce moment la région sous-orbitaire grossit peu à peu; le nez se dévia à droite, une exophtalmie notable se produisit. Pas de phénomènes douloureux. Mais le mal faisant tous les jours.de rapides progrès D..., entre à l'hôpital.
A son arrivée il présente à la région Sous-orbitaire gauche, une tuméfaction considérable s'étendant de la paupière inférieure jusqu’au rebord dentaire du maxïllaire et de l'angle interne de l'œil à la région malaire. Le sillon naso-génien
n'existait plus, Le nez esl déjeté à droite, le globe oculaire
LS EE projelé, en avant, enhaut et en dehors. La paupière inférieure est, tuméfiée, La vue es! conservée. La peau a conservé sa couleur
normale. Le rebord alvéolaire, Ia voûte palatine ne présentent
rien de particulier. Au toucher la région malade est indurée.
Pas de douleurs, seulement un peu de gêne. Le voile du palais
et l'arrière-gorge ne présentent rien de particulier. Narines
libres. Etat général excellent. Pas de ganglions indurés.
Le malade est à l'hôpital depuis quelques jours à peine, sa tumeur a fait des progrès alarmants. Eile ‘s’est étendue vers le plancher de l'orbite, comme le prouvent les douleurs lancinantes qui tous les soirs deviennent plus intenses, l'exophtalmie qui s’est accrue d’une manière notable, un chémosis qui a pris des proportions considérables. *
La vision n’a pourtant pas diminué.
La pression sur le globe oculaire est douloureuse et fait disparaître un peu l’exorbitisme. Etat général excellent.
fn. présence de ces progrès rapides, M. Grynfellt se décide à tenter une opération le 14 avril 1878. |
L'opéralion pratiquée sans chloroforme ANSE a été sup portée par le patient d’une manière héroïque.
Ponction préalable avec un trocart dans l'antre d'Highmore pour s'assurer qu'on n'a pas affaire à une tumeur liquide. Pour la section des parties molles, M. Grynfellt combine les procédés
de Nélaton et Maisonneuve,
- Le lambeau disséqué on voit qu'il estinfiltré de lymphe plastique, lardacé. Les muscles sont décolorés. Dans l'impossibilité de placer la scie à éhaîne pour diviser le pont jugo-maxillaire, on fut dans la nécessité de faire usage de la gouge et du maillet. |
Le maxillaire dulevé, on constaté que la tumeur a envahi la fosse ptérygoiïde. On se contente d’uneforte cautérisation.
Le malade passe bien la soirée, Pas de fièvre. La nuit il dort un peu, |
Le 20, — On enlève les aiguilles. Lavage à l’eau phéniquée.
Le 21. — Un peu de fièvre, OEil œdématié.
Le 22. — Les productions néoplasiques tendent à combler la cavite produite par l’opération.
L’exophtalmie augmente ainsi que la déviation du nez.
‘26. — L'espace laissé vide par par le maxillaire est rempli
par les proliférations néoplasiques.
A partir de ce jour la tumeur prend des proportions effrayantes. , |
Les douleurs lancinantes, se produtsent d’abord le soir, deviennent continues. Vers la fin de mai la tumeur à envahi toute la joue, les ganglions sous-maxillaires sont engorgés, le gonflementarrive à la clavicule.
Dans les premiers jours de juin la tumeur sphacélée tombe en lambeaux, laissant à sa place une cavité infundibuliforme pouvant loger le poing. À |
Les douleurs devienunent horribles et le jour et la nuit. Une odeur repoussante s'exhale de la plaie. Le malade meurt le
26 juin dans le marasme le plus complet.