OBSERVATION III
Accès de fureur. — Lypémanie. — Délire des persécutions. — Hallucinations de la vue, de l’ouie, de l’odorat, etc. — Insuffisance mitrale. — (Asile de Bron, service de M. le docteur Max-Simon).
J..., 59 ans, poëlier-fumiste, quelques excès alcooliques, affection remontant à une époque assez éloignée, est marié. Depuis près de deux ans, J... se croit pour-
ON
Suivi par des personnages à la tête desquels est son patron. Pendant un certain temps, ce malade, malgré ses idées délirantes et ses hallucinations, a pu vivre au dehors. Cependant son délire augmentait tous les jours et il n’était pas sans inspirer des craintes à ses voisins. J... ne s'était encore livré à aucun acte de violence. Un jour que sa femme était sortie, plus malade qu’à l’ordinaire, assailli plus vivement par ses hallucinations de l’ouiïe, se croyant en danger, J... se barricade et pour pénétrer chez lui, on est forcé d’enfoncer la porte. Le malade armé d’une bouteille attendait ses prétendus ennemis; cependant il ne frappa personne, voulut s’échapper par une croisée et c’est avec beaucoup de peine qu’on parvint à s'emparer de lui.
J... est amené à l’asile de Bron, il se plaint qu’on le poursuit, qu’on le persécute, parle de la machine pneumatique que son patron a fait construire contre lui. Interrogé sur quelques détails de la machine pneumatique, il paraît n’en avoir aucuné notion. Il prétend que cette machine est placée dans les greniers ou dans les caves de l’appartement et que de là on agit par son intermédiaire pour lui ôter la vie; s’il est essoufflé, sil est oppressé, c’est l’effet de cet instrument sur son estomac et sur sa poitrine. Il entend le bruit de cette machine qui sert tout à la fois à lui lancer des balles et à lui ôter la respiration.
Fréquemment à la visite du matin, le malade se plaint d’avoir entendu toute la nuit le bruit de la machine; on lui a lancé des balles sur la tête, sur la nuque et sur le cou. Comme on lui objecte qu’on ne voit aucune trace de ces balles, il répond qu’elles sont d’une nature particulière, ce sont des balles gazeuses, qui, alors qu'elles ont frappé, se dissipent dans l’air. La sensibilité du cou et de la nuque est normale ; aucune douleur névralgique ou autre ne peut rendre compte de la sensation qu’accuse le malade ; il s’agit donc de véritables halluci-
nations. Quant à la sensation d’étouffement qu’il attribue toujours à la machine pneumatique, il est facile d’y reconnaître une illusion; ce malade a des accès d’oppression liés à un état maladif du cœur. Il y a un bruit de souffle au premier temps et à la pointe et des râles disséminés, dans les deux poumons surtout aux bases. Ce malade a également des troubles de la vue et de lPodorat, fréquemment, il lui arrive de ne plus rien pouvoir distinguer; « par moment dit-il, il n’y voit pas à deux pas devant lui; c’est l’effet de la reverbération électrique que ses persécuteurs dirigent contre lui. » Ceux-ci font dégager, « des émanations d’esprit de nitre, d'acide sulfurique etc. ; souvent ces émanations le serrent au gosier, l’étouffent et il ne peut plus respirer. » Il fait retomber tous ces méfaits sur ce qu’il appelle « l'intrigue », ce mot désigne ses persécuteurs à la tête desquels est son patron.
Les urines ne contiennent ni sucre, ni albumine.
Traité à plusieurs reprises par la digitale, le café, l’opium et le vin de quinquina, ce malade n’a pas présenté d'améliorations. Depuis deux ans qu’il est à l’asile, ses conceptions délirantes n’ont pas varié et ses hallucinations se sont toujours montrées aussi constantes et aussi vives.