C. Essais avec Zilla X-notata
Je fis sur cette espèce trois essais, portant sur trois individus de 110 milligrammes, 126 milligrammes et 120 milligrammes.
Pour les deux premiers, les deux lots ovules et reste hémolysèrent. Le pouvoir hémolylique du lot ovules fut au total un peu supérieur à celui du lot reste. En tenant compte des poids, cela faisait, pour les ovules, un pouvoir hémolytique bien plus considérable que celui du reste.
Pour le dernier, le lot ovules hémolysa beaucoup, le lot reste très peu.
$S 2. — Résumé et discussion.
Ces expériences sont loin d'avoir la netteté de celles qui les précèdent dans ce chapitre.
Les essais faits sur l'£peira cornuta offrent cependant une série de résultats assez nets et homogènes.
La fragilité des ovules, surtout des ovules mûrs, leur éclatement pendant la dissection produit une cause d'erreur dont l'importance est variable avec chaque expérience et impossible à évaluer, même à beaucoup près.
C'est donc de l’ensemble des expériences, en négligeant souvent un peu le détail, qu'il faut dégager les résultats principaux :
1° Fait tout à fait certain : jamais une macération d'un céphalothorax avec les pattes ne contient d'arachnolysine.
2° Il apparaît nettement qu'au cours de leur développement les ovules s’enrichissent en arachnolysine. Le lot « ovules », qui n’en contient pas ou en contient fort peu quand les ovules sont rudimentaires, finit par en contenir des quantités considérables lorsqu'ils sont mürs. De l’ensemble des essais, on peut d’ailleurs conclure que plus les ovules sont mûrs, plus ils contiennent d'arachnolysine, que l'on compare d'ailleurs les ovules à nombre égal ou à masse égale. Les données quanlitatives sont assez grossièrement apparentes pour qu'on puisse l’affirmer avec certitude.
3° IL faut souligner le fait qu'il existe une petite différence entre l'hémolyse par ovules et celle par œufs pondus. Une macération d'œufs pondus, diluée, hémolyse d'autant moins qu’elle est plus diluée; or il arrive, nous l'avons vu, qu'une macération d'ovules concentrée hémolyse moins que la mème plus diluée. Il arrive très souvent qu'avec une dilution croissante le pouvoir hémolytique commence à croître Jusqu'à un maximum pour décroitre ensuite.
Il se peut qu'il y ait là un mélange d’arachnolysine et d'une substance antagoniste quelconque, contenue réellement dans les ovules ou fournie par les débris de tissus adhérents aux ovaires. En diluant les deux à la fois il est possible qu’un des
ANN. DES SC. NAT. ZOOL., 10e série. LOGE
degrés de dilution réalise un optimum de puissance hémo- Iytique.
Dans les œufs pondus il n’y aurait plus de substance antagoniste ou bien elle serait masquée par un grand excès d'arachnolysine. Le lot « reste » n'a jamais présenté de phénomène de cette nature.
Je liens à signaler ces faits et à tenter de les expliquer, sans insister autrement. à
4° Dans le cas des ovules extrêmement mürs, il semble qu'il faille attribuer les propriétés hémolytiques du lot « reste » surtout aux ovules crevés. En tout cas, la quantité d'arachno- Iysine se trouvant dans les ovules est toujours très supérieure à celle qui pourrait se trouver dans le reste et, si l'on tient compte des masses respectives, la proportion est beaucoup plus considérable.
Quand les ovules sont moins mürs, les dissections sont généralement meilleures ; il y aurait donc moins de chances de souiller le «reste » par des ovules crevés. Mais, d'autre part, les ovules crevés sont probablement les plus mürs.— À ce stade, les lots « ovules » et «reste » ayant souvent des pouvoirs hémolytiques de même ordre, on ne peut rien conclure de bien net (surtout en ce qui concerne ÆEpeira diademata et Zilla X-notata).
Dans le cas des ovules peu mürs ou rudimentaires, les dissections sont encore meilleures. D'autre part les ovules les plus mûrs et les plus faciles à crever ont encore un pouvoir hémolytique bien faible. Cela fait que, lorsque le lot « reste » a un pouvoir hémolytique supérieur à celui du lot « ovules » (cela ne s'est jamais produit pour ÆEpeira cornuta), il est difficile d'attribuer ce pouvoir hémolvtique aux ovules crevés. Le lot « reste » semble bien contenir, de l'arachnolysine lui appartenant en propre.
En résumé, il semble bien qu'au début du développement des ovaires, l’arachnolysine de l’araignée, quand il y en a, puisse se {rouveren dehors d'eux. — Dans la suite, la localisation devient douteuse, mais il est certain qu'à la fin, le poison est surtout localisé dans les ovaires. Nous tirons ici cette conclusion uniquement de nos essais après dissection. Elle semble
hors de doute sil'on se rappelle les essais avec araignées ayant pondu.
L'arachnolysine, avant de se localiser dans les ovaires, pourrait donc fort bien être élaborée quelque part dans le corps de l'araignée, dans l'abdomen même pouvons-nous dire, puisque Jamais le céphalothorax (y compris les pattes et les glandes à venin des chélicères) ne contient d'hémolysine. Sans pouvoir le démontrer, nous avons lieu de penser que cette élaboration se fait peut-être bien dans le foie.
