ART
La patiente a toujours joui d’une bonne santé générale ; ses yeux ont été tout à fait normaux jusqu’à l’âge de neuf ans. À ce moment son œil droit a rougi, la paupière supérieure droite est devenue épaisse, œdématiée, et a commencé à tomber ; l'œil larmoyait et ne pouvait pas s'ouvrir. Quelque temps après le bulbe a commencé à diminuer de volume et à se dévier en bas.
État actuel. — OEil droit. — Ce qui frappe, à première vue, c'est la chute de la paupière supérieure droile, qui est assez épaissie, œdémaliée et tellement repoussée en avant que la fermeture complète de l'œil est. impossible. En soulevant la paupière supérieure on remarque une grosse masse rouge, un peu molle au toucher, qui remplit toute la moitié supérieure de l'orbite et recouvre le globe. Sur cette masse, facilement saignante, la paupière supérieure glisse, elle arrive en haut jusqu'au rebord orbitaire et se prolonge en arrière dans Ja cavité orbitaire.
La conjonctive qui recouvre cette tumeur est fortement injectée, épaissie et sillonnée par de nombreuses veines largement dilatées. À la ponction de la tumeur, on n'obtient pas de liquide. Sous cette tumeur est caché le bulbe qui est repoussé en bas, légèrement en dedans et recouvert en dedans par la tumeur, -Le bulbe est fortement diminué de volume, ratatiné et immobile. La cornée est tout à fait trouble, non transparente, fortement plissée et à peine reconnaissable.
Le reste de l’œil ne se prête pas à un examen détaillé.
L'étude de cette tumeur, après l’exentération de l’orbite, peut se résumer dans les lignes suivantes :
Examinée macroscopiquement, la tumeur extra-bulbaire se présente multilobulée, recouvrant le globe fortement ratatiné et diminue de volume (phtisis bulbi), adhérente au bulbe, au niveau de l'insertion du droit supérieur et se prolongeant en arrière avec le corps du même muscle. |
Dans une coupe perpendiculaire à la surface de cette tumeur,
passant par son insertion bulbaire, on remarque que celle-ci
correspond à l'insertion du muscle droit supérieur lui-même.
A cet endroit, la paroi bulbaire est fortement attirée du côté de la tumeur et paraît comme perforée par la tumeur interne qui se développait largement en dehors.
L'examen microscopique de la tumeur extra-bulbaire nous montre un sarcome à noyaux ronds ou ovales, pauvre en chromatine, finement granuleux et souvent d'un ou de plusieurs malléoles, le noyau estentouré d’un protoplas:na plus ou moins riche ; ou rencontre parfois deux ou trois noyaux dans une même cellule. Les noyaux présentent toutes les formes de la division directe.
Le tissu conjonctif est assez développé, formant des alvéoles dans lesquelles on trouve plusieurs cellules sarcomateuses incluses.
Celie structure montre que nous avons affaire à cette forme de sarcome que Virchowa a dénommé Sarcome carcinomatodes.
Le rapport du muscle droit supérieur avec tumeur extrabulbaire est très intéressant.
Au point de son insertion sclérale, les fibres du tendon du muscle sont tout à fait disloquées, rompues et tellement dispersées qu'on retrouve à peine leurs traces. Il n’y a qu'à la partie inférieure de la tumeur qu'on retrouve quelques fibres musculaires encore assez bien préservées que met en relief surtout la coloration de Van Gieson ; les autres sont en état de dégénérescence assez avancée. Derrière la tumeur, le muscle ressort fortement épaissi. Une section au travers de c2 muscle, à un endroit assez éloigné de la tumeur, nous montre, après fixation et coloration, une hauteur centrale de 7 millimètres et une longueær de 15 millimètres.
L'examen imnicroscopique de ce muscle nous montre tout d'abord un gros noyau de cellules sarcomaleuses développées à côté des vaisseaux centraux.
Les fibres musculaires sont très hyper/rophiées et beaucoup
sont en voie de dégénérescence. Le tissu conjonctif est assez
MR RONEE
développé et infiltré par des lymphocytes. En quelques endroits, on remarque de minces trainées de cellules sarcomateuses et de petits foyers hémorragiques.
