DESCRIPTION GÉNÉRALE ET ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES VERGETURES
Les vergetures| (nom né de la comparaison de cette lésion de la peau avec les lésions linéaires produites par les verges) sont des stries de la peau, allongées, permanentes, indélébiles, stries qui consistent en une élongation des éléments de la peau à leur niveau, avec rupture de quelques-uns de ces éléments.
Elles ont reçu différentes dénominations suivant les auteurs qui les ont étudiées : stries des femmes enceintes, stries atrophiques, stries linéaires, cicatrices de grossesse, atrophie linéaire, macules atrophiques, etc. Ces termes atrophie et cicatrices sont
impropres pour désigner ces lésions, car commenous
le verrons d’après les recherches histologiques de MM. Troisier et Ménétrier, il n’y a pas d’atrophie véritable, mais une simple distension des éléments de la peau, et, alors que le tissu cicatriciel est dense, épais, feutré, rien de semblable n'existe dans les vergetures où l’on rencontre des faisceaux fibreux, amincis et raréfiés. | me ï
Elles sont ordinairement rectilignes, formant des stries continues où interrompues par des ponts de peau saine, mais parfois aussi, elles sont sinueuses, ou curvilignes, pouvant ainsi, par leurs extrémités,
rejoindre les vergelures voisines et former des
boucles et des festons. Leurs bords, dans certains cas, sont nettement limités, réguliers ; dans d’autres, au contraire, ils présentent plus ou moins de sinuosités. FS :
Leur longueur est très variable, elle peut aller de 1 à 10 centimètres et même plus, avec une largeur de quelques millimètres à 1 ou 2 centimètres.
Elles sont perpendiculaires à la direction dans le sens de laquelle s’est effectuée à son maximum la tension de la peau qui a déterminé leur formation (Balzer). |
Le nombre des vergetures est tout à fait variable, il est des sujets qui en présentent de très nombreuses tandis que chez d’autres, il n’en existe que quelques-unes. | |
Elles offrent des aspects différents suivant qu’elles sont récentes ou anciennes. Quand elles sont pro-
\ + PUS a < Etre r #42 PRE AT #
duites depuis peu, elles présentent une coloration rosée, rouge brunâtre ou violacée, qui persiste plus ou moins longtemps. Hébra et Kaposi lexpliquaient par la rupture d’un certain nombre de ramuscules vasculaires d'où épanchement de sang à ce niveau. Mais l'anatomie pathologique n’a jamais constaté l’existence de cette hémorragie. Pour Kustner cette différence de coloration est due à l'amincissement de Ja peau, qui permet dans les vergelures récentes de mieux voir par transparence le réseau sanguin souscutané, cette transparence disparaissant plus tard dans les vergetures anciennes par suite de la condensation propre du tissu et l’épaississement de la couche cornée de l’épiderme. MM. Troisier et Ménétrier admetlent qu’au début, la couleur foncée des vergetures est due à l’amincissement de la peau, mais que l'aspect nacré consécutif serait sans doute le résultat de l’oblitéralion progressive des vaisseaux étirés. | Plus tard la vergeture perd sa couleur violacée et prend un aspect blanc bleuâtre, nacré. Elle res- semble alors à une cicatrice, mais dans celle-ci le toucher donne une sensation de dureté et de densité qui contraste avec la mollesse et la dépressibilité caractéristique de la vergeture; en effet, le doigt promené sur la surface d’une vergeture la déprime à son centre et perçoit les bords plus ou moins saillants du côté du derme normal: on a ainsi une sensation particulière «comme celle d’une fissure recouverte d’une membrane », dit Liveing.
SE A M SE NE POLE ae NE ANS AE PR TR D a de ne AAA 4
Re, pue
L'apparition des vérgetures se fait sans douleur et sans que le sujet en ait conscience. On à cependant parfois signalé des démangeaisons. Elles n’occasionnent aucun trouble. On les rencontre dans les deux sexes à Loutes les périodes de la vie, c'est toutefois chez la femme qu'on les voit le plus souvent el sur tout à l’occasion de la grossesse.
