‹ Contribution à l'Étude du Captage des Sources thermo-minéralesChapitre 16 sur 23 · MO EE · texte numérisé non relu

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$ 3. — Cas où l’on ne peut atteindre le griffon; $ 4. — Sondages et forages. :

$ I. Le griffon superficiel.

a) En terrain meuble. — C'est ici le procédé le plus simple, qui consiste à dégager l'émergence de la source en creusant une fosse dans la terre meuble et à favoriser la sortie de l’eau à la surface du sol, en un ou plusieurs points, déterminés d'avance et généralement les plus bas situés pour diminuer la pression et partant augmenter le débit, éviter le plus possible la déperdition des eaux et leur mélange à la surface du sol. On construit ensuite une cuvette tout autour pour compléter l'isolement de l’eau thermale. Cette enceinte, dont on a un type à Euzet (Gard) et un autre à Saint-Gervais (Haute- Savoie), est constituée par une série d’enveloppes bétonnées, concentriques, s’enfonçant d’autant plus qu'on se rapproche du griffon. Il est donc nécessaire, dans les terrains fissurés, d'établir des barrages pour isoler les eaux minérales. C’est ce qu'ont fait les Romains à Plombières, quand ils ont construit leur barrage en béton, qui empêche les eaux thermales de se perdre dans la vallée.

b) En roche dure. — Il faut atteindre la roche compacte, peu profonde, en creusant une fosse dans les terrains sédimentaires, puis établir un drainage latéralement pour éloigner les eaux superficielles. Des travaux de ce genre ont été faits à Maiïzières (Côte-d'Or), et surtout à Bourbon-L’Archambault, où ils ont même été complétés dans la suite.

La source de Bourbon-L’Archambault (Allier) provient d’une fracture du gneïiss, roche très solide. Cette fracture

remonte à l’époque Hercynienne; elle se prolonge sous uri

étang d’un kilomètre de long qui, suivant le principe des pressions réciproques déjà énoncé, constitue autour de la source une surcharge liquide suffisante pour concentrer les eaux thermales en un seul point. Les Romains avaient dégagé la fracture aussi loin que possible de chaque côté du point d’émergence; puis ils avaient creusé une fosse rectangulaire de 5 m. 70 de profondeur et d’un volume de 51 m', revêtue d’une épaisse couche de béton pour éviter les infiltrations. Dans les travaux exécutés en 1882 par de Gouvenain, on installa une pompe dans cette fosse pour refouler l’eau, trop chaude et inutilisable à 53°, dans trois bassins réfrigérants situés au sommet d’une petite colline, à 18 mètres environ au-dessus des sources. Après 40 heures de séjour, l’eau redescend à 30°, sous pression, à l'établissement situé plus bas.

Ces deux procédés ont été appliqués par les Romains, et on peut dire que rares sont les sources qui n’ont pas été captées par eux. On en trouve des restes un peu partout.

Nous savons que, par suite de dépôts d’alluvions sur le griffon superficiel ou d’incrustations déposées au cours des siècles, des sources thermales ont été perdues et d’autres ont eu leur griffon déplacé depuis l’époque des captages romains. Elles ont choisi, pour émerger de nouveau, un point de moindre pression à travers les terrains perméables, parcourant parfois de longs trajets souterrains, au détriment de leur débit et de leur température.

Un bon captage doit éviter ces dépôts, qui obstruent l’orifice, surtout s’il s’agit d’eaux bicarbonatées. Ainsi, à Vichy, la source de la Grande Grille vit, de 1819 à 1853, son régime et sa température passer de 17.000 litres d’eau à 41°, à 3.400 litres à 33°. Des travaux entrepris alors par l'ingénieur François ramenèrent le débit à 68.000 litres et la température à 41°

Il en fut de même des sources Lucas et du Puits-Carré. A la source du Dôme (près Vichy), dont la température est de 62°, malgré un captage perfectionné, on est obligé de changer tous les deux ans environ, l'extrémité supérieure du tube d’ascension, tant sont considérables les incrustations de carbonate de chaux, produites par le refroidissement de l’eau, et déposées sur l’orifice de sortie. À Royat, à la même époque, le débit fut porté de 240 litres à 1.200 litres à la minute. Fort de ces résultats, François réussit à ramener au jour, à Ax et à Cauterets, des sources qui avaient ainsi disparu depuis longtemps, par suite des incrustations épaisses de travertin. Cependant, nous verrons dans le paragraphe 3, que ces dépôts ont quelquefois un effet bienfaisant, en exerçant une charge solide autour du griffon.

