OBSERVATION XXXIV
C... Alphonse, est atteint de rhumatisme articulaire aigu. “La constipation est de règle chez lui, et ne céde qu’à des purgations répétées. Elle dure aujourd’hui depuis sept jours. L’'injection de 2 c. c. d'apocodéine lui donne dans la soirée deux selles abondantes, et une troisième le lendemain. Le malade ne se plaint d'aucune douleur, au point de l’injection qui a été pratiquée dans le biceps.
OBSERVATION XXXV. (Personnelle.)
B... Aimé, en traitement pour bronchite chronique. Selles normales d'ordinaire. Le jour de l'injection, constipation depuis trois jours. Piqüre de 0 gr. 02 centigrammes d’apocodéine, à 41 heures du matin. À 3 heures, selle molle. Pas de douleur au siège de la piqûre.
OBseRvATION XXXVI. (Personnelle.)
D... Eugène-Henri, 26 ans, tuberculose à la troisième périobe. Se plaint de constipation avec épreintes pénibles. Injection d’apocodéine, le soir, à 5 heures. Le lendemain à la visite, le malade dit avoir eu deux selles très abondantes pendant la nuit. Les jours suivants, cet état persiste, peutêtre exagéré puisque les selles sont diarrhéiques.
OgservarTioN XXXVII. (Personnelle.)
K... Henri, 24 ans. Embarras gastrique, constipation opiniâtre depuis cinq jours. Injection de 2 c. c. d’apocodéine. Selle molle, trois heures après. Lendemain et jours suivants, selles normales.
OBservaTION XXXVIIL. (Personnelle.)
M... André, 24 ans. Bronchite, Le jour de l'injection n’a pas eu de selles depuis trois jours. Habituellement constipé,
Injection de 2 c. c. d’apocodéine à 4 heures de l’après-midi. . A 8 heures, selle molle, lendemain, selle normale. Au bout de deux jours, la constipation reparait.
OBSsERvATION XXXIX. (Personnelle.)
R... Louis, 66 ans. Emphysème et bronchite chronique. Constipation habituelle. Injection d’apocodéine sans résultats.
OBsErvaTION XXXX, (Auto-observation.)
G... Georges, constipation passagère. Injection de 2 c. c. d’apocodéine à 7 heures du matin. Sans attendre les effets de cette injection, nouvelle piqûre, à 9 heures. Une heure après, selle molle; état nauséeux pendant quelques minutes. A 1 heure de l'après-midi, nouvelle selle molle, A 4 heures, troisième selle normale. Le lendemain et jours suivants, selles normales.
Le nombre de ces observations pourrait être plus considérable, si nous n'avions écarté tous les cas douteux : par exemple, deux cas dans lesquels l’apocodéine avait été donnée par erreur à des individus non constipés ; un troisième -cas, dans lequel l'injection pratiquée avait été mal faite.
En nenous. occupa nt seulement que de ces 40 observations, nous avons, en chiffres bruts, 28 résultats positifs et 12 négatifs. Celte proportion semble a priori trop faible, pour pouvoir affirmer que l’apocodéine est un médicament à effet absolument certain, mais nous pouvons analyser les 12 cas négatifs. et voir si, en les.
mate
comparant, il n’existe pas une cause d’insuccès pouvant les expliquer tous.
Parmi ces douze insuccès, nous avons : un alcoolique, quatre nerveux (chorée, hémiplégie, tabès, neurasthénie), deux cancéreux, un rhumatisant, un emphysémateux, un tuberculeux, un Rech rene, un paludéen.
L’alcoolique (Obs. XIID) avait été traité par l’opium, d’où sa constipation. Il paraît vraisemblable que l’apocodéine à dose si faible, par rapport aux doses considérables d’opium que l’on peut donner, n’a pas pu lutter : avec succès contre ce dernier.
Nous dirons de même, au sujet du paludéen, que l’action de la quinine, médicament usuel du paludéen, peut avoir entravé celle de l'apocodéine.
Pour les quatre nerveux, ne paraissent-ils pas être : reliés étroitement par le symptôme commun: l’atonie intestinale, d’origine nerveuse ? [l se pourrait qu’ilexistât chez eux, une altération dans l’innervation de l'intestin, assez grande pour résister au faible excitant, qu'est l’apocodéine. Si le succès a été obtenu chez les deux autres tabétiques, c’est que ces derniers ne présentaient peut-être pas la même localisation de leur affection, et cela ne paraîtra pas étonnant, si on remarque que le tabès est une des maladies nerveuses, pré-: sentant le plus d'irrégularité dans sa symptomatologie.
Nous croyons pouvoir rattacher de même à un trouble de l’innervation intestinale, les insuccès dans les deux cas de cancer de l’estomac.
Il nous reste cinq résultats négatifs que nous ne pouvons expliquer. Nous voyons l’apocodéine échouer
chez le rhumatisant de l'observation X, alors qu'elle : avait réussi chez les deux autres(Obs.IV, XXXIV). Elle : échoue chez un tuberculeux (Obs. XVIIL),alors qu'elle réussit chez cinq autres (Obs. IIf, VI, :X,XV, XXIV). Pas d'effet chez l'emphysème de l’observation XXXIX et résultat positif dans les deux observations XIX, XXXV. Enfin, un succès chez l'hyperchlorhÿdrique de l’observation XX VIT, et succès chez les deux autres (Obs. XII, XXIX). |
Nous ne pouvons tirer de ces cinq derniers cas, un indice bien net de contre-indication. Nous proposons seulement, comme explication, l’électivité pour le même médicament, variable avec chaque malade.
En tout cas, si l’apocodéine n’a pas eu d’effets purgatifs, nous ferons remarquer que, du moins, aucun effet nocif n'a été signalé. Nous avons vu des vomissements survenir dans l’observation XXIX mais, comme il est dit dans l’observation même, les vomis-
sements alimentaires étaient très fréquents chez cette malade.
