‹ Contribution à l'étude du diagnostic des chloroses frustesChapitre 22 sur 39 · OBSERVATION XV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XV

Il s’agit d'un homme, M. Tr..…., âgé de 53 ans, qui exerça pendant 12 ans, le dur métier de mineur. Il entre en mai 1923 au lit numéro 20 de la salle Brissaud, dans le service du Professeur Chauffard. Pendant toute la guerre, le malade est resté dans les pays envahis où il

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a subi les pires privations. En 1920, il a été atteint d'un anthrax au niveau de la nuque et depuis cette époque il se plaint d’asthénie générale qui va en s’accroissant à tel point qu’il est obligé de cesser complètement son travail. Depuis 3 ans il a maigri de 13 kilogrammes.

À l'examen, on constate un homme très pâle et très faible, très amaigri, aux oreilles cireuses, aux muqueuses complètement décolorées. Le malade se plaint de douleurs stomacales vagues, sans vomissement, mais l'examen radioscopique ne révèle aucune lésion organique. Au cœur, on trouve un souffle doux systolique de. la base, changeant de timbre avec la respiration et la position du malade. T. À. : 12-6. Pouls 70. Gros souffle jugulaire au niveau du bulbe, à renforcement systolique, la tête étant en extension et rotation, et persistant en position couchée. Bruit de moustique au niveau de la jugulaire exerne. Globules rouges 1.150.000. Hémoglobine 60 %. V. G. : 2,6. Il s’agit donc d’un grand anémique avec souffle.

Ces observations nous montrent combien il est difficile de résoudre la question de la valeur séméiologique des souffles jugulaires : ces bruits peuvent apparaître chez le sujet normal et chez certains anémiques, sont moins fréquents chez la femme âgée et chez l'homme, rares même dans certains cas d'anémie. 11 y a donc dans l'explication de ces phénomènes, un gros facteur inconnu que ni l'expérimentation ni la clinique n'ont permis jusqu'ici de découvrir. Aussi allons-nous nous borner, maintenant, à montrer la coexistence fréquente des états chlorotiques frustes et des souffles jugulaires.

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LES SOUFFLES DANS LES CHLOROSES FRUSTES. —— Nous considérons comme chloroses frustes, des chloroses où la décoloration des muqueuses et des téguments n'apporte pas, d’une façon objective et nette, la signature du diagnostic. Il s'agit de malades présentant les unes de la pâleur des oreilles, une pâleur des muqueuses conjonetivales, d’autres une moustache chlorotique, d’autres enfin, certains signes fonctionnels : fatigue générale avec ce signe si fréquent de « douleurs de reins », troubles digestifs, palpitations, dyspnée légère, irrégularité menstruelle, aménorrhée, dysménorrhée, céphalée, névralgie, amaigrissement progressif ; ou pertes blanches sans caractère spécial, ne tachant pas le linge. En résumé, les malades se plaignent de certains symptômes dissociés, de chlorose, mais ces symptômes ne sont pas assez nettement groupés pour constituer un cas de grande chlorose classique.

Dans tous ces cas de chlorose fruste, il nous a été facile de constater un souffle jugulaire, d'autant plus facile qu'il n’est souvent nullement nécessaire de tendre l’aponévrose cervicale, le souffle apparaissant aussi bien la tête étant en rectitude et même fléchie en avant. La pression exercée par le stéthoscope ne doit pas être aussi prononcée que dans les cas d'anémie ou de sujets normaux. La position couchée, en outre, ne fait pas disparaître ce souffle. Au cours d’un examen prolongé pratiqué sur certaines de nos malades, nous avons pu, suivant Ja position de la tête, suivant la position assise ou

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couchée de la malade et suivant la place occupée par le pavillon du stéthoscope, observer la disparitoin, ou bien les variations d'intensité et de modalité du souffle, depuis le bruit grave de diable ou de rouet, jusqu’au bruit aigu du moustique.

Chez ces malades, enfin, les examens hématologiques nous ont prouvé les rapports qui existaient entre les symptômes dont ils se plaignaient et leur état de chlorotiques frustes : les globules rouges descendaient rarement au dessous de 3.800.000 ; l’hémoglobine oscillait en général entre 60 % et 80 %, la valeur globulaire se situait entre 0,80 et 0,70. Quant aux globules blancs et au pourcentage leucocytaire, les chiffres obtenus nous permettent d'assurer qu'ils n’ont aucune influence sur l'apparition de ces souffles. É

Nous ajouterons, enfin que, suivant les préceptes de Trousseau, en conseillant aux malades le repos, l'alimentation carnée, et en leur precrivant la médication ferrugineuse, comme nous le verrons plus oin, nous avons vu disparaître les souffles et s'améliorer bien souvent les symptômes de l'affection.

Parmi les observations que nous avons pu prendre dans le service du docteur Noël Fiessinger, nous en choisirons quelques-unes que nous grouperons en deux catégories

a) Les chloro-anémies, survenant chez les bacillaires anciennes ou en cours d'évolution, chez des Jeunes accouchées et chez des nourrices ;

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