Parfois, certaines sources trouvent un avantage à se mélanger aux eaux superficielles, soit à cause de leur minéralisation trop élevée, soit qu’elles empruntent aux terrains perméables des éléments nouveaux qui modifient favorablement leur composition, en leur donnant des propriétés nouvelles.

Les règles de captage ne demandent pas à être toujours observées dans toute leur rigueur. Mais il faut veiller à éviter surtout la pollution des eaux thermales. Pour les eaux sulfureuses notamment, il est préférable de ne pas changer, par des captages perfectionnés, le cours normal des eaux, qui sont avantageusement modifiées dans leur composition par les éboulis à travers lesquelles elles circulent avant d’émerger.

Les eaux de Cransac (Aveyron) sont des eaux de surface type dont le débit et la minéralisation varient très nettement avec la sècheresse et les pluies. Ce sont des eaux de lixiviation par les infiltrations pluviales, des détritus du terrain houiller ; elles s’amassent dans les bas-fonds, où elles prennent leur

température et leurs principes minéraux. Le coupage qu’elles subissent naturellement les rend aptes à la consommation. De même, l’eau de Montmirail (Vaucluse), vient du lessivage par les infiltrations supérieures de plâtres alternant avec des marnes tertiaires. L'eau s’infiltre dans la cuvette d’une ancienne carrière de plâtre, dont les parois sont recouvertes de dépôts épais de sulfate de soude et de magnésie. A Luxeuil, les captages n’atteignent pas le granit, mais sont simplement constitués par des canalisations reposant, à environ trois mètres de profondeur, sur le grès bigarré. Les eaux thermales empruntent les éléments de leur minéralisation, non seulement au granit d'où elles émergent, mais aux différents étages supérieurs du trias qu’elles traversent.

Deux sources voisines cependant, et de même origine, peuvent offrir des différences importantes au point de vue médical si les principes minéralisateurs n’ont pas la même valeur sur les deux griffons. À Luxeuil, en effet, les diverses sources ont une composition chimique très différente, bien que leurs émergences soient très rapprochées et proviennent de la même colonne d’eau ascendante.

Quelques eaux thermo-minérales ne peuvent être supportées pures, même à doses très faibles, par des estomacs délicats ; on doit alors les édulcorer ou les mélanger à du lait ou à une infusion. À Bains, Bourbon-Lancy, Néris, Hammam- Mélouane (Algérie), l'emploi du même procédé permet d’appliquer le traitement thermal à des malades chez qui une médication plus active ne serait pas tolérée. Mais cette façon d’agir, quelque utile qu’elle soit, n’entrera chez nous que bien difficilement dans la pratique (en Allemagne, c’est une méthode courante), par suite de l'effet moral que ce procédé

produirait sur le public, imbu déja, nous l'avons dit, de beaucoup de préjugés à l'égard des eaux minérales.

$ II. Cas où l’on peut atteindre:le griffon. 5

Lorsque le griffon est profond, mais accessible par des travaux de terrassement, il est nécessaire de l’atteindre, sauf les cas signalés plus haut. Les eaux sortant, le plus souvent, d’une fracture des roches sous-jacentes, se mêlent aux eaux de surface en traversant les terrains d’alluvions. Un simple captage superficiel: ne drainerait qu’une très faible partie des eaux minérales, dont les filets divergents se perdraient un peu partout et se souilleraient. Il est donc indispensable de creuser des galeries pour atteindre la roche en place, ou d’installer des puits et des sondages solidement fixés à la roche de manière à constituer une enceinte étanche. Le point délicat consistera à rechercher la fissure d’où sort l’eau minérale et à l'isoler en la dégageant le plus possible. Les moyens à employer, pour accéder au griffon, varieront avec les terrains qui les recouvrent: terrain meuble ou roche dure.

a) En terrain fissuré ou meuble, on construira des tranchées et des puits, comme à Aulus (Ariège), et en aussi grand nombre qu’il y aura de griffons. Ces puits seront, de plus, pourvus d’un revêtement étanche en ciment pour arrêter les eaux superficielles. À Vittel et à Contrexéville (Vosges), les eaux minérales reçues dans un puits, creusé dans l’argile pour les isoler des eaux froides, sont captées au niveau du griffon par un tube ascensionnel, rendu étanche par une semelle de béton, atteignant le muschelkalk sous-jacent et remontant l'eau minérale dans le puits.

