‹ Contribution à l'étude du mode d'action de la craniectomieChapitre 36 sur 45 · RAR · texte numérisé non relu

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tiques soumis à la trépanation. Nous avons même dû, à ce sujet discuter la théorie de M. Pierret.

Pour ce qui est de la manière dont le crâne répare ses pertes de substance, les auteurs ne sont en désaccord que sur des nuances. Tous reconnaissent l’infériorité du crâne sous ce rapport vis-à-vis des autres parties du squelette.

Lorsqu'un chirurgien a enlevé dans une opération un Jambeau de erâne un peu important, c’est à peine souvent si la perte de substance est un peu diminuée longtemps après par une légère prolifération des rebords osseux.

C’est au point que certains ont mis en doute la possibilité de la réparation des fractures et des pertes de substance cranienne par du tissu osseux.

La dure-mère et le péricrâne qui fournissent cependant au crâne ses vaisseaux propres Sont loin de jouer dans les pertes de substance cranienne un rôle aussi actif que le périoste des os longs des membres. Notre maître M. Ollier a lui-même insisté sur la faible imporlance de la dure-mère pour la réparation des os du crâne. La difficulté habituelle de la réparation osseuse du crâne est un phénomène commun aux animaux et à l’homme quoique bien plus évident chez ce dernier.

Les lambeaux osseux détachés du crâne et laissés adhérents au péricrâne ou même entièrement enlevés, fragmentés puis remis en place (procédé de Keen), peuvent continuer à vivre, le fait est certain aujourd’hui. La soudure osseuse peut même se produire, mais les sillons creusés dans le crâne ne sont souvent comblés en grande partie et pendant longtemps que par du tissu fibreux; la réparation osseuse de ces étroits sillons est incomplète et lente.

Ce résultat est constant que les sections osseuses soient faites à la scie ou au ciseau. Toison‘, de Lille, veut que les sections à la scie se séparent plus rapidement que les sections au ciseau. Peu nous importe ce détail, il suffit de regarder les figures qu’il donne à l’appui de son opinion, pour se convaincre que les sections même étroites faites à la scie sont encore loin de se séparer avec perfection et rapidité. Il n’y a pas là l’exubérance du tissu osseux, telle qu’on la voit se produire dans le reste du squelette. D’ailleurs les assertions de Toison n’ont pas tardé à être contredites, et on ne saurait considérer comme prouvé que les sections à la scie font exception à cette loi générale : la difficulté de la réparation des pertes de substance cranienne.

Sarchi Ercole? dans un travail récent où il aftirme la possibilité de réparer facilement par la transplantation des fragments osseux les pertes de substance faites en chirurgie cranienne, confirme que chez le lapin trépané la brèche osseuse se remplit d’un tissu fibreux qui ne s’ossifie jamais. Lorsqu'on transplante dans la brèche cranienne des fragments osseux, il constate qu’ils se soudent aux bords de la brèche, mais par lintermédiaire de tissu fibreux.

D’autres recherches ont infirmé quelques-unes de ces données. En particulier notre maître M. Jaboulay a pu voir la soudure de couronnes de trépan se faire en plu-

1 Toison, de Lille, Ve congr. fr. de chirurgie.

? Sarchi Ercole, Di modo di riparare le perdite di sostanza del cranio, plastiche della dura-madre (Riforma medica, p. 337, 4 août 1893).

sieurs points par du tissu osseux chez les opérés. Mais rien dans les expériences ou les recherches entreprises à ce sujet ne nous a paru comparable à l'hyperostose qui succède si souvent aux foyers de contusions céphaliques, dans les cas d'accidents cérébraux tardifs.

Mais une chose nous a frappé : c’est que cette hyperostose n’est pas exclusive aux cas traumatiques de troubles cérébraux. L’épaississement des os du crâne avec condensation se retrouve dans beaucoup d’affections cérébrales : chez les épileptiques, chez beaucoup d’aliénés, chez les idiots elle est fréquente. M. Lannelongue et bien des chirurgiens l’ont notée dans l’idiotie. Dans l’hydrocé phalie même on la trouve parfois quoique le crâne soit obligé de s'étendre en quelque sorte en surface pour se prêter à l’ampliation de volume de son contenu.

Dans certains cas de folie, de démence, à la fin de la paralysie générale elle existe encore, quoique relative, si l’on tient compte des phénomènes atrophiques que les états de déchéance nutritive qui frappent ces malades déterminent sur tout le squelette,

M. Pierret avait sur ces constatations édifié sa théorie de la circulation collatérale, à laquelle on l’a vu, nous n'avons pu nous rallier.

Mais cette découverte de l’hyperostose cranienne dans les affections cérébrales date de longtemps.

Ges faits avaient attiré l’attention depuis plusieurs siècles. Sans remonter si loin, Gall { y a insisté beaucoup pour montrer le rôle du cerveau sur le développement du crâne à l'état morbide. Ses recherches ont établi la fré-

! Gall, Les fonctions du cerveau, Vol. III.

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quence de l’épaississement et de la condensation du crâne dans certaines affections cérébrales, mais avec une modestie digne d’être imitée, il cite de nombreux auteurs dont les recherches prouvent le même fait, entre autres celles de Bichat sur les têtes de maniaques, de Greding, de Curt Sprengel et des observations d’Esquirol.

Après avoir ouvert avec son collaborateur Spurzheim un grand nombre de crânes d’aliénés, Gall! a constaté que « lorsque l’aliénation a été de courte dure, le crâne n’offre Souvent pas encore la moindre trace d’altération maladive, à moins que la maladie ne se soit développée insensiblement et de manière à ne se prononcer qu'après un long espace de temps. Mais lorsque la maladie cérébrale est chronique, On trouve outre les lésions cérébrales et méningées » «que les os du crâne s’épaississent, maisils ne deviennent point comme dans la vieillesse, Spongieux et plus légers, mais tout au contraire plus denses, plus compactes, plus pesants, etse rapprochent de la nature de l’ivoire. Plusieurs médecins avaient remarqué cette circonstance, mais loin de la regarder comme une suite de la maladie cérébrale, ils La considéraient comme sa cause ».

On ne manquera pas de nous reprocher de nous appuyer sur l’opinion de Gall que des exagérations évidentes sur plusieurs points, et ses erreurs énormes ont fait beaucoup décrier. Cependant on ne saurait nier les services rendus par cet auteur à la science. Il sut en particulier mettre en évidence les rapports des tubercules quadrijumeaux avec l’appareil optique et les fonctions visuelles, et le premier contesta à la couche optique le rôle qu'on lui à encore

! Gall, Les fonctions du Cerveau, t. III, p. 89. L. M. 16

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