XVIII OBSERVATION
Elie fut publiée par M. Mr£ran en 1914 à la Société de Dermatologie et de Syphtligraphie.
S. Blanche, âgée de 42 ans, ménagère, vient nous consulter à l’hospice La Rochefoucauld, le 30 avril 1914, parce qu'elle à au cou des cicatrices disgracieuses et qu'elle souffre des jambes.
Au cou : elle présente en effet, en arrière du maxillaire, des cicatricés irrégulières et déchiquetées, dont deux sont
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accompagnées de lésions inflammatoires en activité, et qui ressemblent, au premier abord, à des reliquats d’adénopathies tuberculeuses, mais la malade dénie tout anté-
cédent ganglionnaire et on constate d’ailleurs que toute la
peau du cou, en avant comme en arrière et sur les côtés, présente une altération spéciale d’atrophie avec relâchement (cutis laxa), ainsi que de coloration jaunâtre.
Des placards analogues se ‘rencontrent en différents points du corps, mais un peu variable d'aspect, suivant la période d'évolution. …
Ces placards siègent sur la totalité du pourtour du cou et dans toute sa hauteur, aux plis des coudes, aux plis ingui-
naux et inguino-vulvaires, au plis périnéal, aux creux po-
plités.
Remarquons l'intégrité parfaite du visage, du cuir chevelu, des coudes, de là paume des mains et de la plante des pieds (où pourtant on trouve quelques lésions analogues au durillon initial du mal perforant), ainsi que de la face d'extension des membres.
La lésion du cou est la plus intéressante à examiner parce qu’on y saisit très nettement le mode de développement de cette lésion cutanée.
À la nuque, dans la partie supérieure, sans qu'il y ait la moindre altération du système pileux, la peau est de couleur jaunâtre d’un jaune safran identique à celui du xanthome. La peau est douce, de consistance un peu caoutchoutée, faisant de nombreux plis mamelonnés ou cérébriformes, comme une peau trop lâche, dans les mouvements de renversement de la tête en arrière. Au lieu d'être lisse au toucher et que le doigt glisse à la surface, la peau est légèrement âpre comme la peau d’une pèche. Les pores de la peau sont élargis. On ne voit pas de follets à la surface, il reste des cheveux normaux à la partie supérieure de ja nuque. À la périphérie, le placard jaune prend une apparence réticulaire, les mailles du réseau semblent
‘* entourer les orifices pilo-sébacés. Cette altération xanthomateuse de la peau paraît être le stade terminal de l’évolution morbide. On y trouve même, tout à fait à la périphérie, quelques petites cicatrices blanches ordinaires.
La partie inférieure de la nuque, au contraire, est d’un aspect différent : le placard est là de couleur liliacée et la peau est déjà atrophiée à ce niveau, car elle est à un niveau inférieur aux téguments périphériques, et lorsqu'on passe le doigt de lhaut en bas on sent un ressaut très net lorsqu'on passe de la peau malade à la peau du dos.
‘Ce placard lilacé est seulement atrophié, sans coloration
- jaune. À la face antérieure du cou, on trouve le même état d’atrophie sans coloration jaune. Mais il existe aux deux régions sous-maxillaires, cinq cicatrices irrégulières, déchiquetées, analogues aux cicatrices d’adénopathies tuberculeuses, mais qui en diffèrent par le fait qu’elles sont purement cutanées et n’ont aucun rapport avec l’hypoderme ou les tissus sous-jacents.
Le point le plus intéressant, c’est qu’il existe, au pour” tour, dans la zone d'extension des placards xanthodermiques ou érythémato-atrophiques, des lésions inflammatoires en activité, dont l’une, située à la partie supérieure de la nuque gauche, est formée de trois tubercules juxtaposés, de la dimension d’une lentille, développés au voi- #. sinage de six petites cicatrices, reliquats de lésions anté-
rieures identiques. Ces tubercules sont durs, de couleur jambonnée, un peu saillants et sont vraisemblablement des tubercules syphilitiques.
Le placard abdominal nous montre, au-dessus de l’om-
bilie, un groupe d’une cinquantaine d'éléments arrondis,
érythémato-purpuriques, de la dimension d’une lentille. et disposés en coup de plomb comme les éléments d’une syphilide. Chacun des éléments érythémato-purpuriques est déprimé, montrant la tendance atrophique du processus. Ce placard non inflltré est mélangé de taches jaunä-
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tres xanthomateuses un peu saïllantes, ayant l'apparence d’une petite couronne jaunâtre entourant un pore de la peau. Lorsque, par la pression, on diminue l'intensité de la coloration rouge, on voit que toute la surface cutanée est envahie par ce processus xanthomateux miliaire. Ici, en effet, les taches jaunes prennent un peu l'apparence du milium, ce qui semble établir la parenté du pseudo-xanthome élastique avec le milium.
Aux aisselles et aux plis inguinaux, qui sont atteints sur
une très vaste étendue, jusqu'à l'abdomen vers en haut, sur un travers de main en hauteur vers en bas, on trouve seulement l’état xanthomateux d’ailleurs peu intense er la laxité cutanée avec une sorte de doublure profonde graisseuse. Aux aisselles, il persiste quelques poils.
Aux plis des coudes, l’état xanthomateux existe, avec un maximum aux plis même et revêt l'apparence d'une dentelle, sans altération inflammatoire d'aucun ordre.
Aux creux poplités, mêmes choses, mais le développement périfolliculaire est plus évident.
On trouve, en outre, à la fesse droite, à la crête iliaque droite postérieure, à la crête iliaque gauche postérieure, des petites lésions érythémato-squameuses circinées, qui ont toutes les allures de syphilides frustes.
Cœur normal. |
Poumons normaux.
Rien à la bouche.
Pupilles normales, sans signe de Robertson. Réflexes rotuliens et achilléens un peu exagérés.
Les viscères abdominaux sont normaux.
Les urines ne renferment ni sucre, ni albumine.
Cette femme souffre depuis quatorze ans des jambes, au point qu'il lui est souvent impossible de rester debout et à plus forte raison de marcher. Ces douleurs sont souvent spontanées et particulièrement accusées la nuit, où elles empêchent tout sommeil. La pression réveille de vives
tp
douleurs tout le long de la face antéro-interne de chatue tibia, où l’on sent, de place en place, quelques légers empâtements périostiques. Il s’agit là de périostoses subaiguës, périostoses syphilitiques froides comme je les ai appelées, qui s’accompagnent parfois d’œdème à la fin de la journée, au bas des jambes'et qui sont d’une virulence atténuée comparable aux lésions du cou. |
La réaction de Wassermann est partiellement positive : W +. WD +.
Cette femme a eu la syphilis il y a vingt-quatre ans. Elle a été contaminée par son mari.
Elle a eu sept enfants :
N° x, em 1893 : mort-né;
N° 2, garçon 0 ans : cardiaque:
N° 3, morte de cholérine à 6 mois:
N° 4 Yvonne, 13 ans;
N°5, Jeanne, 12 ans;
N° 6, Robert, 8 ans:
N° 7, René, 4 ans. ds Pas d'examen histologique, mais M. Darier, qui a vu la malade, confirme le diagnostic de pseudo-xanthome.