GALE HUMAINE ET GALE ANIMALE
Les Cambodgiens accordent à l’huile de Calophyllum une efficacité certaine contre la gale, qui est en Extrême-Urient des plus fréquentes et qui atteint avec autant de facilité les classes pauvres que les classes riches. On la rencontre également presque aussi fréquemment chez les Européens, où la promiscuité est moins importante, mais l'affection est tellement dense, qu'il n'est pas toujours facile d'y échapper.
La gale atteint également un grand nombre d’animaux et cause un réel souci aux éleveurs.
Nous avons pu tenter notre première expérimentation grâce à l’aimable autorité de Monsieur C. TOUMANOFF, Docteur ès-Sciences, Chef du Service d'Entomologie, à l’Institut Pasteur de Saïgon, qui a bien voulu nous permettre une étroite collaboration.
Gale animale. — [Les premières expérimentations ont été faites contre la gale du lapin sous ses deux formes connues
— la gale sarcoptique et la gale notoédrique.
La première forme, cemme on le sait, est, chez le lapin, particulièrement grave et contagieuse. L’affection causée par le Sarcoptes Scabiei Var. Cuniculi porte sur le nez, les lèvres, le menton et les pattes. Ces dernières surtout, les acariens, siégeant à la base des griffes,
EP) ONSE
L’infection s'étend rapidement aux lèvres et interdit aux lapins, jeunes principalement, de se nourrir, et, provoquent la mort.
En Indochine, il arrive, à la suite de cette affection, que les clapiers soient décimés et que certains élevages s'éteignent entièrement.
C'est ainsi que nous avons été amené à faire nos essais de traitement sur un clapier en voie d'extinction, dans la région du Haut-Schlong (région dite des Trois Frontières) et sur un autre, dans le même cas, installé sur une plantation de la région de DJIRING (Annam).
La manière de traiter les lapins fut la suivante :
1° Lorsqu'il s’agissait de lésions initiales et faibles, consistant seulement, en des vésicules à peine apparentes, nous avons simplement fait des applications d'huile de Calophyllum à l’état pur, et largement étalées.
Concurremment, nous avons, dans des cas similaires, employé la pommade et un savon à base d’huile de Calophyllum, l'huile pouvant n'être pas éventuellement, d’un emploi pratique.
Les lésions ont généralement disparu après la première application, et une seconde intervention n’a pas été nécessaire. |
Les lapins traités ont été, évidemment, sortis du milieu infecté, et isolés.
2° Dans le cas d’affections plus avancées, lorsque les vésicules ont déjà conflué, en formant les croûtes grisâtres compactes qui caractérisent cette forme de gale, il fut nécessaire d’enlever ces croûtes, avant de procéder à l'application d'huile de Calophyllum, de pommade ou de savon.
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Pour enlever ces croûtes, nous avons procédé à des lavages étendus, soit avec de l’eau tiède, soit avec de l’eau savonneuse simple, soit encore avec de l’eau savonneuse obtenue avec le savon d'huile de Calo-
phyllum.
Dans le traitement de lapins infectés, nous avons
obtenu les résultats suivants
a) Nous avons traité onze lapins, en appliquant l'huile pure, sans excipient. Dans 3 cas, la guérison totale fut obtenue après une seule application ; dans 6 cas, après deux applications, la seconde étant faite six jours après la première. Dans 2 cas, le traitement a exigé une troisième application, faite cinq jours après la seconde.
Dans ces derniers cas, le retour de l'infection n’a été d’ailleurs observé qu'aux endroits non ou mal traités, où des acariens ont vraisemblablement pénétré
postérieurement.
Le nombre des sujets atteints étant assez important, nous avons pu expérimenter concurremment l’action de la pommade dont nous avons donné plus haut
la formule.
L'expérience fut conduite sur sept lapins moyennement atteints et présentant la gale du nez et des lèvres.
Dans cette seconde expérimentation, les lapins guérirent, après une première application, largement faite. Les trois autres lapins durent attendre une seconde
application qui fut faite une semaine après la première.
Les dix-huit traitements ont été tentés contre l’infection provoquée spécifiquement par la gale sarcoptique.
L'occasion nous a été donnée d'observer sur des lapins à Saïgon, des cas de gale notoédrique, gale confirmée par l’examen microscopique et due au Notoedrus eati var. cuniculi. Nous avons, pour ces derniers cas, procédé à un traitement par l'huile seule, et par la pommade. Les résultats se sont montrés identiques.