Les captages anciens de ce genre consistaient à découvrir l'émergence à l’aide de tranchées à ciel ouvert. Les griffons

ainsi mis à nu, étaient recueillis dans des puits d’appel ou bien dans des colonnes en brique, en terre cuite ou en plomb. Autour de ces puits, étaient installés des travaux de drainage pour éloigner les infiltrations. Le puisard romain de Bourbonne repose sur un pilotis enfoncé solidement dans le terrain argileux. Il supporte une couche horizontale de béton, dans laquelle est encastré un tuyau de plomb atteignant la nappe hydrothermale.

Ce puisard est formé par quatre enceintes successives, de l’intérieur à l'extérieur: pierres de taille, béton, pierres de tailles, moellons (soit en tout 1 m. 56 d'épaisseur et 7 mètres de profondeur). Les travaux de 1875 ont mis à découvert tout un système de galeries et de maçonneries, destinées à atteindre et à isoler l’eau minérale. Les sources actuelles ont nécessité d’autres travaux pour capter les eaux qui, par suite des destructions subies depuis l’époque romaine, apparaissaient un peu partout à la moindre excavation du sol, se perdaient en partie dans les terrains meubles, et passaient ensuite dans les égouts et le ruisseau de Borne. Les Romains détournèrent ce ruisseau, ainsi qu'ils l’ont fait à Plombières, en lui bétonnant un lit artificiel; puis, par des sondages, ils traversèrent une couche de sable, d’argile et de grès bigarré pour faciliter la sortie de l’eau thermale et par suite augmenter le débit total de la source. C’est dans la couche de sable qu’on a trouvé plus de 4.700 médailles d’or, d'argent et de bronze, jetées là,

d’après la légende, en souvenir de guérisons obtenues, appar-

tenant à des époques différentes et en partie rongées par les eaux. Des faits de ce genre sont signalés bien souvent. Par suite de l’accroissement du régime de la source, le puisard romain devint alors insuffisant et on dûüt construire un autre puits en grès bigarré jusqu’au niveau du sol.

b) En roche dure. — Si la source thermale arrive au jour par une fissure de la roche, qui lui sert de canal vecteur jusqu’au griffon, c’est en ce point que le captage devra recueillir l’eau, c’est-à-dire là où elle ne court pas encore le risque d’être souillée par son contact avec les terrains sédimentaires. On obtiendra ainsi une eau « intégrale ». Pour cela, la fracture étant dégagée aussi loin que possible autour de l'émergence, on établira une chambre de captage munie d’un robinet d’écoulement à la partie supérieure. Cette chambre sera renforcée, s’il y a lieu, par une deuxième enceinte en béton, pour assurer son étanchéité.

L'eau ferrugineuse d'Orezza (Corse) a été captée très profondément et toutes les précautions ont été prises pour éviter toute souillure par l’eau de pluie. On a atteint la fracture du rocher, constitué par des schistes amphiboliques, et on a protégé l'émergence, pour s'assurer une eau stérile, par une enceinte en ciment et en brique d’une épaisseur de o m. 60. Sur cette enceinte, on a ajusté un tube en verre de 23 m. 50 de long, qui conduit l’eau minérale à la buvette du Pavillon, et un autre tube, également en verre, d’une longueur de 48 m. 50; conduit l’eau à l’embouteillage.

S'ources de Vichy. — Les sources naturelles de Vichy émergent d’une série de fractures survenues dans les tufs porphyritiques du culm (période tertiaire), situés à l’est de la ville, d’où elles tirent leur richesse en soude.

Source des Célestins. — Primitivement, on a creusé une citerne au pied du rocher des Célestins, pour recevoir l’eau minérale qui sortait d’un dyke de travertin, au pied de ce rocher. Plus tard, on approfondit cette citerne, d'où l’eau minérale était pompée. En 1870, de Gouvenain creusa une

tranchée de 4 mètres de profondeur, établit une galerie et obtint la source actuelle.

Source de l'Hôpital. — Le captage a été très simple, puisqu'on n’a eu qu'à creuser un puits peu profond (2 mètres), pour atteindre la roche, isoler l’eau et la recueillir.

Source de la Grande-Grille. — T1 a fallu la dégager des alluvions de la surface jusqu’à 4 mètres de profondeur, l’isoler à l’aide d’une cloche de captage et d’une colonne ascensionnelle en cuivre rouge.

