‹ Contribution A L'étude Des Toxines Chez Les AraignéesChapitre 41 sur 67 · POULE BOEUF · texte numérisé non relu

POULE BOEUF

Les résultats sont les mêmes que pour #eta segmentata. Des témoins aux œufs de Zinyphia purs ne donnèrent bien entendu rien.

Je retrouvaila propriété « complémentaire » dans la macération d'une Linyphia triangularis adulte mûre.

20 Janyphuia montana Clerck. — Mêlés aux cocons de Weta segmentala et de Linyphia trianqularis, Je trouvai quelques rares cocons arrondis contenant des œufs légèrement plus gros que ceux de Meta.

De ces cocons sorlirent des jeunes qui, lorsqu'ils commencèrent à se pigmenter, présentèrent sous l'abdomen une tache blanche très caractéristique. M. Eugène Simon les détermina comme Linyphia montana Clerck.

Vingt œufs pèsent 4M8r 75,

Je ltrouvai pour ces œufs une propriété «complémentaire » identique à celle des œufs de Linyphia trianqularis. Jeretrouvai la propriété chez les jeunes fraichement éclos et constatai sa disparition chez des jeunes ayant atteint un stade plus avancé. Cela est conforme à ce que nous savons sur la localisation de

toutes Les substances hémolytiques où « complémentaires » que nous avons vues jusqu'ici.

39 Linyplua hortensis Sundev. —— Une macération d'une femelle adulte de Linyphia hortensis se montra inactive directement et agit comme « complément » vis-à vis de la « sensibilisatrice d'Épeire ».

Les trois espèces de Linyphia étudiées, triangularis, montana et Aortensis ont donc la même propriété « complémentaire », analogue à celle de Meta segmentata.

$S 4. — Essais pour rechercher s’il peut exister de la «sensibilisatrice » seule dans des œufs d'Araignées.

Ayant trouvé des œufs « complémentaires », l’idée me vint qu'il pourrait y avoir des œufs « sensibilisants ». Je recherchai donc, dans divers œufs, si je ne trouvais pas une propriété analogue à celle de la « sensibilisatrice d'Épeire ». — L'essai consistait à ajouter une solution de « complément de Meta seymentala » aux macérations des œufs à éprouver.

Nombre Nombre d'œufs des œufs de Meta Famille. Espèce. essayés. ajoutés.

Dictynides..... Amaurobius similis Blackw. 8 5 Dysdérides..... Segestria florentina Rossi. 10 10 Thomisides.... Xysticus lunio C. Koch. ñ 5 » Philodromus margaritatus Clerck. 10 5 Clubionides.... Chiracanthium punctorium Vill. 8 5 » » erraticum Walck. 7 5 Agélénides..... Tegenaria parietina Fourcroy. 5 10 Emplové des globules de Bœuf., — Aucune hémolyse.

I n'y à donc, dans les œufs essayés, rien de comparable à la « sensibilisatrice d'Epeire ».

$ 5. — Acquisition, par les œufs d'Araignées, de propriétés hémolytiques sous l’action du venin de Cobra.

A part son action directe sur quelques rares espèces globulaires (1), le venin de Cobra n'a pas par lui-même de pouvoir

(1) Le cas de ces globules exceptionnels rentre d’ailleurs dans le cas général.

hémolytique. L'attaque des hématies ne se produit que si l'on ajoute au venin du sérum ou du jaune d'œuf: on a d'ailleurs démontré que ces liquides interviennent seulement par la léer- (hine qu'ils contiennent.

On a longtemps assimilé l'hémolvse par le venin de Cobra à celle produite par les sérums hémolytiques, comparant le venin à la sensibilisatrice et les autres substances au complément. — P. Kyes (03) a soutenu que la véritable hémolysine était une combinaison formée par le venin et la lécithine (Cobralécithine).