Nous avons remarqué, toutefois, que cette forme de gale, considérée par les spécialistes comme moins dangereuse, s'est révélée plus difficile à faire disparaître. Dans cinq cas, nous avons dû répéter le traitement deux fois, et dans sept cas, une troisième application a été nécessaire.
Dans le processus de guérison, nous avons pu faire les observations suivantes : Dans tous les cas, la cicatrisation des lésions a été rapide, de même que la régénérescence de la peau et de son revêtement pileux. Les poils repoussent bien sur les endroits recouverts de croûtes adhérentes. Ces croûtes disparaissent, en outre, en laissant place à une irritation persistante du tégument. Après l'application de notre traitement, l’érythème semblait ne plus exister, après la disparition des croûtes.
Gale humaine. — Le traitement de la gale sarcoptique humaine se fait plus facilement que celui de la gale du lapin. L'action du médicament est plus immédiate, les acariens n'étant pas chez les humains protégés par le revêtement pileux.
Comme dans les cas de gale animale, nous avons
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effectué les traitements en utilisant soit l'huile seule, soit le savon, soit la pommade.
Nous avons observé trente cas de gale sarcoptique traitée par le savon de Calophyllum. Ce savon a été employé comme le savon ordinaire, mais avec des frictions prolongées, et en laissant en contact avec la peau avant rinçage. Dans tous les cas, nous avons pu constater une disparition totale de la gale, mais ce résultat n’est obtenu dans certains cas, qu'après dix ou douze savonnages.
Toutefois dès les premières applications de savon, l'infection n’avait plus tendance à s'étendre.
L'emploi de savon devrait donc servir moins à un traitement curatif qu'à un traitement de complément, et pourrait être indiqué comme traitement préventif, s’il peut être employé périodiquement.
Nous avons pu constater des résultats plus heureux dans les traitements utilisant la pommade de Calophyllum.
Après un savonnage au savon de Calophyllum, les parties du corps infectées étaient enduites de pommade. Dans beaucoup de cas, la disparition de la gale a été constatée après la deuxième ou troisième application.
Dans très peu de cas, une quatrième ou cinquième applications ont été nécessaires.
Sur nos suggestions, dans une plantation d’Hévéas, d’Indochine, le traitement de la gale par la pommade au Calophyllum fut conduit systématiquement pendant plusieurs années. Les résultats obtenus y ont
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été très encourageants, et nous avons pu enregistrer plus de deux mille cas de guérison. La documentation abondante, qui accompagnait ces observations, n'a pu être sauvée des pillages qui ont suivi les événements de septembre 1945, mais elle pourrait être facilement reconstituée.
Il faut enfin noter qu’au cours des traitements par l'huile ou le savon, à la pommade de Calophyllum, les vêtements des sujets atteints de gale étaient soigneusement désinfectés.
Epidermophyties tropicales. — Parmi les maladies épidermiques qui sévissent en Extrême-Orient, et principalement en Indcchine, l’épidermophytie, désignée vulgairement sous Je nom de « Hong-Kong-Foot », est réputée comme la plus gênante et la plus ennuyeuse.
Cette infection, qui, d’après JOYEUX et SICÉ, serait due à un ou plusieurs champignons, présente des affinités étroites avec l’Epidermophytie inguinale des pays tempérés, due à l’Epidermophyton Cruris (Castellani 1905). Elle siège aussi bien sur la face plantaire des pieds et entre les orteils.
Cette affection est favorisée par le climat de Cochinchine où la température se maintient à peu près constamment entre 28 et 32° de chaleur, et où l’air contient 80 à 100° d'humidité.
La facilité avec laquelle cette affection se propage en fait une des plus redoutées.
Les endroits infectés ont une couleur rouge violacé,
({ secs, pigmentés, et assez souvent écailleux ». Ils
peuvent parfois après la desquamation de la peau, deve-
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nir suintants. Cet état morbide s'accompagne d’un très fort prurit, de douleurs parfois aiguës et même de brûlures.
De nombreux médicaments ont été utilisés contre cette affection, et il semble que ceux à base d’acide chrysophanique aient donné les meilleurs résultats. Mais les échecs sont nombreux, et certains patients ont dû supporter le « Hong-Kong-Foot » pendant plusieurs années.
