OBSERVATION II (LECÈNE
CHONDROSARCOME OSSIFIANT DU CUBITUS Prép. FD 220%e1 273.2:
La malade, femme de quarante-six ans, entre dans le service du professeur Lecène le 30 mars 1920, pour tumeur de la région postéro-interne de l’avant-bras.
Elle s’est aperçue de la présence de celle-ci il y a environ un an, sans pouvoir préciser exactement le début de son apparition. Depuis cette époque, la tumeur n’aurait jamais augmenté de volume et la malade n’en serait nullement gênée, si de temps en temps elle n’éprouvait de violents élancements, des picotements profonds qui partent de l’olécrâne et irradient jusque dans les doigts, en exceptant le pouce).
Ces douleurs sont inconstantes dans leur apparition ; plus mar-
ee
quées la nuit, elles obligent la malade à se lever ; au bout de dix minutes à un quart d'heure, elles disparaissent. Elles sont parfois tellement fréquentes (comme une semaine avant son entrée), que ja malade est obligée de se lever toutes les heures et de rester sans sommeil. Le jour, ces douleurs sont à la fois moins fréquentes et moins prononcées; elles apparaissent inopinément ou parfois a la suite d’un choc. Dans son travail, la malade est souvent obligée de s’arrêter un instant pour reprendre ensuite.
A l’examen, on constate une tumeur paraissant profonde, développée aux dépens de la face postérieure du radius et du cubitus, paraissant intéresser plus particulièrement le cubitus.
Quand on appuie sur la partie interne du cubitus, on trouve un point de douleur exquise le long du bord postérieur de cet os.
OPÉRATION (P' LECÈNE), 21 avril 1920. — 1° Ligature temporaire de l’axillaire avec une sonde fine de caoutchouc;
2° Résection de la diaphyse cubitale :
Vaste incision externe; dissection du paquet vasculo-nerveux cubital;
Section du cubitus en bas, puis relèvement avec le muscle fléchisseur profond, chef cubital qui est enlevé en partie. Section au ciseau du cubitus au-dessous de l’apophyse coronoïde ;
3° Enchevillement avec un os mort (technique Rolland);
4° Suture des muscles et fermeture sans drainage;
5° Appareil plâtré avec isolement par cellophane.
Examen histologique de la pièce (M. Lecène). — Aspect typique de chondrome avec nombreuses capsules cartilagineuses et substance interstitielle bien développée. Quelques figures de division indirecte au niveau des cellules cartilagineuses. Dans l’ensemble, la structure de cette tumeur est typique; elle semble peu maligne.
Suites opératoires : Récidive locale.
OPÉRATION : 6 avril 1923. — Amputation circulaire du bras au tiers supérieur pour ostéosarcome récidivé et géant de l’avantbras.
Juin 1924. — Récidive sus-claviculaire.
Mort, novembre 1924. — Etouffements.
OBSERVATION IIL (LECÈNE)
CHONDROSARCOME DE L’'OS ILIAQUE Prép. boite 251
(Ces coupes ne sont pas figurées)
La malade, àgée de trente-trois ans, entre pour une tuméfaction au niveau de la fosse iliaque gauche.
Dans les antécédents, outre les maladies banales de l’enfance, on ne relève qu’un névrome au niveau du mollet droit en 1910 (opéré).
Au mois de mai 1920, la malade ressent un endolorissement au niveau du trochanter gauche lors de la marche ; la douleur irradiait vers le genou et toute la cuisse gauche était engourdie.
Jusqu'au 20 août, pas de changement ; à ce moment, les douleurs deviennent plus vives; la nuit, la malade a des crises avec élancements, puis engourdissement ; elle met sa cuisse en f'exion pour atténuer la douleur; la marche devient de plus en plus pénible.
Le 29 août, la malade quitte son travail et se repose chez elle.
Le 4 septembre, elle doit s’aliter et depuis il lui est impossible de se lever.
Vers le 25 août, la malade avait constaté l’apparition, dans la fosse iliaque gauche, d’une tüuméfaction qui augmente régulièrement de volume.
A son entrée dans le service du professeur Lecène, le 7 septembre 1920, on constate à l’inspection une tuméfaction à bords peu nets, au-dessus et en dedans de l’épine iliaque antéro-supérieure. À la palpation, on délimite une masse pseudo-fluctuante, non mobilisable sur l’os iliaque, de forme ovoide à grand axe oblique en bas et en dedans.
La tumeur est mate à la percussion. En arrière, point douloureux correspondant au bord latéral du sacrum, dont la palpation provoque une douleur irradiant vers le genou.
Mouvements de l'articulation coxo-fémorale normaux.
La pression des deux crêtes iliaques ne provoque pas de douleur.
Une ponction exploratrice permet de retirer un peu de liquide séro-sanguinolent visqueux.
Rien au toucher rectal.
Les jours suivants, on note un peu d’œdème avec cyanose du membre inférieur gauche.
Le Wassermann est négatif.
Pendant son séjour dans le service, les douleurs deviennent de plus en plus violentes, surtout la nuit. Trois semaines après son arrivée, la tumeur ne semble pas avoir augmenté de dimensions en surface, mais elle fait une saillie bien plus marquée. Elle est nettement rénitente à la palpation, qui n’est pas douloureuse.
Aucun trouble respiratoire. Cependant, le 29 septembre, point de côté passager dans la région scapulaire droite.
OPÉRATION (P' LECÈNE), 1* octobre 1920. — Incision. Après. ciampage provisoire de l’artère iliaque primitive gauche par une sonde Nélaton, ligature d’une petite branche au ras de l'artère ijiaque externe.
Libération des muscles.
Puis, au ciseau, résection d’un large segment d’aile iliaque entre deux traits de section.
Suites RER. es. — Mort le 3 octobre, au matin. Température : 40, pouls filiforme. Léger œdème du Hente inférieur gauche.
Autopsie. — Pas de thrombose de la V. iliaque primitive gauche. Pas d’hémorragie dans la plaie opératoire.
Pas de renseignements sur la généralisation.