Les auteurs ont recherché quel était le siège de la lésion qui produit les vergetures. Crédé et Casper la localisaient dans le réseau de Malpighi.
Hecker et Schultze croyaient que les altérations: siégeaient dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Pour Hébraet Kaposi il y a effacement des papilles, amincissement et écartement des faisceaux du derme. Mais pour eux, ces lésions s'expliquent non seulement parla distension mécanique, mais surtout par là résorption d’une partie des éléments du derme. Selon eux, la coloration rouge ou violacée est due à la rupture des capillaires au moment de la formation de la strie,
Kustner à démontré que les lésions ne siégeaient ni dans la couche de Malpighi, ni dans le tissu cellulaire sous-cutané, maïs bien dans le derme dont la vergeture est une sorte de craquélure. Il montra que la coloration rouge des vergetures récentes n’est pas due à des hémorragies, mais à l'amincissement de la peau qui, devenant plus transparente, laisse voir le réseau des vaisseaux. Pour cet auteur,la couche des papilles est divérsement altérée; on peut y trouver tous les degrés d’affaissement, en sorte que dans les
cas de lésion très prononcée, le réseau de Malpighi repose à plat sur le derme.
Langer reconnut que le réseau de Malpighi est conservé au niveau de la stris. De ses recherches il résulte qu’il y a simple distension du derme et de sa trame conjonctive. Toutefois, il n’a pas reconnu la rupture des fibres élastiques. Ce sont MM.Troisier et Ménétrier, qui dans une étude de 1587, ont comblé la lacune qui existait dans les travaux des auteurs précédents, et ont décrit la lésion caractéristique des vergelures, à savoir, l’élongation et la rupture des fibres élastiques.
Leur recherches ont porté sur des vergetures de la grossesse, de la fièvre typhoïde et sur des vergetures siégeant sur le côté du thorax et au-dessus de l’un des genoux chez un phtisique. Les lésions rencontrées dans ces divers cas ont été absolument identiques.
« Sur une coupe perpendiculaire au grand axe de la vergeture colorée au picro-carmin, on trouve les lésions suivantes : la peau est légèrement déprimée, l'épiderme un peu aminci ne parait pas àutrement altéré, il se décolle facilement par suite de l’aplatissement des papilles. Les faisceaux fibreux du derme sont,au niveau de la vergeture,étirés en bandes parallèles ; dirigés transversalement d'un bord à l’autre de la vergeture, ils sont largement dissociés. Cette disposition contraste avec celle des parties voisines, où les faisceaux fibreux intimement entrelacés forment un feutrage serré et résistant, ce qui est l’état
normal, Les papilles du derme sont aplaties ou méme ont complètement disparu. Les coupes traitées par le procédé de M. Balzer (coloration avec la
solution alcoolique d’éosine et montage dans une
solution de potasse à 40 o/o) pour mettre en évidence, la trame élastique du derme sont fort intéressantes.
Tandis que dechaque côté de la vergeture ces fibres
élastiques forment un réseau élégant et serré, elles sont à ce niveau étirées parallèlement comme les fibres lamineuses, très grêles et groupées en deux
ou trois faisceaux laissant entre eux de grands
espaces où l’on n’aperçoit que derares fibrilles extrê-
memeni fiaes.Sur les limites de la vergeture le réseau normal est un peu plus dense, il renferme un grand nombre de fibres ratalinées qui sont vraisemblablement des fibres rompues de la portion étirée.C’est ce qui explique la raréfaction du réseau au niveau de la vergelure.Le réseau élastique des papilles a complètement disparu. :
L'étendue de la lésion est la même que pour les
fibres lamineuses, elle cesse à 2 ou 3 millimètres
de la surface de la peau. L’altération principale consiste donc en une lésion du réseau élastique
Es
dont les fibres sont rompues et étirées transversale-
ment. Les vaisseaux sanguins persistent au niveau des vergelures, mais ils sont étirés transversalement et leur disposition en réseau a disparu.
Cette rupture est-elle due à quelque altération de structure des fibres élastiques ? Nous ne pouvons rien dire à cet égard. » |