II. — PERIODE CHIRURGICALE
Les travaux des chirurgiens consacrés à certains syndromes tels que le volvulus et la stase intestinale chronique, ont commencé à préciser le grand rôle pathologique joué par les allongements segmentaires des côlons. È
Au point de vue qui nous intéresse particulièrement, il faut mentionner les descriptions de la longue période prémonitoire du volvulus dans laquelle
nous retrouvons bien des éléments de la symptomatologie du dolichocôlon. Elles ont été données par Roux de Lausanne, Forgue, Leflaive, Lefèvre.
Dans un autre ordre d'idées, les allongements de certains segments du gros intestin se rencontrent au cours de quelques types de constipation chronique et le fait n’avait pas été sans frapper les chirurgiens. Ducatte, dans sa thèse (1899), semble être le premier à les avoir signalés. Les travaux d’Arbuthnot Lane, qui s’échelonnent entre 1901 et 1911, et ceux de son élève Chiaple, en font un des éléments du syndrome de la stase intestinale chronique.
En France, Pozzi, puis Lejars, ont critiqué cette conception et considéré plutôt ces allongements comme congénitaux, en partant de cette idée que la constipation est incapable de les créer.
On voit déjà se dessiner ici la discussion toujours actuelle sur la question de l’origine acquise ou congénitale de ces lésions.
D’autres auteurs ont fait intervenir les allongements du côlon dans la pathogénie du syndrome décrit par Hirschprung en 1888. Marfan, dans une série d'articles dont les premiers datent de 1895, considère ce syndrome comme le plus souvent secondaire à une coudure recto-sigmoïdienne due à un excès de longueur du côlon ilio-pelvien. Il ne s’agirait là que de l’exagération d’un état normal chez le nourrisson. Cette théorie a été admise pour l’adulte par Bensaude, puis par Romani, et soutenue par Sellié dans sa thèse (1929) qui arrive à confondre mégacôlon et dolichocôlon.
Il. — PERIODE RADIOLOGIQUE ET MEDICALE
C'est à une époque toute récente qu’on a fait du dolichocôlon une véritable entité morbide. Ces étu-
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des sont surtout l’œuvre des radiologistes et restent encore peu développées au point de vue clinique.
La première étude d'ensemble paraît due à Lardennois et Aubourg (1914), qui ont créé le terme de dolichocôlon et d’emblée admis la possibilité d’une origine acquise.
Viennent ensuite les observations de Siciliano (1915), de Belot (1920), les travaux francais de Béclère (1923), de Girault (1926), de Mlle Reichenecker (1929) et de Gaston Durand (1929) qui montrent le dolichocôlon capable de régresser sous l'influence d’un traitement médical approprié.
Les études des radiologistes étrangers, basées sur d'importantes statistiques, démontrent la fréquence de l’affection et esquissent son tableau clinique.
Enfin, Bensaude et Olivier Monod publient un important mémoire sur le dolicho-sigmoïde.
En 1931, Chiray, Lomon et Wahl publient leur belle monographie en insistant sur les tableaux cliniques, la radiologie et la thérapeutique. C’est le premier ouvrage d'ensemble paru sur la question : il prouve que l’on peut faire du dolichocôlon une véritable entité nosologique.
Depuis 1931 paraissent encore des mises au point partielles.
— Bernard et de Tayrac critiquent les théories pathogéniques et les complètent.
— Loeper et Tauzun ajoutent au diagnostic.
— Tauzun publie un article sur « Le déterminisme morbide des dolichocôlons ».
— Nard (Bordeaux 1935) expose une technique nouvelle de colectomie.
— Goinard (Alger, 1936) apporte des statistiques d’auvopsies comme preuve de la fréquence du dolichosigmoïde chez les indigènes musulmans algériens ; — insiste sur quelques particularités du dia-
gnostic différentiel ; — et, adoptant du point de vue opératoire la méthode de Delore (de Lyon) dont il perfectionne la technique, publie quelques bons résultats éloignés de colectomies.
— Biancardini dans sa thèse (Alger, 1936) expose et discute les différentes méthodes du traitement chirurgical du volvulus du côlon pelvien, et insiste déjà sur la fréquence de cette complication chez les indigènes des Hauts Plateaux du département de Constantine.
— Enfin, ça et là, de nombreuses observations de dolichocôlons paraissent, qui toutes apportent un tribut à l’élaboration de la clinique ou du traitement de cette affection déjà assez bien connue, mais à laquelle on refuse place, encore trop souvent, dans les discussions diagnostiques.
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Etiologie CONDITIONS PREDISPOSANTES
La fréquence du dolichocôlon est diversement appréciée des auteurs. Selon différentes statistiques comportant de nombreux examens radiologiques pratiqués systématiquement pour des affections digestives diverses, le pourcentage du dolichocôlon varie de 5 à 10 %. Tous les sujets porteurs de dolichocôlons présentent des troubles digestifs chroniques. Il s’agit donc d’une affection fréquente en pathologie digestive.
L'influence du sexe semble négligable.
C’est la remarque que faisait déjà Chiray en 1931.
L'influence du type morphologique du sujet a été également l’objet de discussions. Les anciens auteurs attribuaient volontiers ces allongements au type asthénique, avec tendance aux ptoses et au relâchement de la paroi abdominale, ainsi qu'aux hernies (Lane).
Les Américains ont voulu mettre ce facteur au premier plan et Carter a décrit deux types extrémes : asthénique et hypersthénique :
— Dans le type hypersthénique (sujet petit, gros, lourdement bâti), le cæcum est haut situé, le descendant droit est long, le côlon pelvien émerge en dehors du pelvis, faisant une boucle circulaire, le canal anal paraît long, l’ampoule rectale de capacité modérée et tout le côlon est hypertonique. Les incisures haustrales paraissent fines et le transit rapide. Il y a tendance aux spasmes et à la constipation spasmodique.
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— Dans le type asthénique (sujet grand, mince, frêle), le cæcum est atonique, dilaté, souvent bas situé, le transverse tombe très bas, le descendant est allongé. Le sigmoïde reste entièrement pelvien, l’ampoule rectale est large, le canal anal court. Tout le côlon paraît atonique, les incisures haustrales sont peu profondes, larges et le transit lent. Il y a tendance au dolichocôlon, à la stase, aux auto-intoxications.
« En réalité, disent Chiray, Lomon et Wahl, cette schématisation nous paraît excessive : le dolichocôlon est loin d’être plus fréquent chez les ptosiques, les asthéniques et les amaigris. »
La race serait un facteur à prendre en considération et ceci a surtout été étudié pour le sigmoïde. Samson note 20 % de dolichosigmoïdes chez les Russes. Il faut rapprocher ces données de la fréquence bien connue du volvulus chez les Slaves. De même dans les populations de l’Inde (Deakin) et chez les nègres d'Amérique, la longueur du côlon serait normalement plus considérable.
Mais il semble difficile d’invoquer une raison éthnologique. C’est plutôt une question d’alimentation.
C’est qu’en effet certains auteurs (Crampe, Farenetzky) ont incriminé le régime végétarien. Certaines notions classiques d'anatomie comparée appuient d’ailleurs cette hypothèse.
L'âge, enfin, paraît des plus variables, mais dans la majorité des cas, le début clinique se fait à l’âge adulte. « Le syndrome ne remonte aux toutes premières années que dans 17 % des cas. C’est là une notion importante qui distingue nettement le dolichocôlon du syndrome de Hirschprung. Celui-ci, sauf exception, se manifeste de façon beaucoup plus précoce malgré l’existence possible de cas latents qui ont été signalés par Bensaude. » (Chiray.)