INTRODUCTION
Durant notre dernière année d’Ætudes médicales, nous avons suivi avec autant d’assiduité que possible le service remarquable du professeur Le Dentu à lhôpital Necker. Or, maintes fois, nous avons observé dans ce service d’une activité tout à fait exceptionnelle des cas extrêmement curieux qui certes, eussent pu chacun servir de sujet à une thèse vraiment intéressanteet originale. Nous n'avions donc que l'embarras du choix. L'étude des sarcomes du maxillaire supérieur nous a finalement séduits,
et voici pourquoi ?
Le 20 décembre 1898 entrait à l’hôgital, salle Malgaigne, lit
n. 25, un homme âgé de 42 ans adressé à M. le professeur Le
Dentu par le D" Castex, qui avait fait le diagnostic de tumeur
ÉRRES > Lo maligne du maxillaire supérieur. En effet, le malade présentait au niveau dle la région sous-orbitaire gauche, une tumeur ovoïde, à grand diamètre verlical, et de la grosseur d’une noix environ. Cette tumeur, recouverte par une peau absolument souple et normale, était pseudo-fluctuante ; et semblait avoir perforé le maxillaire supérieur, pour venir faire saillie sous la Peau. A l'examen de la bouche, on constatait que la voûte palatine, de forme ogivale ; élait tout à fait assymétrique, car le rebord alvéolaire, dans sa moitié gauche, avait considérablement augmenté de volume, surtout dans le sens transversal. La muqueuse buccale était d’ailleurs parfaitement saine. Le malade respirait très difficilement par sa narine gauche qui semblait plus étalée que la narine droite. Il n’entendait presque pas de l'oreille gauche. Enfin il avait un peu d’épiphora et d’exophtalmie du même côté. Quant à l’engorgement ganglionnaire, il était nul, ou tout au moins très discutable comme nous le verrons tout à l'heure lorsque nous rapporterons cette observation en détails. L'état général était très satisfaisant.
Le malade, homute intelligent et de bonne foi, racontait de
la façon suivante, le début de son affection : Il y à trois ans, ÿ aurait commencé à avoir des éniethete très abondantes ; survenant brusquement, sans cause apparente, et se répétant à des intervalles tantôt assez rapprochés, tantôt plus ou moins éloi-
gnés. Au bout de six mois il ne pouvait presque plus respirer par la narine gauche.
Au bout d’un an il n'entendait presque plus de l'oreille du même côté. Alors seulement son état commança à l’inquiéter sérieusement ; et cette fois au lieu de retourner voir son hide cin habituel qui lui prescrivait simplement des douches nasa-
les, et qui lui prodiguait surtout des paroles de consolation; il
ANG me - alla consulter à une clinique de la rue Antoine Dubois, où l’on traitait exclusivement des maladies du larynx, du nez et des oreilles. Après un examen parail-il très approfondi, les médecins spécialistes firent le diagnostic de polypes nasaux, et avec le consentement du malade, procédèrent séance tenante, à l'extraction de ces polypes.
Celle opération soulagea momentanément: beaucoup notre patient; qui fut heureux de pouvoir enfin respirer par la narine ganche. Malheureusement cette narine ne tarda pas à se bou: cher de nouveau, en même temps qu'apparaissait un peu audessous de l'œil gauche (il y a 14 mois environ), une petite tumeur. Comme cette tumeur était molle et un peu sensible, le malade pensa qu'il pouvait s'agir d’un abcès dentaire, et alla consulter un dentiste. Celui-ci constata que le rebord alvéolaire gauche était un peu augmenté de volume et douloureux ; et comme deux molaires de ce côlé étaient un peu cariées ; il fitle diagnostic très rationnel de périostite alvéolo-dentaire. Les deux dents cariées furent enlevées successivement à deux mois d'intervalle ; et au dire du malade; cette double extraction qui déterminé une double fistule dentaire amena une diminution notable de la tumeur qui resla à peu près stationnaire pendant 4ou5 mois. Pendant ce temps, la double fistule laissait paraît-il écouler une assez grande quantité de pus fétide. Mais elle se ferma, et dès lors la tumeur recommença de nouveau à augmenter de volume.
Après avoir essayé successivement, sans résultat, le traitement de 4 ou 5 cliniques différentes, le malade s’adressa enfin à M. Castex ; qui après l'avoir observé pendant quelques jours,
l’envoya à l'hôpital Necker avec le diagnostic que nous savons.