‹ Contribution à l'étude du délire dans les maladies du cœurChapitre 12 sur 34 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Hypertrophie, palpitations, excitation maniaque. — Insuffisance et rétrécissement de l’orifice mitral. (\sile de Bron, service de M. le professeur Pierre.)

. Me V., blanchisseuse, 57 ans, illettrée.

Antécédents héréditaires : Père mort après avoir êté malade pendant plusieurs années; la nature de sa maladie nous échappe. Mère nerveuse, très sensible, morte il y a quarante ans. Elle avait fait une maladie de quatre

ans de durée, à l’âge de 17 ans. Une tante a été sequestrée à l’âge de cinquante ans et est morte 10 ans après. Une cousine germaine qui tenait un magasin d’orfèvrerie à été prise subitement d’un accès de folie furieuse et enfermée d'office dans l’asile départemental où elle est morte plusieurs années après.

Six frères et point de sœurs. Un frère marié, atteint d’aliénation mentale à l’âge de 35 ans. Détail curieux : il mordait le râtelier de son écurie, et mourut 2 jours après avoir été conduit à l’Antiquaille. Un autre frère est mort d’une affection cérébrale de nature inconnue : le médecin qui le soignait à l’hôpital aurait dit que s’il ne mourait de la maladie, il en resterait fou. Deux enfants : une fille morte en bas âge et un fils marié qui a perdu une petite fille de 2 ans à la suite de convulsions.

Antécédents personnels : La menstruation s’est établie à 18 ans, a toujours été régulière, et a cessé à cinquante ans. Pas de syphilis, goût prononcé pour les alcools.

Mne V... est douée d’une intelligence médiocre, elle ne sait ni lire ni écrire, dans sa jeunesse elle avait peu de dispositions pour l’étude. En 1870, elle a donné les premiers symptômes d’aliénation, elle a présenté pendant plusieurs mois des phénomènes d’excitation marquês par des propos et des actes extravagants. À cette époque, elle a perdu la vue du côté droit, à la suite d’une irido-choroïdite. A été soignée pendant 15 jours pour un eczéma de la jambe. Le début de raffection actuelle remonte à 9 mois. Il a été signalé par la perte complète du sens moral et des sentiments affectifs et par de l’excitation génésique intense. La malade très excitée ne donne plustrace d’affection pour ses parents,provoque les hommes dans la rue, découche, tient des propos obscènes au premier venu, se procure par tous les moyens de l’argent qu’elle dépense aussitôt en pâtisseries et en liqueurs. La nuit elle chante, injurie les voi-

SE

sins qui se plaignent, bouleverse ses meubles sous prétexte de faire son ménage, monte sur les toits,menace de mettre le feu à sa maison et frappe à coups de bâton son mari et les voisins qui viennent l’empêécher de mettre ses projets à exécution.

Entrée à l’asile de Bron, le 12 mai 1879.

Certificat d'entrée : Depuis huit ou neuf mois, cette malade a cessé tout travail, elle s'échappe de son domicile, pour errer dans la compagne, même pendant la nuit. Depuis quelques semaines, elle est devenue violente, et menace ceux qui s’approchent d’elle. Elle a frappé son mari sur le côté gauche de la tête à l’aide d’une planche, etc.

Etat au moment de l'entrée : Tendance au mouvement : incapable d’une occupation suivie. Motilité et sensibilité intactes. Mémoire conservée, pas d’hallucinations, pas de conceptions délirantes persistantes. Perte des sentiments affectifs, excitation génésique, battements de cœur, palpitations, hypertrophie, souffle prolongé à la pointe. Râles de bronchite aux deux poumons, un peu d’essoufflement.

Cette femme est petite (taille 1"52), déjà vieille,ayant un bon sourire, un peu inquiète, regarde à droite et à gauche, visage ovale, front bas, étroit, un peu bombé, cheveux blonds autrefois, grisonnants et déjà blancs à leur racine sur le front, les tresses sont noires dans deux tiers de leur longueur. Sourcils gris non situés sur le même niveau; yeux bleus, le droit est perdu, celui qui lui reste est animé et fixe, nez droit relevé, bouche moyenne, lèvres minces. Mains petites, maigres, articulations gonflées, les ongles forment des segments de sphère à courts rayons. Rhumatisme chronique. Tous les doigts de la main droites sont rejetés sur le bord cubital. La malade peut cependant fermer la main, elle attribue cette déformation, qui date de l’âge de 17 ans, à l’usage des fers chauds. Le palais est enfoncé et pré-

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