‹ Contribution à l'étude du fibrome de l'orbiteChapitre 4 sur 4 · CONGÉ · texte numérisé non relu

CONGÉ

NITAL

Tumeur fibreuse, occupant toute la partie supérieure et latérale de l'orbite, ayant une surface d'implantation étendue du trou optique à la partie moyenne de la grande aile du sphénoïde.

Fibrome

. Adhérente à tout le périoste de la cavité orbitaire, dont elle ne peut .être détachée.

Fibrome

Adhérent au périoste.

Fibrome molluscoïde.

Fibrome

mollus¬

coïde

que le Dr Ussel, qui a pris pour sujet de sa thèse inaugurale Le fibrome dans l'orbite et qui a bien voulu mettre à nia disposition tous les renseignements qu’il a recueillis, comprend dans sa statistique ces huit cas que je repousse comme en dehors de mon sujet.

Le Dr Ussel et moi n’avons trouvé dans la bibliographie médicale que dix cas de fibrome de l’orbite, et encore, sur ces dix cas, nous ne possédons que cinq fois l’examen microscopique. Nous donnons ci-contre le tableau de ces dix observations, que l’on retrouvera in extenso dans la thèse du Dr Ussel.

Le premier fait qui se dégage de la lecture de notre tableau établit d’une façon indiscutable l’existence du

fibrome de l’orbite. Il ne faut pas oublier, en effet, que les traités les plus récents (Poulet et Bousquet, Kirmisson), les travaux les plus à l’ordre du jour, se refusent à admettre la possibilité du développement de tumeurs de ce genre dans la cavité orbitaire ou en regardent les observations comme fort discutables. Cette lacune est donc comblée, autant par le cas nouveau que nous apportons et qui est absolument probant que par ceux qui sont consignés dans notre statistique.

Il résulte encore de nos observations que le fibrome de l’orbite peut être congénital ou acquis. Le cas n° 7, dû à Péris et accompagné d’un examen microscopique très complet, établit d’une façon indiscutable la possibilité du développement de ce type de tumeurs dans la vie intra-utérine. Notre observation (n° 10) est également une démonstration du même fait. Bien que notre petite malade affirme positivement que sa tumeur a apparu pour la première fois à l’âge de trois ans, nous pensons, en effet, qu elle est congénitale; nous ne connaissons

pas dans la science d’exemple de fibrome se développant chez des enfants de cet âge, d’une part; et, d’autre part, lu déformation du rebord orbitaire, l’encoche que nous avons signalée et qui est constante dans les kystes dermoïdes de la région, indiquent évidemment l’origine congénitale de la tumeur.

Quant aux fibromes acquis, nous avons relevé dans un cas (n° 5) l’influence du traumatisme; dans les autres cas, nous n’avons pas trouvé d’indications suffisantes pour établir une étiologie bien déterminée. Il n’y a rien là qui doive nous surprendre, les conditions pathogéniques du développement des tumeurs en général étant encore mal connues. Le sexe et l’âge ne fournissent également aucune donnée, néanmoins les femmes paraissent être particulièrement en cause (6 femmes, 3 hommes, 1 cas dont le sexe n’est pas spécifié).

La comparaison des observations nous permet de conclure que le fibrome de l’orbite affecte le plus souvent des connexions plus ou moins intimes avec le périoste de la cavité. Sur les 10 cas que nous avons réunis, 8 fois (n°® 1, 2, 4, 5, 7, 8, 9, 10) ce rapport est noté, 1 fois (n° 3) il est probable, une fois seulement (n° 6) il est formellement nié; ce qui, en n’admettant que les faits dont nous sommes certains, nous donne une proportion de 80 %. De là à admettre que le périoste est dans l’espèce, comme cela arrive très fréquemment, le point de départ des fibromes de l’orbite, il n’y a qu’un pas et nous nous montrons pour notre part fort disposé à en accepter l’idée.

Quant aux autres cas de fibrome auxquels je faisais allusion au début de ce travail, ils se sont développés aux dépens soit du nerf optique, soit de la sclérotique, etc.

Bien qu’ils soient dans l'orbite, je dois les séparer de la description des fibromes de l’orbite proprement dits, en raison des phénomènes spéciaux dont ils s’accompagnent et des symptômes par lesquels ils se manifestent. Ces fibromes sont des tumeurs de l'œil ou de ses annexes et sortent complètement de notre cadre.