C. DeLezexne et Mlle S. Lepegr (11-4) (11-b) et (12), dans des recherches auxquelles nous avons déjà fait allusion dans la première partie, démontrent que le venin n'intervient pas du tout dans la constitution définitive de la véritable hémolysine: il n'agit que comme catalyseur. — Le venin possède une action diastasique vis-à-vis des phosphatides et notamment de la léei- {hine; il la décompose en lui enlevant ses acides gras non saturés.

C’est le produit de cette réaction qui est la véritable hémolvsine. C. DeLEZENXE et E. FourxEau (1 4-4) et (14-4), l'ont obtenu cristallisé et l'ont dénommé « Ivsocithine ».

Nous avons vu que, dans certains cas, nos œufs d’Araignées élaient capables de Jouer le rèle de ce que nous avons appelé des « compléments hémolytiques », par analogie avec la représentation ancienne des hémolysines. D'autre part, ils contiennent très certainement des phosphatides. — IT était donc intéressant d'étudier l'action que pouvait avoir sur eux le venin de Cobra et je fis une série d'essais à ce sujet.

Le venin de Cobra (Naja tripudians) dont je disposais était du venin sec; J'en faisais des solutions dans l’eau physiologique. — J'ai utilisé des globules de Bœuf et de Cheval.

Quand les œufs d'Araignées sont directement hémolytiques, ils agissent sur les globules de Bœuf etnon sur ceux de Cheval : dans ce cas, J'employais done le sang de Cheval. Pour les œufs non hémolytiques, Femployais indifféremment l'un ou l'autre.

Les doses d'œufs employées furent les mêmes que pour les essais d'hémolyse directe par ces œufs {cinq à dix œufs). —

Le venin de Cobra fut ajouté, en solution au 1/1000, à des doses variant entre 0°°05 et ee

Des témoins faits avec des m élanges de Cobra et de lécithine (1/2 ce. delécithine à 1/5000) donnèrent toujours une hémolyse complète en un temps de l’ordre de vingt minutes. \ Voici un tableau résumant les résultats :

Sangs réactifs Résultat (B = Bœuf, (Hémolyse

Famille. Espèce. CG — Cheval). = +).

Dyctinides...... Amaurobius similis Blackw. B + cpeirides....... Epeira diademata Clerck. G 0

» Mela segmentata Clerck. C 0

» Einyphia triangularis Clerck. ; 0 Thomisides...... Xysticus lanio CG. Koch. 3 ci

» Philodromus margaritatus Clerck. 3 + Clubionides..... Micrommata virescens Clerck. 3 +

» Clubiona corticalis Walck. B =

» » phragmitis C. Koch. 3 pe

» Chiracanthium erraticum WNalck. B +

2 » punctorium Vill. Bet C: +

» Agroeca brunnea Blackw. B a Agélénides...... Tegenaria parietina Fourcroy. B et C. +

» » atrica CG. Koch. G

» | » agrestis Walck. B 1e Lycosides....... Pardosa lugubris Walck. B +

Tous les œufs essayés sont capables de donner des hémolxsines sous l’action du venin de Cobra sauf ceux des espèces : Epeu'a diademata, Meta segmentatu, Linyplia trianqularis.

Or, ces trois espèces (toutes trois Épeirides) ont une parenté chimique indiscutable. Les œufs de la première contiennent de l’arachnolysine et ceux des deux dernières contiennent des « compléments », substances très proches de larachnolysine. — Elles se trouvent encore réunies ici par la considération d'une nouvelle propriété.

Les œufs de T'egenaria atrica conliennent, nous l'avons vu, une hémolysine différente de larachnolysine. — IIS se différencient encore des œufs à arachnolysine par le fait qu'ils subissent, eux, l’action diastasique du venin de Cobra.

J'ai examiné si la chaleur et les acides n'alléraient pas la propriété qu'ont la plupart des œufs d’Araignées de donner des hémolysines sous l'influence du venin de Cobra.