Source Chomel. — Anciennement appelée Source du Puits- Carré, a nécessité de grands travaux pour l’empêcher de se perdre dans les sédiments et les marnes de la surface. On a établi un certain nombre de barrages en glaise, comme ceux décrits pour la source d'Euzet, mais ici:on a l’avantage d’une tendance à la consolidation définitive par la formation continuelle de dépôts incrustants. L’eau thermale, recueillie dans une chambre de captage, monte par une cheminée centrale de o m. 86 de section.

Source du Puits Lucas. — En 1854, pour capter cette source, on creusa un puits de 9 m. 50 de profondeur latéralement au griffon, puis une galerie se dirigeant vers l’émergence. Mais les moyens d’épuisement de l’eau minérale étant insuffisants, une brusque arrivée d’eau empécha de poursuivre les travaux. Le débit de la source était à ce moment de 26.742 litres par 24 heures. En: 1884, de Launay reprit les travaux, pour essayer de prolonger la galerie, la cimenter et atteindre le griffon. L’épuisement du puits et de la galerie fut obtenu au moyen d’une locomobile, placée sur l’orifice du puits, et débitant 102.850 litres par 24 heures, c'est-à-dire environ quatre fois le débit normal de la source,

Par suite de la chaleur, de la vapeur et de l’abondance des gaz, surtout de l’anhydride carbonique, dégagés incessamment par l’eau minérale, l’atmosphère étant devenue irrespirable, on plaça un ventilateur au-dessus du puits. Mais, au fur et à mesure que la galerie devenait plus profonde, l'air n'était plus suffisamment ventilé. On dût alors percer une cheminée d'aération exactement au-dessus du griffon et y adapter un ventilateur soufflant pour réaliser une circulation d’air continue. À la fin des travaux, le régime normal de la source fut de 52.294 litres par jour.

Aux Eaux-Bonnes (Basses-Pyrénées), l’eau thermale sort d’une fissure du rocher. Un bassin de 11 mètres de profondeur a été construit sur l'émergence pour amener l’eau à la surface. Dans sa partie inférieure, le bassin est isolé par une couche de barégine et de sulfuraire grise.

À Luchon et à Plombières, les sources sont captées par galeries souterraines et il aurait été impossible d'éviter leur mélange avec les eaux superficielles, si on n'avait établi un captage pour les eaux froides analogue à celui des eaux minérales.

Quelques sources ne peuvent s'élever d’elles-mêmes et restent aménagées dans des puits, d’où on les monte à la surface avec une pompe foulante. [l en est ainsi de la source du Parc, à Vichy, qui arrive au moyen d’une pompe, par un jet saccadé, dans une vasque en forme de coquille.

Ce procédé, qui permet d’accéder au griffon, est sans contredit le meilleur et celui qu’il faut employer pour recueillir une eau thermo-minérale stérile à l’origine. La source est ainsi parfaitement isolée, depuis son canal souterrain jusqu’à son émergence véritable, par un système de tranchées, de galeries ou de puits, s'appuyant directement sur la roche et,

si besoin est, en refoulant les eaux de surface à l’aide de barrages souterrains. à

$ HIT. Cas où l’on ne peut atteindre le griffon.

Lorsqu'il est impossible, pour capter une source, d'employer les moyens que nous avons indiqués, il faut recourir alors à d’autres procédés plus compliqués, variables suivant qu’on se trouvera en présence d’un terrain meuble, d’un terrain fissuré, près d’une nappe d’eau ou au milieu de cette nappe.

I devient difficile, dans ces circonstances, d’agir directement sur le griffon en créant un point de moindre résistance ; c'est alors par des moyens détournés que l’on forcera la source thermale à jaillir au point choisi, en établissant autour d'elle une pression suffisante.

Ce dispositif, employé déjà par les Romains, présente en outre l'avantage d’éloigner les eaux froides de la source thermale. L'importance de cette méthode est considérable, puisqu’elle permet le captage d’une source dans des circonstances où aucune autre ne pourrait être appliquée. Jusqu'alors, l’appel de l’eau thermale a été réalisé par l'établissement d’une zone faible au point le plus déclive, qu’une simple excavation pouvait souvent produire. Dorénavant, on exercera simplement une surcharge sur toutes les émergences autres que celle qui aura été choisie, de manière à ‘contraindre l’eau à s'engager en ce point. Là, on établira une enceinte ou une colonne d’ascension en maçonnerie ou en métal, pour éviter le contact des eaux de surface et augmenter le débit, la température et la minéralisation de la source.