C’est dire que la symptomatologie du fibrome de l’orbite proprement dit est très pauvre. Lorsque la tumeur émerge de la cavité orbitaire, comme dans notre cas et dans l’observation n° 6, elle apparaît avec les caractères qui distinguent le fibrome et sur lesquels je ne m’appesantirai pas ici. Tout au plus pourra-t-on la confondre avec un kyste dermoïde, dont elle se distinguera par une consistance plus grande, une forme moins régulièrement arrondie et surtout l’absence de fluctuation. Je sais bien qu’il est souvent difficile d’apprécier ce dernier symptôme lorsque le kyste est très distendu et que, comme dans notre observation, on trouve au niveau du rebord orbitaire, l’encoche caractéristique. Néanmoins on pourra toujours se baser alors sur la forme plus irrégulière sous laquelle les fibromes se présentent. Toutes ces difficultés sont singulièrement aplanies lorsque la tumeur n’est pas congénitale, comme cela arrive dans la grande majorité des cas.

Le diagnostic avec l’exostose simple sera quelquefois fort délicat. Toutefois la dureté toute spéciale du tissu osseux, l’absence de toute mobilité sur les parties profondes et enfin une plus grande régularité de surface, permettront de reconnaître ce genre de tumeur. Au surplus, nous devons remarquer que le fibrome de l’orbite contient souvent des kystes dans son intérieur (Obs. n° 4 et 5) et que d’autres fois il présente des points de ramol-

lissement ou de dégénérescence (Obs. n° 4), particularités que l’on ne retrouve pas dans l’histoire des exostoses de la paroi orbitaire.

Je n’insiste pas sur le diagnostic avec les tumeurs malignes de la région, on trouvera dans les auteurs des indications suffisantes pour éviter une erreur de cette nature. Je laisse également de côté les autres tumeurs bénignes (lipomes, etc.) dont l’existence dans l’orbite n’est pas encore démontrée. Il en est de même du sarcome fasciculé, avec lequel le diagnostic serait fort difficile; mais, outre que la distinction n’aurait qu’un intérêt purement anatomo-pathologique, la conduite à tenir étant la même dans les deux cas, je n’en connais pas dans la science d’observation bien authentique.

Ces considérations m’amènent tout naturellement à parler du pronostic de cette affection et du traitement qu’il convient de lui appliquer.

En soi, le pronostic du fibrome est bénin; extirpé, il ne récidive pas et avec lui disparaissent toutes les complications qui étaient imputables à sa seule présence. Mais il faut se garder d’oublier que, par simple voisinage, il peut amener du côté de l’œil ou de ses annexes des troubles souvent irrémédiables et nécessiter l’énucléation (Obs. nos 3, 6, 8).

Il faut également avoir présents à la mémoire les cas dans lesquels le fibrome a causé l’amincissement de la paroi orbitaire (Obs. n° 3) et rendu inévitables des accidents opératoires graves. C’est pour cette raison qu’il est utile de faire le diagnostic de bonne heure, afin de prévenir par une intervention opportune les complications qui ne manqueraient pas de survenir avec l’accroissement de la tumeur. .

L’extirpation est. en effet, le seul traitement applicable dans l’espèce. Je n’ai pas besoin d’insister longuement. Néanmoins, il faut se souvenir qu’elle sera souvent laborieuse, en raison des adhérences que contracte le fibrome avec le périoste de la région. Le morcellement, la ligature du pédicule (Obs. nos 8 et 9) seront des ressources extrêmes, car il ne faut pas oublier que la récidive est possible (Obs. nos 4 et 5) et qu’elle fait perdre au chirurgien tout le bénéfice d’une intervention anté¬

rieure.

IY

Conclusions.

1° Le fibrome de l’orbite existe désormais en tant qu’espèce morbide définie.

2° Il peut être congénital ou acquis. On ne peut, dans l’état actuel de nos connaissances, en déterminer l’étiologie ou la pathogénie.

3° Il se développe à tous les âges de la vie; il paraît frapper davantage le sexe féminin.

4° Dans la grande majorité des cas, il affecte des connexions intimes avec le périoste de la région, sur lequel souvent il paraît prendre son point de départ.

5° Sa symptomatologie ne diffère en rien de celle du fibrome des autres régions.

6° Le diagnostic sera dans quelques cas fort difficile, en particulier avec le kyste dermoïde et l’exostose simple.

7° Le pronostic est bénin; néanmoins il faut craindre les complications de voisinage, qui ne manqueront pas de se produire avec l’accroissement de la tumeur.

8° Le seul traitement qui convienne est l’extirpation.

Bordeaux. — lmp. G Gounoutlhou, rue Guiraude, 11.

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