ANN. DES SC. NAT. ZOOL., A0 séric. 1916, 7, 9

J'ai utilisé les œufs de T'egenaria atrica et de Tegenaria parielina et j'ai effectué les essais suivants :

Une macération d'œufsde T'egenaria parietina, chauffée deux heures à l'étuve à 610, donne encore des hémolysines avec le venin de Cobra.

La propriété est affaiblie, mais non détruite. 20 minutes dans un bain-marie à l'ébullition affaiblissent sans

détruire.

Même résultat pour une macéralion d'œufs de T'egenaria atrica mise un quart d'heure à la température d'ébullition.

Une macération d'œufs de Tegenaria atrica traitée par HCF (0ce,1 d'HCI décinormal par ec.) et neutralisée par COSNa? donne encore avec le venin un mélange hémolvtique.

La propriété qu'ont les œufs de Tégénaire d'engendrer des hémolysines sous l’action du venin de Cobra estdonc très résistante. Elle est beaucoup plus résistante que la propriété « complémentaire » des œufs de Meta ou de Linyphia vis-à-vis de Ia «sensibilisatrice d'Épeire ».

Il est donc certain qu'il s'agit là d'une action catalytique du venin de Cobrasur les phosphatides contenus dans le vitellus d'Araignée, tout comme dans le cas du vitellus de Poule ou des sérums.

Cas des œufs d'Epeire. — 1 est très étonnant à priori, que les œufs d’'Epeua, Meta et Linyphia ne donnent rien sous l'influence du venin de Cobra. — En effet, on ne voit pas très bien

pourquoi les œufs des Épeirides énumérés, ne conliendraient pas des phosphatides comme ceux des autres espèces essayées.

J'avais pensé à une propriété anti-Cobra de ces œufs, qui empècherait l’action diastasique. Jai essayé de mettre ce pouvoir antagoniste en évidence. Pour cela, j'ai d'abord soumis des œufs d'Æpeira diadematu à tous les traitements capables de détruire un anticorps, pensant qu'ils pourraient ensuite subir l'action du venin de Cobra.

J'ai chauffé des macérations à 629, à 1000, La propriété hémolyüque directe était détruite, mais il n'apparaissait aucune propriété vis-à-vis du venin de Cobra.

J'ai essayé d'ajouter des œufs d'Épeire à des mélanges où se manifestait l'action catalytique du venin de Cobra (Cobra +

Cr CONTRIBUTION A L ÉTUDE DES TOXINES CHEZ LES ARAIGNÉES 131

lécithine, Cobra + œufs de Tegenaria parielina) afin de voir S'ils Pempêchaient d'effectuer la réaction. Aucun empèchement.

Inversement, le Cobra n'empêché pas les œufs d'Épeire d'hémolyser le sang de Bœuf.

..J'essayaï enfin de neutraliser, par le sérum spécifique anti- Epeire, l'anti-Cobra que je supposais exister dans les œufs d'Épeire. Le sérum était celui du lapin B-1 (voir deuxième partie, chapitre Il), immunisé au moyen d'œufs Epeira diademata; il était chauffé et les proportions employées étaient telles qu'il y avait assez de sérum pour neutraliser la propriété hémolytique des œufs d'Épeire el pas assez pour donner, sous l’action du venin de Cobra, des hémolysines qui auraient pu gèner par leur présence.

Je fais les tubes suivants (Cobra : 1/12 de cc. au 1/1000, sérum anti : 1/20 de ec., £peira diademata et Tegenaria atrica : 1 œuf) :

Neo Mélanges. Globules. Hémolyse.

1 EÉpeire + sérum anti + Cobra Cheval 0

À d sérum anti + Cobra » 0

3 Épeire + Cobra » 0

4 Épeire + sérum anti Bœuf 0 Ross Cobra Cheval et Bœuf 0

6 Epeire Cheval. 0

1 Tégénaire + Cobra » Hémolyse.

. Lestubes 2 et 4ne donnent rien : cela prouve que le choix de là quantité de sérum était bon, assez pour neutraliser l'Épeire, pas assez pour donner des hémolysines avec le Cobra.