À quelle classe de purgatifs appartient l’apocodéine ?
M. le professeur Soulier, duns son Traité de théra-. peutique, divise les -purgatifs en quatre grandes classes :
A. Les eccoprotiques, ou simples exonérateurs. —
Les selles provoquées sont normales.
B. Les laxalifs. - Selles molles. s .C. Les purgalils. — Selles liquides.
. D. Les drastiques, —.Selles liquides, souvent avec
coliques intenses. Elles renferment des produits inflammatoires et sont même quelquefois sanguinolentes.
Or, lorsque les malades apocodéinisés n'ont qu’une selle, elle est d'ordinaire normale, mais lorsqu'il yen a plusieurs, la première est molle, ressemblant par exemple à une selle consécutive à une ingestion de manne,et les autres normales ou à peu près normales.
Donc, d'après les caractères distinctifs donnés par M. le professeur Soulier, nous devons dire que l’action de l’apocodéine est intermédiaire entre l’action eccoprotique et l’action laxative, ou, en d’autres termes, que, suivant cette aptitude aux médicaments, spéciale à chaque malade, dont il faut toujours tenir compte en thérapeutique, — suivant les cas l’apocodéine a une action, soit franchement laxative, soit seulement eccoprotique.
Quant au mode d’action spécial de l’apocodéine sur le tube digestif, nous devons admettre que l’apocodéine agit sur le tube intestinal par l'intermédiaire du système nerveux et que cette action se traduit par :
1° L’exagération du péristaltisme ;
2° L’hypersécrétion glandulaire.
Ces deux faits ont été mis en évidence par l’expérience citée à propos de l’action physiologique.
Cequ’il faut surtout considérer c'est que l'apocodéine agit à distance et par conséquent ne peut avoir une action locale, sorte de révulsion intestinale, l’en-
térite passagère des purgatifs administrés par la voie digestive.
Il existe d’autres corps qui possèdent aussi cette propriété purgative en injections hypodermiques telles sont par exemple : l’aloïne, la colocyntine, mais Jjusqu’à présent la pratique n’avait pu employer la voie sous-cutanée à cause de la douleur locale qui suivait ces injections. L’apocodéine ne nous a pas paru présenter cet inconvénient : cependant, MM. Raviartet Bertin ont vu, dans quelques cas, une légère douleur consécutive à la piqûre. On peut, en tout cas, pour l'éviter sûrement, pratiquer les injections intra-musculaires, qui, elles, ne laissent aucune trace.
Indications et contre-indications.
Les indications du chlorhydrate d’apocodéine sont les mêmes que celles de tous les purgatifs, puisque son action est identique, mais empruntant une autre voie, il pourra être employé, à l'exclusion de tous les autres, lorsque la voie hypodermique sera seule impraticable.
Son indication par excellence est donc la constipation.
Nous distinguerons la constipation habituelle et la constipation passagère.
Dans le premier cas, l’apocodéine agit presque toujours et amène, dans les quatre heures qui suivent, une selle ou deux. Mais comme les autres purgatifs, elle ne guérit pas cette constipation, et souvent au
bout de deux ôu trois jours, on voit réapparaître cette dernière. Aussitôtaprès la cessation de l'effet, l’intestin retombe dans l’atonie : pour emprunter la phrase de M. le professeur Arnozan, la purgation vide l'intestin, mais n’en n’améliore pas les fonctions. Du reste, les thérapeutes connaissent bien ces effets : puisqu'ils traitent en général les constipations habituelles, par le régime, l'hygiène, la gymnastique qui s’adressent au système nerveux tout entier, et qui arrivent au même résultat que les purgatifs sans en avoir la violence.
Dans la constipation passagère, l’apocodéine agit moins bien; sans doute, parce que, dans la plupart de ces cas, l’obstruction mécanique est souvent la principale cause. On conçoit aisément que pour débarrasser l'intestin, des grosses scybales qu’il peut contenir, il faut des contractions péristaltiques violentes, que l’apocodéine ne pourra procurer. C’est du reste dans ces cas que l’on s'adresse aux purgatifs drastiques, dont l’action, d’une puissance extrême, estquelquefois nécessaire.
Mais la véritable indication de l’apocodéine se rencontre, lorsque, comme nous le disions plus haut, la voie cutanée est la seule praticable et qu’une purgation est nécessaire.
Dans les cas d’intolérance gastrique,dans lesquelsles purgatifs sontrejetés aussitôtaprèsl’ingestion,dansdi, verscomas,ilest bon d’avoir à sa disposition un purgatif administrable. La coprostase peut être la cause d’une intoxication qui ne fera qu’augmenter lecoma; une infection générale peut survenir; et, au lieu d’ordonner un lavement purgatif, qui ne réussit pas toujours, qui
AUS Wie
n’est soûvent pâs conservé, on pourra toujours pratiqüer une injection d'apocodéine, opération absolument bénigne et, on nous laccordera, toujours facile. L'apocodéine a aussi une action sur le système nerveux, mise en.évidence dans une étude de M. Toy, parue dans le Journal de médecine de Bordeaux. Expérimentant sur des excités maniaques, cet auteur a reconnu, qu'en plus de l’action purgative, l'apocodéine a, sur le système nerveux, une action sédative.
Voici, du reste, quelles sont | ces conclusions ? 4e L'administration du médicament a toujours di-
minué l'excitation des malades, souvent même elle leur a procuré quelques heures de sommeil.
‘ 2° L’ingestion ou l'injection a toujours amené, dans ee nuit, une selle où deux, Eee trois.
3 Dans. aucun cas, elle n'a élé suivie de vomissements.
si
ie