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OBSERVATION XIX

Due à l'obligeance de mon excellent collègue et ami

Uribe, interne des hôpitaux.

X... (Victor), 45 ans, polisseur de glaces, entré le 2 janvier 1885, salle Saint-Louis, lit 25, service du D’ Ollivier.

Antécédents héréditaires. — Père mort d'accident. Mère morte de vieillesse à l’hospice de la Salpélrière. Un frère dont il ne peut nous donner de renseignements.

Antécédents hygiéniques. — Travaille comme polisseur de glaces depuis vingt ans; n'avait jamais eu d'affection cutanée. Boit ordi-

Lee

nairement une chopine de vin dans ses repas, mais cela ne l’empêche pas d’avoir fait quelques excès, et il ya 12 ans il a eu des phénomènes d’«absinthisme aigu ». Prend du café une fois par jour et quelquefois un petit verre d'eau-de-vie.

Antécédenis pathologiques. — Très bonne santé antérieure. Signalons cependant une légère bronchite dont le début date de deux ans.

Maladie actuelle. — L’affection débuta, il y a deux mois, par des démangeaisons vives au pli du coude droit; le malade s’aperçut en même temps de l’existence de quelques petits boutons rouges occupani le coude et la face antérieure de Favant-bras. L'éruption devint de plus en plus confluente; d'autre part, elle se montra au cou, à la face antérieure du thorax et de l'abdomen, aux cuisses et aux jambes. Pas de traitement jusqu’à présent.

Actuellement, on constate que l’éruption présente partout les mêmes caractères, et les seules différences que l’on peut trouver au premier abord tiennent à la plus ou moins grande-confluence des saillies papuleuses qui constituent l'élément essentiel de Féruption.

On voit, en effet, qu'à l'avant-bras, où l’éruption se montra d’abord, il existe une éruption confluente, qu’à cerlains endroils les papules arrivent à se mettre en contact, de facon à former des plaques assez étendues, saillantes, d’une coloration rouge, livide et recouvertes de légères squames blanchâtres qui se détachent facilement par le grattage. ;

A côté de ces plaques, on en trouve d’autres plus petites, formées par la réunion de cinq ou six saillies papuleuses séparées par des intervalles où la peau est normale. .

Enfin. à côté de celles-ci, on voit de petites papules qui présentent d’ailleurs les mêmes caractères que celles que nous avons signalées plus haut.

Au bras gauche, on trouve une éruption pareille moins confluente, mais occupant aussi presque exclusivement le côtéde la flexion. A la nuque, même éruption. Sur la région dorsale et thoracique antérieure, quelques papules iselées.

À la région abdominale, éruption plus abondante et qui devient d'autant plus confluente à mesure que l’on s'approche de la région inguinale. Au pli de l’aine, en effet, il existe des plaques comme celles que nous avons signalées au coude droit. Le scrotum, le fourreau de la verge sont également envahis par l’éruption.

Signalons aussi la présence de quelques papules sur la muqueuse du gland.

Eruption également très abondante aux membres inférieurs, où elle occupe presque exclusivement la face interne des cuisses et des jambes, ainsi que le creux poplité, Cette éruption s'accompagne de

démangeaisons très vives. Pas de troubles digestifs. A la poitrine quelques râles sibilants. |

Urines : rien.

2 avril. Le malade sort, mais il reste de larges taches rouges de la grosseur d’une pièce de 30 centimes très abondantes, surtout sur la face interne des cuisses. Les bras et le tronc sont à à peu près guéris.

. Mai. Le malade rentre à l'hôpital pour la méme affection; son état général est bon. On constate des taches brunâtres, foncées, presque violacées, sans élevure de la peau, occupant les AE envahis par l’ éruption, très manifesles, surtout à la partie interne des cuisses. À n'y à pas eu de nouvelles poussées. L'état général est toujours

on.

OBSER VATION XV.

(Personnelle.)

La nommée X... (Marie), âgée de 22 ans, se présente à nous, le T1 juin 1883, envoyée par notre excellent ami, de Molènes, interne des hôpitaux.

La malade est née de père et de mère bien portants. Elle à cinq frères ou sœurs qui jouissent d'une bonne santé. Il n’y à pas de maladies de peau dans la famille.