Une autre affection est également observée fréquemment en Indochine, celle due au T'ricophyton blanchardi (Castellani 1905). Ces trychophyties consistent en taches érythemato-squameuses, devenant irrégulièrement circinées. La coloration de fond est foncée, bistre, brune ou noire.
La plupart de ces affections, qui atteignent les extrémités, scnt contractées dans les marécages, rivières, prairies humides ; ce sont surtout les planteurs, éleveurs, militaires, qui en sont généralement atteints.
Il n’est pas rare, néanmoins, d'en observer des cas sur des sujets habitant la ville et sédentaires.
La pommade au Calophyllum a été appliquée systématiquement à dix sujets atteints de Hong-Kong- Foot, en veillant à ce que l’applicaticn soit faite largement. Dans six cas, nous avons pu obtenir une guérison complète, là où de nombreuses médications avaient précédemment échoué.
Il a fallu toutefois un temps de traitement assez prolongé, et le résultat cherché n’a pu être atteint qu’au bout de deux ou trois semaines avec des applications quotidiennes.
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Par contre, il nous a été donné de constater que le prurit et les douleurs qui accompagnent cette affection, avaient disparu. À l’action cicatrisante de la pommade, s’ajouterait donc une action sédative. |
Par la suite, des sujets traités, étant appelés par leur profession à fréquenter les endroits marécageux, ont pris soin d’appliquer périodiquement la pommade et n’ont constaté aucun retour de l'infection. La pommade à l'huile, en applications simples sur la peau, la protégeait des affections mycosiques et avait une action préventive.
Quant aux lésions trichophytiques, elles sont plus difficiles à faire disparaître. Nous avons pu constater, toutefois, qu'après l'application répétée de pommade, les lésions s’atténuent, et le prurit disparaît, sans qu'on ait pu obtenir une disparition totale de l'infection.
Ces insuccès ont pu dépendre, soit d'une pénétration insuffisante de la pommade sous la peau, soit d’une attaque trop profonde du tégument, par le champignon.
Savon. — La saponification de l'huile de Calophyllum se fait aisément par les procédés habituels. Le savon obtenu mousse bien, mais possède une légère odeur à laquelle il est facile de remédier. Il faut noter que si, pour la saponification, on emploie une huile brute, de premier jet, le savon contiendrait une assez forte proportion de résine vert jaunâtre, qui pourrait éventuellement tacher le linge.
Voici, à titre de renseignement, le résultat d’une analyse faite sur une savonnette à l'huile de Calo-
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phyllum, savonnette fabriquée à Saïgon, aux fins d’ex-
ploitation commerciale.
INSTITUT PASTEUR DE SAIGON Saïgon, le 24 décembre 1943.
Laboratoire d'Hygiène Alimentaire
de l’Indochine ANALYSE
Anal. N° 1130/HA D'UN ECHANTILLON DE SAVONNETTE à l'AUILE de CALOPHYLLUM
Caractères physiques :
Apparence : homogène, coloration verdâtre.
Consistance : ferme.
Réaction : légèrement alcaline.
Caractères chimiques :
ÉDITER MERE MEN SE PS4 Acides gras totaux, .::.....7. 72,8 2 ACOMPINES ua ten 69,5 Matière grasse non saponifiée .. 3,3 Icalivo latin 8,7 en N SAVOITCelN ee ANA NT UN, 76 2006
Il ne nous a pas semblé inutile, au sujet de ce savon, de ncter cet extrait de la note de M. A. CHE- VALIER (1) : « L’huile de Calophyllum se saponife
« facilement, et donne un savon lérèrement coloré ou
« Jaune, et d'excellente aualité ». Il souligne, en outre,
(1) Revue Internationale de botanique appliquée et d’Agric. tropicale -
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la propriété de ce savon, qui fournit, au contact de l'eau de mer, une mousse abondante et pérsistante, et indique que, ce savon pourrait concurrencer, avec succès, les savons de résine, d'importation étrangère.