Comme il fallait s’y attendre : les tubes 3, 5 et6 ne donnent rien et le tube 7 s’hémolyse (hémolyse avancée en 1 h. 10).

Le tube 1 ne donne rien.

Ce résultat négatif du tube 1 indique que notre hypothèse d'une action anti-Cobra des œufs d'Épeire est fort peu probable.

On ne peutdonc point trouver là l'explication de la résistance que présentent à l’action du venin de Cobra les œufs à arachnolysineet à « complément ».

Peut-être leur composition chimique est-elle vraiment très différente de celle des œufs de la plupart des espèces d'Aranéides,

surtout à l'égard des phosphatides? Ou bien, peut-être, pour la formation de l’arachnolysine ou du « complément », tous les phosphatides de ces œufs ont-ils déjà été soumis à une transformation et n’en reste-t-il plus sous une forme qui puisse subir l'action diastasique du venin de Cobra ?

Nous ne pouvons répondre à ces questions et devons nous contenter de noter ces particularités.

Résumé et conclusions. — 19 La plupart des œufs d'Araignées essayés donnent avec le venin de Cobra des mélanges hémolvtiques.

2° Ce fait est certainement dà à une action catalytique du venin de Cobra sur les phosphatides du vitellus d'Araignée, analogue à l'action du venin de Cobra sur le vitellus de Poule et les sérums.

3° Parmi les œufs éprouvés, les seuls qui ne donnent point d'hémolysines sous l'influence du venin de Cobra sont ceux d'Epeira diademata Clerck, de Meta segmentula Clerck et de Linyphia triangularis Clerck, Araignées appartenant à la famille desÉpeirides et dans les œufs desquelles nous trouvonsde l’arachnolysine ou des « compléments » parents de larachnolvsine.

49 La résistance des œufs d'Épeire à l'action diastasique du venin de Cobra n’est pas due à une propriété anti-Cobra de ces œufs.

59 Les œufs de T'egenaria alrica, qui contiennent une hémolysine différente de l’arachnolysine, sont sensibles à l'action du venin de Cobra.

Nous retiendrons surtout comme importants, pour ce qui nous occupe, les points relatifs au groupement des diverses Araignées étudiées dans ce paragraphe.

Nous avons vu dans les chapitres précédents que les œufs à arachnolysine el ceux à «complément » (Épeirides et Théridides) forment un petit groupe homogène qui se met nettement à part des autres œufs essayés, D'autre part, les œufs de Tegenaria atrica, bien que contenant aussi une hémolysine, sont à séparer tout à lait des œufs à arachnolvsine.

Les essais faits au moyen du venin de Cobra confirment la légitimité de ce groupement et de cette séparation, qui nous avaientété suggérés par de tout autres considérations.

$S6. — Conclusions relatives aux propriétés hémolytiques des œufs chez divers Aranéides.

Les essais de ce chapitre ont porté sur un nombre d'espèces relativement trop restreint pour que nous puissions donner des conclusions générales sur les propriétés hémolytiques des Aranéides. Il faudrait pour cela un travail de plus longue haleine dont ce chapitre n’est qu'une ébauche. Nous pouvons cependant tirer de ces recherches des conclusions, déjà intéressantes par elles-mêmes, et qui pourraient servir de base pour poursuivre des investigations.

Résumons les résultats obtenus :

19 Parmi les divers groupes d'Araignées, nous ne trouvons de propriétés hémolvtiques que dans trois familles : Épeirides, Théridudes, Agélénides.