Mais l'inspecteur général des mines François fut amené, en 1838, à se servir d'une masse liquide pour obtenir le même

résultat. Nous verrons combien de services a rendu ce procédé, qui est de beaucoup le meilleur.

Les premières applications de ce principe furent réalisées par les Romains, qui utilisèrent dans ce but, à Plombières, à Evaux, à Néris.. le poids d’une lourde masse de béton (1).

Les eaux de Néris (Allier) sourdent à flanc de coteau, ce qui est l'exception. Le procédé employé ici par les Romains est l'application du même principe qui les avait guidés à Evaux: forcer les eaux thermales à émerger en un point déterminé, en appliquant tout autour une surcharge de béton.

Si on a plusieurs griffons thermaux solidaires, épars et en contact avec des eaux froides, il devient impossible, surtout si on se trouve en terrain perméable, soit de les atteindre, soit d'appliquer latéralement une surcharge solide.

C'est dans de telles conditions que François eut à capter les eaux thermales d'Ussat (Ariège) en 1838. Après une étude sérieuse de la situation, il réussit à transformer l'obstacle en un moyen de captage, réalisant le principe qu’il appela: Principe des pressions hydrostatiques réciproques.

On sait, en effet, que deux eaux de densité, de température et de minéralisation différentes ne se mélangent que difficilement et lentement. On cite à ce propos plusieurs sources thermales, qui s'élèvent du fond de la mer, ne se mélangeant que fort loin avec l’eau salée.

Le gulf-stream, de même, ne cède point sa température aux eaux de l'Océan, qui lui forment un véritable lit.

À Ussat, François remarqua que le volume et la température de l’eau minérale augmentaient au lieu de diminuer, bien

(1) Les travaux de captage exécutés à Evaux et à Plombières sont mentionnés au chapitre: Historique.

qu'elle fut mélangée à l’eau froide, pendant les crues de l'Ariège. Il s'agissait d'utiliser ce fait pour recueillir l’eau thermale, en réglant convenablement l’action des deux masses liquides.

Pour cela, il rechercha soigneusement les points de moindre résistance, qu’il dégagea par des travaux d’approfondissement, puis il construisit une enceinte de béton comprenant l’ensemble des sources. Le radier de l'enceinte atteignait à peine 1 m. 20 de profondeur, pour permettre à l’action des deux pressions en présence de s'exercer sous sa limite inférieure. C’est précisément là que les deux forces doivent se contrebalancer ; d’un côté eau froide, de l’autre eau chaude, minéralisée et de densité plus élevée. Le courant inverse des eaux, celle-ci avec une marche ascendante, celle-là avec une pression dans le sens de la pesanteur, aidera à les isoler. François réalisa la pression des eaux froides, en dérivant les eaux de l'Ariège au moyen d’un barrage solide, qui les retint à 2 kilomètres en amont. De là, il les amena dans un aqueduc creusé dans les alluvions et, à l’aide de vannes, il put en faire varier le niveau à son gré, pour contrebalancer l’action des eaux thermales renfermées dans l’enceinte. Au fur et à mesure que le niveau d’eau douce s’élèvera, on observera la montée progressive de l’eau thermale à l’intérieur des ouvrages et, avec un débit, une température et une minéralisation plus considérables. Il s’agit alors de régler la force des deux pressions en présence, de chercher leur état d'équilibre, pour obtenir un rendement plus important.

Ainsi, cette méthode ingénieuse a permis, non seulement de maintenir à la source minérale l'intégrité de ses éléments en supprimant le contact des eaux froides, mais encore de

transformer le mal en remède, en utilisant le voisinage des eaux froides pour capter les eaux chaudes.

Le même procédé fut adopté à Bagnères-de-Luchon (Haute- Garonne). Les sources émergeaient de la profondeur, le long d’un filon de granulite qui leur servait de plan directeur et venaient se perdre dans des terrains fissurés, formés par des éboulis, en un grand nombre de filets thermaux dirigés en tous sens. L’isolement des griffons semblait donc impossible dans de telles conditions par l’emploi des procédés simples de captage. François entreprit des travaux analogues à ceux d'Ussat, en tenant compte néanmoins des circonstances nouvelles. À l’aide de galeries maçonnées sur la roche même, il capta d’abord les eaux froides qui, au moment de la fonte des neiges, venaient altérer les sources sulfureuses; puis, latéralement à celles-ci, il appliqua une colonne d’eau froide, dont il régla la hauteur, et dont le poids devait être suffisant pour exercer sur les eaux thermales une pression convenable à leur isolement complet.

