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CHAPITRE IV

Pouvoir bactéricide

$ 1. Formol en solution

Ce qui est particulier, c’est que cette substance est surtout aseptique et beaucoup moins microbicide que sa puissance aseptique aurait pu le faire supposer. Ainsi, il en faut une très minime quantité pour empécher et indéfiniment le développement d’une culture et beaucoup plus pour l'arrêter lorsque le développement a commencé.

Dans un litre de bouillon de culture, il faut deux fois moins d’aldéhyde formique que de sublimé pour qu'aucun microbe ne puisse s’y développer ; et si au contraire, on veut tuer les microbes existants et arréter une culture en marche, il faut beaucoup plus d’aldéhyde formique que de sublimé.

Le sublimé est un agent microbicide d’action immédiate et puissante ; les microbes d’une culture sont tués aussitôt par lui et à une dose très faible. Mais son effet cesse presqu’en même temps qu’il se

produit ; et, l'instant d’après, de nouveaux microbes introduits se mettent à pulluler.

L'aldéhyde formique, au contraire. stérilisera moins vigoureusement le liquide de culture ; mais, la stérilisation, une fois obtenue, aura la propriéte de se maintenir presque indéfiniment ; les inoculations y demeureront stériles.

D’après M. Miquel, (Annales de inicrogranhie, T. VI, p. 353), les solutions concentrées d’aldéhyde formique montrent un pouvoir bactéricide radical analogue à celui du chlore, du brome et de l’iode.

A la dose de 1/1009, la solution d’aldéhyde formique a tuéles bactries des eaux d’égoût en cinq heures et les bacilles salivaires en moins de deux heures. Ce dernier r sultat n’est pas atteint par la dose correspondante de bichlorure. (Trillat, Journal de pharm. et chimie, 5° série. T. 99, p1 537).

Les expériences faites par Stahl (Pharm. Zeit, 1893, n° 22) montrent que le formol (40 pour 100 en poids de formaldéhyde) peut être considéré comme très voisin du sublimé corrosif au point de vue microbicide, voire même supérieur à celui-ci en présence d'un liquide albumineux.

M. Berlioz qui, au point de vue du pouvoir infertilisant, range le formol à côté des meilleurs antiseptiques, pense que son pouvoir microbicide, en un temps donné, est très faible. Il a fait tremper des morceaux de toile stérilisée dans des cultures de charbon, de bacille d’Eberth, puis il les a plongés pendant cinq minutes dans une solution de formol à 1 pour 1000,

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1 pour 500, 1 pour 100. Il les a ensuite lavés dans de J'eau stérilisée et déposés dans des bouillons de culture. Tous les bouillons se sont troublés (Dauphiné -médical, janvier 1892).

M. Pottevin a expérimenté le pouvoir bactéricide du formol à différentes températures, et il a montré que l'élévation de température l’augmentait considérablement. Lorsqu'il s’agit de tuer des germes plongés dans l’antiseptique à la température ordinaire, le chlorure de chaux à 1/10 et le sublimé acide à 1/100, sont plus actifs que la solution de formaldéhyde à 42/100. Mais si l’on élève la température à 50°, ils n’agissent pas plus vite que la solution de formol à 2 0/0.

De lanalyse des résultats fournis par l’étude du pouvoir microbicide du formol, on peut conclure d'une façon générale, que les organismes sans spores, immergés en petite quantité dans la solution de formol à 41/1000, sont tués au bout d’un temps variant entre quinze minutes et quelques heures. (Pottevin. Annales de l’Institut Pasteur, nov. 1894).

Comparant l’action du formol et du sublimé, M. Valude a fait l’expérience suivante. Sur des malades devant être opérés, de la cataracte il a pratiqué la veille, sur l’un des yeux la désinfection avec du sublimé à 1/2000 ; sur l’autre œil avec l’aldéhyde formique à la même dose. Le nettoyage a été identique : les deux yeux furent fermés par un pansement imbibé de solution d’aldéh yde formique ou de sublimé suivant l'œil. Le lendemain, au moment de l'opération et à la levée de l’appareil M. Dubief recueillit dans des tubes

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à culture le contenu du sac conjonctival. Sur seize tubes ensemencés avec les produits conjonctivaux des yeux traités par l’aldéhyde formique. quatorze sont restés stériles. Avec le sublimé, au contraire, la pro= portion des tubes ayant cultivé était égale à celle des t1bes restés stériles. On serait tenté, dit M. Valude, de conclure de ces faits, que le formol est un antiseptique plus énergique que le sublimé. Les expériences in vilro démontrent au contraire que le sublimé tue les microbes à plus faible dose. Il semble pour expliquer ces faits, qu’il faille invoquer l’action persistante du formol emprisonné sous le pansement et porté au contact de la conjonctive par les larmes. dans les clignements d’yeux qui se produisent toujours, même lorsque l'œil est fermé par un pansement. Annales d'oculistique, juillet 1893.)

$ 2. — Vapeurs de formol.

À l'état de vapeur. le formol agit incomparablement d’une manière plus sûre et plus rapide, tuant les bactéries et les germes soumis à son action.

Des morceaux de toile de 1 cq sont imbibés de culture de bacille d'Eberth et de bactéridie charbonneuse sporulée. On les suspend dans un flacon dans lequel on fait arriver un courant d’air qui a traversé une solution de formol à 5 pour 100. Toutes les cinq minutes on retire un morceau de toile et on le trans-

porte dans du bouillon placé à l’étuve. La bactéridie charbonneuse est tuée après vingt minutes ; le bacille d’'Eberth après vingt-cinq minutes d’exposition à ce courant d'air.

M. Berlioz a pu stériliser le pharynx et les amygdales en faisant respirer pendant une demi-heure le courant d'air barbottant dans une solution de formol à 5 pour 100. Ces vapeurs pourraient donc rendre des services dans les maladies infectieuses de la gorge et des voies respiratoires.

Le pouvoir microbicide si remarquable des vapeurs de formol à été utilisé par MM. Cambier et Brochet pour la désinfection des locaux et des objets. Ce qui rend leur action efficace, c’est que, outre leur grand pouvoir bactéricide, ces vapeur possèdent la propriété précieuse d’être très pénétrantes, &est-à-dire d’aller détruire les microbes dans la profondeur des sédiments accumulés sous une grande épaisseur. De plus, elles n’ont pas le désagrément d’altérer les métaux et bien d’autres objets. Enfin, elles agissent d'une façon énergique aux basses températures.

Les vapeurs de formol ont un action analogue sur les tissus organiques, comme dailleurs la solution aqueuse. Des fragments de peau fraiche plongés dans une solution même très étendue de formol, l’absorbent rapidement, se durcissent et deviennent imputrescibles. Les médecins allemands ont utilisé cette proprièté pour la conservatlon des pièces anatomiques...

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