20 Chez les Épeirides, nous trouvons d’abord un certain nombre d'espèces dont les œufs sont directement hémolytiques. Ce sont :

Les six espèces étudiées du genre £peira (E. diademata Clerek, Æ. cornuta Clerck, Æ. quadrata Clerck, Æ. umbratica Clerck, £. Redu Scop., et E. labyrinthea Hentz),

Zilla X-notata Clerck,

Singa hamala Clerck.

Nous trouvons ensuite d’autres espèces dont les œufs, non hémolvtiques pareux-mêmes (ou faiblement pour quelques sangs exceptionnels), sont capables de réactiver fortement la « sensibilisatrice d'Épeire », arachnolysine inactivée par la chaleur ou les acides. Ces œufs, que nous avons appelés « complémen- {aires » appartiennent aux espèces suivantes :

Meta segmentata Clerck favec sa variété vernale M. Mengei Blackw.),

Mangora acalypha Walck.,

Tetragnatha montana E. Sim.,

Les trois espèces étudiées du genre Linyphain autrefois placé parmi les Théridiides, aujourd'hui rattaché (sous-famille des Linyphiines) aux Épeirides. Ce sont: L. trianqularis Clerck, L. montana Clerck, L. horlensis Sundew.

L'hémolysine des œufs d'Épeirides directement actifs semble bien identique à l’arachnolysine d'£peira diademata dénommée par H. Sacus. En effet tous ces œufs sont capables de donner une « sensibilisatrice » réactivable par des œufs de Meta ou par des solutions diluées de l’un quelconque d’entre eux. Cette faculté d'échange nous assure, autant que nous pouvons en ôlre assurés, de l'identité des Loxines.

30 Chez les Théridiides, nous trouvons une espèce, Theridion lineatum Clerck dont les œufs contiennent une hémolvysine tout à fait semblable à l'arachnolysine des Épeirides. On peut, avec ces œufs, préparer une « sensibilisatrice » réactivable par les œufs de Meta; en macération diluée, ils réactivent la « sensibilisatrice d'Épeire ».

I n'est pas étonnant de trouver une hémolysine chez les Théridiides. C'est à cette famille, en effet, qu'appartient la Karakurte (Latrodectus Erebus Aud.) étudiée par KoBEerr.

À côté de l'espèce TA. lineatum. hémolvtique, nous trouvons une autre espèce, Theridion denticulatum Walck., dont les œufs ne sont ni hémolytiques, ni « complémentaires ». Nous reviendrons plus loin sur ce point remarquable.

4°: Chez les. Agélénides, nous trouvons une espèce contenant une toxine hémolytique : Tegenaria atrica ©. Koch.

Son hémolysine est certainement différente de larachno- Iysine. Il y a entre les deux substances une petite différence au sujet de l’action sur les divers sangs. La toxine de Tégénaire est plus fragile. Enfin et surtout, une fois qu'elle a été inactivée par la chaleur ou un acide, il nous est tout à fait impossible de la réactiver; la réactivation par addition de même toxine diluée échouenotamment. L'hémolvysine de Tegenaria atrica doit donc. Jusqu'à nouvel ordre, être rangée parmi les hémolysines simples, catégorie dont nous avions fait sortir l'arachnolysine des Epeirides.

A côté de T'egenaria atrica, espèce hémolvtique, nous trouvons deux autres espèces du même genre, Tegenaria parietina Kourcroy el Tegenaria agrestis Walck., dont les œufs ne contiennent aucune hémolysine. Les œufsdeT". parietina, soigneusementétudiés, ne possèdentaucune propriété «complémentaire », ni vis-àvis de l’arachnolysine, ni vis-à-vis del'hémolysine de . atrica.

5° La plupart des œufs d'Araignées donnent des hémolysines sous l'action du venin de Cobra. Parmiles œufsessayés, nous n'avons trouvé que trois espèces ne donnant point d'hémolysines dans ces conditions : Æpeira diademata Clerck, Meta segientata Clerck et Linyphia triangularis Clerck. Ces trois espèces appartiennent à la famille des Épeirides ; lune contient de l’arachnolysine, les autres du « complément ». Cette particularité sépare encore les œufs à arachnolysine ou à « complément » du reste des œufs d'Araignées.