PROPRIETES POSSIBLES
L'occasion ne nous a pas été donnée d'étudier les autres possibilités thérapeutiques de l'huile de Calophyllum. Nous avons pu, néanmoins, approcher M. JEANSON, biologiste à l'Hôpital Saint-Louis, qui a bien voulu accorder à ce travail une bienveillante attention. À la suite de travaux poursuivis à l'Hôpital Saint-Louis, et d’observations cliniques nombreuses, M. JEANSON dit qu'il semble que l'huile de Calophyllum ait un pouvoir hémostatique, cicatrisant, antipurulent, antialgique, anti-infectieux. Sous formes d’éthers éthyliques, le Calophyllum a une action notable sur les névrites (sciatiques) et sur certains états rhuma-
tismaux.
M. JEANSON a établi que l'huile de Calophyllam se retrouve électivement dans les cellules histiocytaires fines et plus particulièrement dans les cellules de Schwann. Ceci l’a conduit à préparer des dérivés morphinés de l'huile de Calophyllum, qu auraient une réelle action antialgique, jointe à un exceptionnel pouvoir anti-spasmodique, sans provoquer, comme le fait la morphine, l’euphorie, l’accoutumance et l’état de besoin. De plus, ces préparations ne sont pas toxiques et leur seuil d'efficacité est très bas.
M. JEANSON a également préparé des huiles de
Calophyllum au soufre, à l’iode, à l’argent, au cuivre,
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Après ces travaux, l'huile de Calophyllum pourrait justifier son entrée dans la thérapeutique occidentale.
Préparation des acides gras. — 400 gr. d’huile de Calophyllum sont traités pendant une heure, au bainmarie bouillant, par une solution de 100 gr. de potasse pure dans quelques gouttes d’alcool à 95° pour obtenir un volume de solution alcoolique de potasse d’environ 125 cm’. On opère dans un ballon en pyrex surmonté d'un réfrigérant à reflux et on s'assure que la saponinification est complète (une prise d’essai doit être soluble entièrement dans l’eau). Le contenu du ballon est reçu dans une grande capsule, et on chauffe au bain-marie, en agitant sans cesse, pour évaporer l'alcool. Mousse abondante. On dissout le savon dans quelques gouttes d’eau distillée chaude pour obtenir une solution limpide. On détermine, sur une prise d'essai de 20 cm le volume d'acide chlorydrique au demi nécessaire pour neutraliser la solution. L’acide est versé peu à peu dans la solution de savon, à une température voisine de 70°, jusqu'à réaction acide à l’hélianthine. Les acides gras libérés à l’état liquide se rassemblent à la partie supérieure du ballon. Le contenu du ballon est versé dans une ampoule à décantation, on sépare l’eau acide, et on lave à plusieurs reprises avec de l’eau chaude jusqu'à ce que le liquide de lavage soit neutre à l’hélianthine. Les acides gras fondus sont recueillis dans une capsule, desséchés
complètement par chauffage au bain-marie en présence
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de sulfate de sodium anhydre, on les filtre sur un tampon de coton et cn détermine leur poids P.
Ethylisation des acides gras. — Aux acides gras fondus et desséchés, nous ajoutons un mélange, préparé à l'avance, d’alcocl absolu et d’acide sulfurique, pur anhydre, dans la proportion de 1.000 gr. du premier pour 26 er. du second, et à raison de 600 gr. du mélange pour 300 er. d’acides gras. On introduit le tout dans un ballon en verre pyrex surmonté d’un réfrigérant à reflux et on chauffe au bain-marie bouillant pendant trois heures. Le contenu du ballon est versé dans un litre d’eau bouillante, les éthers se rassemblent à la partie supérieure. On les lave à trois reprises, dans une ampoule à décantation, avec de l’eau distillée, chaude, à demi saturée de chlorure de sodium, pour faciliter leur séparation. Après le troisième lavage, les éthers éthyliques sont agités avec 20 gr. de carbonate de sodium anhydre, qui fixe l’eau et sature l'acidité : après deux heures de contact à la température ordinaire, on incorpore 4 % de gaïacol cristallisé, on filtre sur papier et on répartit en ampoules de 5 cm’ qui sont stérilisées à l’autoclave à 110° pendant une heure.
Les éthers éthyliques de Calophyllum présentent une couleur brune, une odeur pénétrante, très différente de l’odeur de l'huile. Les ampoules préparées suivant le mode opératoire décrit se conservent très longtemps sans altération (|).
(1) Revue Internationale de botanique liquée et d’Agric. tropicale - (1946) n°° 283-284. que appliquée e gric. tropicale