A part quelques manifestalions strumeuses très légères dans son enfance, la malade s’est toujours bien porlée. Elle est seulement très nerveuse, et, bien que jamais elle n’ait eu de véritables attaques de nerfs, elle se met facilement en colère et pleure pour un rien, En outre, elle est d'habitude très constipée; eependant, elle n’est point sujette aux migraines.

Depuis l'âge de 16 ans, elle est bien réglée. Pas de grossesse.

L’affection actuelle a débuté, il y a 2 mois, par de petites boutons sur la face antérieure de l’avant-bras gauche, prurigineux, et semblables à ceux qu’elle a maintenant. Ils ont persisté un mois, sans envahir d’autres régions du corps. Au bout de ce temps, une éruption semblable s’est montrée successivement aux cuisses, à la ceinture, au bras droit, Les poussées se sont effectuées d’une façon intermittente, et à quelque intervalle de temps l’une de l’autre. Comme traitement antérieur au jour de la venue à l'hôpital : huile phéniquée, à l'extérieur; solution de composition ignorée de la malade, à l’intérieur. Il a été suivi huit jours environ.

Etat actuel. -— 7 juin 4883. L'éruption occupe les avant-bras, les bras, la ceinture, la partie supéro-interne des cuisses.

Avant-bras gauche. — L'éruption, localisée à la face antérieure, consiste en une série de pelites papules, grosses comme une tête d'épingle, de couleur presque rosée, aplatis à leur sommet, qui paraît plus brillant que le reste de la papule, légèrement saillants audessus du niveau des téguments; polygonales et en rapport avec les plis de la peau. Il n’y a pas d’ombilication bien nette. Sur certaines d’entre elles — les plus volumineuses — on aperçoit une toule petite squame. En certains points, elles commencent à se grouper, sans former encore de véritables plaques; el à ce moment. la desquamation devient plus abondante. Certaines se disposent en séries linéaires (probablement sur des lésions de grattage). Cependant, le prurit est presque nul. Hyperidrose axillaire très marquée.

Avant-bras droit. — Papules beaucoup moins abondantes, mais symétriquement placées. Certaines sont taillées en petites facettes ; ce caractère n'apparaît bien neltement que lorsqu'on regarde le membre avec une certaine incidence de lumière.

Bras. — Deux ou trois petites papules isolées.

Tronc. — Au niveau de l'insertion sternale du sterno-mastoïdien gauche, entre les seins, on trouve quelques papules disséminées, sans Caractères spéciaux. À 5 centimètres au-dessus de l'ombilic, plaque ovalaire de 2 centimètres environ de diamètre, d’un jaune noirâtre. En ce point l'éruption a été confluente, elle est maintenant guérie. La pigmentation seule persiste : la plaque ne fait absolument aucun relief. Mais c'est surtout à la ceinture que l'éruption est abondante. Les papules, plus rouges, plus saillantes, plus squameuses, tendent à se confondre et à former de véritables placards. Sur quelques-unes, on aperçoit, au sommet, un petit point noir déprimé, dépourvu de poils. Ceux-ci, rudimentaires, s’observent dans les intervalles laissés par les papules.

Du flanc droit part une bande large de quatre travers de doigt environ, sur laquelle on voit des papules de lichen plan, isolées, avec leurs caraetères ordinaires.

Sur le sacru‘n, on note de véritables plaques, sillonnées de plis, très rugueuses au toucher, squameuses. La peau, à ce niveau, est très sèche.

Ganglions inguinaux nombreux dans les deux aines. (La malade a nié tout antécédent spécifique.)

Cuisses. — A la face interne des tiers supérieurs de chaque cuisse on voit des papules isolées et des papules confluentes. Ces dernières forment.des plaques d’un rouge foncé, arrondies ou ovalaires, et recouvertes de pelites squames fines, blanchâtres. Sur une de ces plaques, large comme un grain de millet, le centre est affaissé, uni, les bords encore un peu saillants. Elle 4 une couleur brunâtre. (Lésion en voie.de disparition.) :

Lésions de grattage au-dessus du condyle interne droit. Plusieurs papules, disposées en séries linéaires, s’observent à ce niveau.