Les conclusions que nous pouvons dégager sont lessuivantes:

Nous savions, par l'étude des œufs de Meta segmentata (2° partie, chapitre IF, $ 2 et 3) qu'il existe, à côté de l’arachnolysine, une substance que nous avons appelée « complément », inactive ou parfois faiblement active par elle-même, mais capable de réactiver larachnolysine inactivée. Par toutes ses propriétés, ce « complément » se rapprochait de larachno- Iysine. — Il s'en rapproche aussi incontestablement par les espèces chez lesquelles on le retrouve : elles appartiennent toutes, en effet, à la famille des Épeirides.

Au point de vue des propriétés hémolytiques, les Epeirides (y compris les Linyphia) forment avec les Théridiides un petit groupe homogène qui se sépare de tout le reste des Araignées.

Il existe chez les Araignées une hémolysine tout à fait différente de l’arachnolysine déjà connue. Elle se trouve chez Tegenaria atrica GC. Koch. Elle est à classer jusqu'ici parmi les hémolysines à mécanisme simple.

H peut y avoir, au point de vue des toxines, de très grandes différences entre des espèces du même genre. — Les œufs de Theridion lineatum contiennent de larachnolysine, ceux de Th. denticulatum n'en renferment pas. Les œufs de Tegenaria atrica contiennent une hémolysine particulière, ceux de Tegenaria parielina en sont dépourvus.

Ces différences très curieuses ne sont pas cependant des faits isolés. Elles trouvent leur équivalent dans une particula-

rité signalée par Mme Puisanix (13). La sécrétion cutanée muqueuse de Rana esculenta Lacép. est extrêmement toxique, tandis que la même sécrétion de Aiana temporaria Lacép. ne présente qu'une action purement locale et aucune action toxique générale. « Ce caractère physiologique, dit Mme PursALIX, suffirait à lui seul à distinguer les deux espèces. »

Le caractère physiologique « présence ou absence d'hémolvsine » peut de même suffire à distinguer par exemple Tegenaria atrica de Tegenaria parielin«.

Les différences en apparence paradoxales que nous venons de faire ressortir ne doivent cependant point nous étonner outre mesure, étant donné le caractère souvent déconcertant des phénomènes touchant l’hémolvse.

Tous ces faits nous laissent seulement à penser que la propriété hémolytique doit souvent tenir à fort peu de chose.

Nous n'avons aucune raison de supposer que chez des espèces voisines, avant une biologie très analogue, il puisse exister des différences chimiques fondamentales. Les œufs des deux espèces de Tégénaire indiquées doivent bien contenir sensiblement les mêmes substances. — Il vaut mieux supposer qu'une très faible modification chimique peut rendre toxique ou hémolytique une substance inactive ou un ensemble de substances inactif. Les œufs de nos deux Tégénaires doivent contenir deux substances ou plutôt deux groupements de subslances, excrétions ou réserves, très analogues, mais présentant entre eux une pelite différence de composition qui suffit à attribuer à l’un d'entre eux seulement la propriété si particuhière de l'hémolyse, — Nous trouvons une certaine confirmation de notre supposition dans ce fait que, pour le groupe Épeirides- Théridiides, 11 existe, entre les œufs hémolytiques à arachnolysine et les œufs tout à fait inactifs, un chaïnon intermédiaire : ilest constitué par les œufs à « complément », substance qui est presque de Parachnolysine mais dont les propriétés hémolyliques sont nulles où insignifiantes. — L'hypothèse que nous venons de formuler cadre assez bien avec le caractère capricieux qu'il faut reconnaitre à presque toutes les catégories de phénomènes hémolytiques.

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