Ce mode de captage, tel qu'il a été réalisé dans cette station, est le plus considérable des travaux de ce genre; mais limportance de notre travail ne nous permet pas d’exposer tous les détails de la technique. Il s'agissait de recueillir tous lse filets thermaux avec une parcimonieuse précaution, pour

ne pas diminuer le débit total des sources, déjà peu abondant,

et permettre de subvenir à tous les besoins.

Les sources de Balaruc (Hérault) subissent nettement l’influence des variations de niveau de l'étang de Thau, situé à proximité des sources thermales, par suite des dislocations récentes de l'écorce terrestre dans cette région.

À Bourbon-L’Archambault, il semble que les eaux thermales soient concentrées en un point unique, par la pression

d’un étang d’un kilomètre de long, situé sur le prolongement de la fracture donnant issue aux eaux minérales.

Ce sont ces constatations naturelles qui ont conduit l’ingénieur François à essayer d'appliquer artificiellement cette disposition.

À Enghien, la situation est plus complexe; la source jaillit en plein lac. Le procédé de captage à employer s’imposait ici parfaitement et nécessitait des travaux minutieux. Après avoir mis le lac à sec, on a enfoncé solidement, dans la vase, pour isoler les griffons thermaux des eaux froides, une cuve en bois garnie de trous, latéralement et à la partie inférieure, pour permettre le passage de l’eau minérale. Tous les griffons voisins, moins importants, sont drainés vers la base de la cuve par un système de quatre tuyaux horizontaux, mesurant un mètre de long, superposés et séparés par des couches de graviers constituant un filtre.

Tout cet ensemble est séparé des eaux douces par des feuilles de plomb recouvertes de terre glaise. Les eaux du lac exercent ainsi une pression latérale autour de la cuve et contribuent à y faire affluer toutes les veines thermales’ par les orifices pratiqués à sa base.

La pression optima est obtenue lorsque les eaux du lac et l’eau minérale contenue dans la cuve sont au même niveau. Dans le cas particulier, il serait impossible de modifier le niveau du lac, c’est alors le niveau de l’eau minérale que l’on fait varier à volonté au moyen d’un siphon, dont on règle convenablement le débit, et qui conduit l’excès d’eau chaude à l'Etablissement.

Le plus souvent, le procédé des Pressions hydrostatiques réciproques a été appliqué dans des cas bien déterminés. 11 est précisément d’une application délicate et dans des mains

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inexpertes il aboutirait aux plus fâcheux résultats, alors que, appliqué en connaissance de cause, il permet de réaliser un captage inespéré.

La charge liquide présente sur la charge solide, en plus les avantages énumérés plus haut, celui de remplir tous les interstices du terrain, de manière à exercer une pression plus forte, là où il y a un point faible, et ensuite de pouvoir régler

la pression à volonté suivant les besoins.

$ IV. Sondages et forages.

Ce procédé spécial, parce qu'il nécessite une instrumentation compliquée, s'applique dans des circonstances particulières.

Le principe consiste à s’enfoncer dans le sol, à une profondeur plus ou moins grande, et à atteindre la nappe thermale pour permettre à l’eau de remonter à la surface. On pratique un sondage quand on veut rechercher une source filonienne, dont on possédait déjà le griffon naturel, pour en augmenter le débit, comme à La Bourboule, ou bien pour aller au-devant d’une nappe liquide, retenue dans une couche de terrains imperméables, et simplement soupçonnée, comme à Nancy-Thermal.

Dans d’autres cas, ce sera pour assurer à la source un captage convenable, en lui évitant un long circuit dans les sinuosités du sol.

Aüïnsi canalisée, on évite la contamination et le refroidissement de l’eau thermale dans les différents terrains, en même temps qu'on augmente sa force ascensionnelle et son débit, puisqu'on supprime les frottements.

Pour conserver à l’eau minérale sa thermalité, il est nécessaire que le sondage atteigne la nappe d’épanchement le plus près possible de la fracture qui lui donne naissance. Si, au

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