Les jambes étaient saines.

L'éruption, dans son ensemble, est peu prurigineuse, sauf au niveau de la ceinture.

L'état général de la malade est très bon. Elle ne veut pas entrer à l’hôpital. Afin d'observer l'influence des lésions de grattage sur le développement des papules, nous pratiquons, au n'veau de la face externe du bras droit et avec la pointe d’une épingle, deux légères excoriations linéaires.

Trailement. — Bains simples; arsenic à l’intérieur : trois gouttes de liqueur de Fowler avant chaque repas.

20 juin. Aucune papule de lichen ne s’est produite sur les lésions de grattage. L’éruption n’a subi aucune modification.

OBSERVATION XV bis.

(Personnelle, )

La nommée X..., cartonnière, âgée de 46 ans, nous esl adressée le 16 juillet 1883, par M le Dr Besnier. C’est une femme blonde, d'aspect lymphatique, ayant eu, dans son enfance, diverses manifestations strumeuses (impetigo du cuir chevelu, maux d’yeux, etc.). Habituellement constipée, elle est très sujette à de violentes migraines, qui durent au moins vingt-qualre heures, et qui produisent Pinsomnie. D'un tempérament nerveux elle se met en colère « pour rien ». Elle n’est pas syphilitique et n’a jamais eu d'autre maladie de la peau que celle qui l'amène aujourd’hui à l'hôpital. Réglée à 14 ans, elle s’est mariée à 19, avec un individu alcoolique et tuberculeux. Elle a eu onze enfants : sur les onze, six vivent et se portent bien.

Depuis deux ans, la malade avait des démangeaisons violentes dans les flancs et à la ceinture. Mais, prenant peu de soin de sa personne, elle ne peut nous dire exactement l’époque à laquelle remonte le début de l’éruption qu’elle porte, et qu’elle attribue à une émotion violente, le jour de la mort de son mari, il y a environ deux mois.

Aujourd’hui, cètte éruption est presque généralisée à tout le corps, sauf à la tête et à la moitié inférieure des jambes. Sur le thorax el dans le dos, on ne trouve que quelques papules de lichen plan, brillantes, en facette, offrant la teinte vitreuse caractéristique. Sur les bras, outre les éléments disséminés, on voit qu’au pli du coude, à la face antérieure des avant-bras, au-dessus des poignets, l'érup-

Laverene. k

mn

tion est plus confluente et forme là de petites plaques, légèrement

saillantes, avec une fine desquamation-furfuracée qui n ’existe pas sur les papules isolées. Sur certaines de ces dernières, on voit très neltement, à l'œil nu, une ombilication centrale.

C’est surtout au niveau du dos, des flancs, de la HT que, papules et plaques sont nombreuses. Elles présentent tous les caractères du lichen plan, mais elles sont surtout remarquables par l'aspect circiné des contours formés par plusieurs plaques voisines. On ne constate pas de ganglions engorgés dans les aines. Sur les cuisses, au creux manie on retrouve les mêmes éléments, tantôt disséminés, lanlôt remis er groupes et recouverts alors de fines squames ; au niveau du sacrum et de la partie supérieure du sillon interfessier, les plaques de lichen reposent sur un derme épaissi, sec ; la maladie, en ces points, tend à prendre la forme cornée. Les frottements répétés, auxquels ces parties sont soumises, ont fait disparaître la desquamation, et on ne voit plus sur les plaques les sommels distincts des papules. :

Les muqueuses sont saines. L'élat général est bon; mais ce qui tourmente la malade, c'est l'intensité du pruril. En divers points, en effet, on constate la présence de lésions de grattage.

La malade me veut pas entrer à l'hôpital. Elle viendra nous voir toutes les semaines,

Traitement. — Solution arsenicale 0,10/500, deux cuillerées par jour. Pommade à l'acide pyrogallique 10/200. Baïns d’amidon trois fois par semaine.

22 juillet, Pas beaucoup d'amélioration. Démangeaisons très vives.

Le 30. Douleurs très vives sur les cuisses.

6 août. Grande amélioration. Disparition du prurit.

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