Je crois inutile d’insister sur la part d’hypothèse que comportent ces dernières conclusions concernant l'élaboration de l'arachnolysine. — Le fait que les mâles ne contiennent pas d’arachnolysine serait en effet un argument en faveur de l’élaboration par l'ovaire. — Les essais de ce paragraphe sur la séparation des portions hémolysantes nous donnent en tout cas ces conclusions certaines :
L'apparition de l’arachnolysine coïncide avec le développement des organes génitaux femelles.
L'arachnolysine se localise peu à peu dans les organes génitaux femelles qui en contiennent d'autant plus qu'ils sont plus muürs.
CONCLUSIONS SUR LA LOCALISATION DE L'ARACHNO- LYSINE, TOXINE HEMOLYTIQUE DES EPEIRIDES.
Nous pouvons résumer ainsi toutes les conclusions partielles des paragraphes de ce chapitre :
1° Les Épeires adultes femelles seules contiennent de l’arachnolysine. |
2 La quantité d'arachnolysine contenue dans une EÉpeire est en raison directe de l’état de développement de ses organes génitaux. |
3° L’arachnolysine se localise dans les organes génitaux (cela sans préjuger du lieu de son élaboration); elle est éliminée en totalité ou en presque totalité par la ponte.
%° La jeune Épeire contient l'arachnolysine de Pœuf qui lui donne naissance. L'hémolysine disparaît au cours de lévolu-
lion de l'araignée et celle-ci en reste dépourvue jusqu'au moment où ses organes génitaux se développent.
Ces conclusions résultent nettement des faits exposés. La suivante est plutôt une hypothèse qu'une conclusion :
5° L'élaboration de l'arachnolysine peut très bien ne pas se faire dans l'ovaire. Il semble mème qu’elle se fasse autre part dans l'abdomen, peut-être dans le foie, et que la toxine vienne imprégner les ovules, au fur et à mesure qu'ils mürissent et se chargent de réserves.
I y à lieu de.faire, au sujet de ces résultats, un certain nombre de rapprochements avec des faits connus.
Et d’abord, avec les faits relatifs à la fixation de toxines sur les produits génitaux, principalement sur les ovaires. C. Pur- SALIX (05-a) constate que les œufs de Vipère ont les mêmes propriétés toxiques que le venin de l'animal.
Cet auteur (05-4) fait la même observation pour les œufs d'Abeille, Dans ce cas, d'ailleurs, la toxicité est relativement beaucoup plus faible.
D'après plusieurs auteurs [voir Couriëre (99) et PELLE- GRIN (99)|, 1l existe des poisons dans l'ovaire et les œufs de divers Poissons. La toxicité de l'ovaire augmente au moment de la reproduction.
Loisez (05-a, à et c) entreprend sur les ovaires ou les œufs de divers animaux (Oursin, Grenouille, Tortue, Poule, Canard, Chien) des essais de toxicité qui semblent lui montrer que le fonctionnement des ovaires s'accompagne de la présence, dans ces glandes, de substances toxiques dont la quanlé et la virulence sont variables avec les animaux et avec l'époque de l'année.
MereuxiKore [cité par MarscuinskY (00), injectant de la toxine létanique à des poules, trouve qu'elle se fixe avec une intensité beaucoup plus grande sur les glandes génitales que sur les autres organes.
Houssay (07) constate sur des poules qu'une intoxication prolongée par le régime carnivore à un retentissement profond sur la fécondité des œufs pondus. L'intoxication des organismes parents se transmet nettement aux produits génitaux.
D’après C. Parsazix (03), chez les Crapauds femelles, au moment du frai, les toxines normalement sécrétées par les glandes cutanées se localisent dans l'ovaire et passent dans la ponte. Elles disparaissent ensuite au cours du développement du têlard et ne réapparaissent que lors du développement des glandes à venin.
Cest de cette dernière observation que se rapprochent le plus les faits que j'ai constatés. II faut cependant noter cette différence que, pour les Crapauds, la toxine considérée à, en dehors de l'ovaire, un émonctoire habituel, tandis que l’arachnolysine n'apparait qu'au moment de la maturité des ovules et ne semble s’éliminer nullement avant la ponte.
Le second point intéressant à remarquer est la coïncidence entre la présence de l’arachnolysine et celle du vitellus de l'œuf. Le poison apparait dès que les ovules se remplissent de réserves et disparait quand ces réserves sont consommées.
Or les subsances vitellines jouent un rôle considérable dans les phénomènes d'hémolyse.
Je rappellerai le rôle joué par la lécithine dans lhémolyse par les venins. [Travaux divers sur les Serpents; de Kyes (03) sur le Scorpion, de MorGexRoTu et Carpi (06) sur l’Abeille.
C. Dezezexe et Mlle S. Lepert (11-4 et12)ontmême démontré que dans les mélanges hémolytiques « venin de Cobra + vitellus de Poule », le venin n’a qu'une action catalytique, tandis que la véritable substance hémolytique est un produit de transformation par catalyse des substances du vitellus.
Le vilellus a done, dans ce cas, un rèle fondamental et non point un simple rôle d'adjuvant.
Étant donnés ces faits, je suis assez tenté d'attribuer au vitellus les propriétés hémolvtiques de l'arachnolysine, Il se pourrait que la substance hémolytüque soit un lipoïde où un complexe de lipoïdes et de substances protéiques, faisant partie des réserves contenues dans l'œuf.
Les faits que nous venons d'exposer ne sont donc pas des faits isolés. On peut les rattacher, par analogie, à des faits expérimentaux connus.