ETUDE EXPERIMENTALE
Les modifications leucocytaires dans le sang, produites par les Rayons de Roentgen, sont en rapport intime avec les lésions au niveau des organes hématopoïétiques. Pour pouvoir évaluer toute l’importance clinique des réactions qui se passent dans l’organisme sous l’influence des Rayons X, il est indispensable de connaître les travaux expérimentaux sur ce sujet. Malheureusement cette étude d’ensemble est très difficile étant donné la diversité des résultats obtenus par les différents auteurs. Les résultats ne concordent pas parce que les doses sont tantôt trop fortes, tantôt trop faibles; les méthodes utilisées ne sont pas les mêmes : les uns appliquent une irradiation massive, les autres recourent aux séances répétées rapprochées ou espacées. L’appareillage employé, la qualité des Rayons ne sont pas non plus universels. Enfin, la réaction d’un animal n’est pas identique à celle d’un autre de famille et d’espèce différents.
Pour pouvoir superposer avec le maximum de profit les réactions observées dans les laboratoires à.
celles qu’on rencontre en clinique, il faut se placer
dans les conditions d’expérimentation les plus favorables. Une dose trop forte crée des perturbations intenses, multiples dont les répercussions réciproques rendent impossible l'interprétation de l’action des Rayons X sur les globules blancs. Une dose trop faible est, par contre, insuffisante pour produire avec netteté toute la gamme des variations leucocytaires. Les irradiations répétées provoquent la superposition d'effets, introduisent un nouveau facteur — le temps, et compliquent par là l’explication des faits.
Pour connaître l’action propre des Rayons X sur les leucocytes, il faut pratiquer l’irradiation à dose unique. Afin de tirer de l'étude expérimentale ie maximum de renseignement utile pour la clinique, il faut que cette dose soit aussi d’une intensité moyenne, analogue à celle employée en thérapeutique. Quand à la dose trop forte ou trop faible, elle n’a qu’un intérêt secondaire en clinique.
Les Rayons X agissent sur tout le système sanguin et produisent des modifications dans :
1) le sang,
2) les ganglions lymphatiques,
3) la rate,
4) la moelle osseuse.
Les modifications leucocytaires dans le sang.
Aprés une irradiation, il est commun de constater des modifications quantitatives et qualitatives des
leucocytes circulants.
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1. LES MODIFICATIONS QUANTITATIVES DES LEUCOCYTES CIRCULANTS.
Les recherches expérimentales des dernières années ont montré que les variations numériques des leucocytes passent par 4 phases successives :
1) leucopénie immédiate,
2) hyperleucocytose,
3) leucopénie progressive,
4) retour à l’état normal.
La leucopénie immédiate est signalée déjà par SCHEIP et HILDEBRANDT (1905). Elle apparaît immédiatement après l’irradiation ou même pendant celleci. Son début est précoce et brutal; cette leucopénie peut être très intense, mais elle est toujours fugace.
La leucocytose survient rapidement après la séance. Ce fait est signalé par AUBERTIN et BEAUJARD (1905). Ces auteurs irradient des souris avec une dose de 6 H pendant un quart d'heure. Déjà 10 minutes après le nombre des leucocytes passe de 7.200 à 19.200. Chez le cobaye irradié pendant dix heures de suite, l’hyperleucocytose débute avant la fin de la séance, atteint son acmé (21.000) trois heures après et diminue ensuite rapidement.
Plus tard, en 1908, les mêmes auteurs reprennent leurs expériences sur 9 cobayes adultes. Ils pratiquent l’irradiation à dose unique de 12H avec une pénétration de 6-7 au radiochromomètre de BE-
NOIST. Avec cette dose unique, l’hyperleucocytose se
produit toutes les fois mais elle est plus tardive que dans les premières expériences : ce n’est que deux heures après la séance qu’elle apparaît.
OLLINO (1914) irradie avec une dose de 8H la rate du cobaye, extraite par laparatomie hors du corps, et obtient les résultats analogues à ceux de AUBERTIN et BEAUJARD.
ARNOLD (1916) confirme cette hyperleucocytose qu’il observe aussitôt après l’irradiation.
Les recherches plus récentes de LAGASSAGNE et La- VEDAN (1924) sur le lapin montrent pareillement que l’hyperleucocytose ne se produit que quelques heures après la séance. L'animal, placé à 50 cm. de l’anticathode, est irradié sous une tension correspondante à 40 cm. d’étincelle et avec une intensité de 3 milliampères. Les rayons sont filtrés par une plaque de 6 mm. d'aluminium et 2 mm. de zinc. La durée d'irradiation est de deux à quatres heures. Immédiatement après l’irradiation, une leucopénie se produit : 2.000 leucocytes au lieu de 10.000, chiffre normal. Quelques heures après, le nombre des globules blancs remonte à 12.000 pour retomber rapidement à un chiffre très bas.
PATRICELLI (1907) nie l’existence de cette hyperleucocytose. Il irradie la région ventrale des chiens et constate une diminution des leucocytes; leur nombre tombe de 15.000 à 2.500, en moyenne, sans jamais présenter de leucocytose immédiate. Les poussées leucocytaires observées par l’auteur dans les heures qui suivent, sont toujours consécutives à l’injestion