La partie intrabulbaire de la tumeur présente la mème structure que la partie extrabulbaire, avec cette différence qu'elle présente un état plus avancé de dégénérescence de ses éléments cellulaires qui sont beaucoup plus richement développés.
La sclérotique est repliée et présente en arrière aussi bien qu’en avant de petits foyers de cellules sarcomateuses, Ces foyers semblent coïncider avec le trajet des vaisseaux sanguins traversant la sclérotique, un de ces foyers s ouvre directement dans l'intérieur du bulbe.
Le plus fort envahissement de la sclérotique correspond à l'insertion antérieure du muscle droit supérieur ; là, les fibres sont fortement disloquées et même rompues et poussées en dehors. :
Le bulbe, quoique diminué de volume ratatiné, est rempli de cette même tumeur. La rétine a tout à fait disparu, la choroïde est anéantie par places ; en d’autres points, elle est infiltrée ou fortement distendue par des hémorragies.
La cornée est très épaissie, L’épithélium œdématié, le tissu propre est distendu, infiltré par des lymphocytes et des vaisseaux surtout près du limbe ; à un endroit on remarque même un petit foyer hémorragique.
La membrane de Descemet est fortement repliée et décollée par des hémorragies.
Sous l’épithélium, on remarque un foyer de bacilles à bouts rentrés, pareil au pneumobacille ; on les trouve jusque dans la chambre antérieure, à côté de ces bacilles, on en trouve d’autres beaucoup plus minces et longs. Ces bacilles nous ont été révélés seulement dans une préparation.
Tout le reste de l'œil est rempli par la tumeur et des hémor— ragies qu'on trouve aussi dans la chambre antérieure et, en général, périphériquement au voisinage de la sclérotique.
OBSERVATION XIX k
(Pascheff, Annales d’oculistiques, oct. 1908.)
Cysticercus cellulose du droit externe.
IL s’agit d’une femme âgée de vingt-quatre ans, mariée, elle ne présente rien d’intéressant dans ses antécédents héréditaires ou personnels, elle a loujours été bien portante, elle n’a jamais souffert de vers intestinaux.
Il y a environ neuf mois, son œil droit a rougi, cette rou-
geur a disparu, mais deux mois plus tard, elle a remarqué une petite tumeur sur le blanc de l’œil droit.
. Depuis, cette tumeur a grossi et gène la patiente quand elle regarde du côté externe.
Ea faisant regarder le malade du côté gauche, on voit une petite tumeur ovale, à grand axe horizontal, se dégager derrière la commissure externe ; ses bords se perdent dans le reste de la conjonctive bulbaire, la conjonctive qui la recouvre glisse sur elle. Elle est légèrement injectée mais n’est pas rouge. Elle est molle, d’un volume d’un gros pois, légèrement aplatie et adhérant au plan sous-jacent qui est le muscle droit externe lui-même.
L'action de ce dernier n’est pas limitée d’une façon évidente mais la malade sent une gêne en regardant à son extrême droite.
Pendant l'opération ,on remarque des adhérences assez fortes avec le corps du muscle droit externe
A l'examen microscopique, ce kyste se montra formé de deux poches :
° L'une externe, épaisse, fibreuse, qui n’était autre chôse que l’adventice du kyste.
20 L'autre mince avec un épaississement latéral, qui n’est autre que la vésicule avec le scolex du cysticerque.
Le scolex ne présentait pas de crochets. La vésicule montrait la structure typique de la vésicule cysticercienne. Elle est légèrement ondulée, mince, avec peu de vraies papilles ; les cellules internes sont assez irrégulièrement arrangées et pourvues de granulations qui entourent leurs noyaux.
L’adventice présente, surtout dans ses parties externes, une structure réticulée, on peut lui décrire plusieurs couches : Une couche — l’interne — mince, stratfiée sans cellules : une couche fortement infiltrée de cellules lymphocytes, cellules plasmatiques et surtout de leucocytes et myélocytes éasinophiles. et des mastzellen ; on remarque une prolifération assez considérable des cellules y incluses. Cette couche est aussi assez richement vascularisée. Enfin, tout à fait en dehors, la poche fibreuse présente un tissu moins infiltré, très fibreux et montrant à la coupe de nombreuses fibres musculaires dans le voisinage correspondant au scolex du cysticerque. Ces fibres musculaires sont les fibres du droit externe de l’œil.