CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Les conclusions sont exposées dans la communication suivante faite à la Société de Biologie, le 7 décembre 1918, par M. GRIMBERT, sous le titre : « Observations sur un nouvel échantillon du Bacillus pyocyaneus erythrogenes C. GESSARD ».
« J’ai étudié un Bacille pyocyanique (isolé par LASSEUR, du pus d’une adénite). Le Bacille présente les caractères de la variété érythrogène, et donne, en particulier, des cultures rouge vif sur eau peptonée (1); on sait que, sur ce milieu, les variétés pyocyanogène et mélanogène se distinguent l’une de l’autre par la couleur bleue de la première (pyocyanine) et la couleur noire de la seconde (mélanine)
GESSARD, auquel j’exprime toute ma gratitude pour son amabilité à mon égard, a confirmé ma détermination et m'a remis un échantillon de son microbe érythrogène (soit &) pour le comparer avec celui de Lasseur (soit L), et avec un germe pyocyanogène normal (soit pv).
(4) Toutes les cultures se sont développées à la température de 37°,
Je n’ai observé que des différences légères et d'ordre contingent entre & et L, cultivés sur pomme de terre, lait, bouillon, blanc d'œuf. Les pigments sont plus ou’ Moins précoces dans leur apparition et n’atteignent pas toujours des intensités de production rigoureusement égales.
G et L se comportent de façon à peu près identique, en milieux peptonés, où la présence du pigment rouge se manifeste si nettement. L’eau peptonée, qui commence à rougir au cinquième ou au sixième jour, perd partiellement sa coloration au bout de plusieurs mois. La gélose peptone-glycérinée rosit souvent au bout de vingt-quatre heures et toujours au bout de quarante-huit heures; des passages successifs sur ce milieu atténuent rapidement la production du chromogène rouge. Le rougissement, qui est d'autant plus rapide et d'autant plus accentué que la surface d’oxydation est plus grande, ne se manifeste pas dans le, vide.
La coloration jaune-verdâtre des cultures de @ et L, sur eau peptonée, âgées de quatre jours, est voisine de la coloration d’une culture de Py, faite dans les mêmes conditions.
Par traitement de ces cultures de G, L, py à l’eau oxygénée, &G et L deviennent rouge violacé, Py, bleu violacé. En faisant agir ensuite l’ammoniaque et le chloroforme, on constate que L donne davantage de chromogène rouge et de pyocyanine que G.
G et L possèdent beaucoup plus de chromogène rouge, mais moins de pyocyanine que Py.
WASSERZUG et LASSEUR, entre autres, ont nonfré. l’existence de types différents de cellules, dans des cultures
de bacilles chromogènes. J'ai aussi pu sélectionner deux types de microbes :
Le premier est un dérivé de L qui ne rougit plus les solutions de peptone.
Pour l'obtenir, j'ai effectué, pendant six mois, dix passages sur eau peptonée, suivis d’autres sur gélose peptonée en plaques, en sélectionnant chaque fois les tubes et colonies les moins érythrogènes. Le corps rouge n’a pas disparu totalement, mais il est en si faible quantité (il y en a moins que chez Py), que l’eau oxygénée est indispensable pour le faire apparaître. La pyocyanine aussi n'existe plus qu'à l’état de traces, la fluorescence demeurant intense.
Le deuxième a été obtenu en sélectionnant les tubes et colonies les plus érythrogènes. J'ai ainsi accentué de façon appréciable la production du pigment rouge et de la pyocyanine, celle-ci étant néanmoins demeurée inférieure en quantité à ce qu’elle est chez Py.
Dans les sélections des deux types, j'ai constaté que si . des quantités de pyocyanine et de corps rouge varient parallèlement, la fluorescence est peu influencée.
GESSARD à décrit deux races : À et Fr de son B. pyocyanique var. érythrogène :
4° La race À, en bouillon, donne de la pyocyanine et de la fluorescence ;
2° La race F, qui, dans les mêmes conditions, ne produit que de la fluorescence.
J'ai obtenu de même les races A et F de L, correspondantes aux races À et F de G; la race À se différencie
surtout de la race Fr par une plus grande abondance de corps colorés.
Une culture sur eau peptonée, renfermant le ch:omogène rouge, après élimination de la pyocyanine, est très fluorescente. Un excès d'’ammoniaque la fait passer au rose jaunâtre. Si on neutralise par l’acide acétique, et qu’on en ajoute un léger excès, on obtient une colorat'on rouge Carmin.
Au point de vue spectroscopique, une culture rouge, débarrassée au préalable de toute pyocyanine, montre que le corps rouge présente une absorption continue, un peu plus marquée dans la région violette du spectre, sans atteindre toutefois la valeur d’une bande véritable.
En résumé, le second échantillon de la variété érythrogène du Bacille pyocyanique, diffère peu du premier, étudié par GESSARD. II s’en distingue surtout par les temps d'apparition des pigments, et leur intensité de coloration, que l’eau oxygénée met bien en évidence.
Comme le premier, il peut perdre la propriété de sécréter de la pyocyanine, et il donne par sélection, deux types microbiens aux pouvoirs érythrogènes distincts. »
J'ajoute que la glycérine exalte considérablement la sécrétion de la pyocyanine sur eau peptonée.
D'autre part, les germes érythrogènes s'étant développés sur eau peptonée salée, à la concentration-limite de végétation, sont capables, quand ils sont réensemencés sur eau peptonée normale, de produire une quantité plus abondante de corps rouge.
Enfin, parmi les facteurs dont la variation permet de déterminer le pouvoir antiseptique des sels vis-à-vis du
Bacille pyocyanique érythrogène, j’ai montré l’importance du temps de contact entre l’antiseptique et la bactérie et l'influence du nombre de microbes ensemencés,
Vu :
Nancy, le 5 Mai 1919.
Le Directeur de l'Ecole Supérieure de Pharmacie de Nancy,