Yvon, Manuel d'analyses des Urines
a pris l’observation extrêmement intéressante d'un homme normal soumis pendant trente-trois jours à un régime alimentaire varié, mais à une quantité de boisson rigoureusement égale chaque jour. Cet homme, condamné au repos, à un régime alimentaire toujours identique, était mis ainsi à l’abri des diverses influences que nous avons énumérées. Son débit urinaire quotidien permit de constater, comme la montré le tableau I, emprunté au travail de M. Roger, que la moyenne de la diurèse est voisine de 1.500 grammes dans les vingt-quatre heures, que les écarts les plus considérables, d’un jour à l’autre, peuvent atteindre 500 grammes, mais dépassent rarement la moyenne de 300 grammes, et que la courbe d'élimination subit des oscillations intermédiaires entre 1.200 et 1.900 grammes comme chiffres . extérieurs.
Ces oscillations physiologiques forment certainement,comme le dit M. Roger,un cas particulier d’une loi générale : il n’y a pas de mouvement uniforme dans la nature, tous les phénomènes qui s’y accomplissent se déroulent suivant une courbe à ondulations plus ou moins régulières. La nutrition répondant à cette formule, la sécrétion urinaire qui en dépend complètement, doit naturellement présenter un certain nombre de modifications en rapport avec les variations que subit constamment l’activité des échanges.
Ce mouvement rythmique de la diurèse est fréquemment troublé ou mème bouleversé,dans nombre : de cas pathologiques. Le retour à la santé chez un
fébricitant s'accompagne souvent de brusques débâcles urinaires. Les mêmes phénomènes de crise urinaire annoncent fréquemment la convalescence des maladies infectieuses, telles que la pneumonie ou la dothiénentérie.
Une polyurie très passagère termine les crises nerveuses et hystériques, la fausse angine de poitrine ; elle se rencontre aussi dans les sciatiques, les lésions bulbaires.
L’oligurie se rencontre dans les pyrexies, dans le cours des maladies infectieuses ou dans les affections accompagnées de déperditions aqueuses telles que la dysenterie, l’étranglement herniaire. Cette oligurie est souvent coupée de crises urinaires.
Les cardiaques présentent souvent de grands troubles dans leur élimination urinaire : celle-ci est augmentée dans la myocardite scléreuse et,au contraire, diminuée ou même supprimée dans l’asystolie, dans l’infarctus double des reins. Dans tous les cas, son instabilité est suffisante pour qu’on puisse la traiter d’arythmique.
Les modifications de la diurèse se rencontrent surtout dans les affections du rein. L’oligurie souvent très irrégulière est la caractéristique des néphrites aiguës et parenchymateuses ; les alternatives de rétention et de débâcle sont habituelles dans la néphrite calculeuse avec hydronéphrose. La polyurie peut être due aux affections de la vessie et de la prostate retentissant sur le rein par action réflexe : enfin la polyurie avec oscillations se rencontre très
et
fréquemment dans la néphrite scléreuse interstitielle ; tel le cas de ce brightique du service de M. Gilbert qui urinait à deux jours d'intervalle 4oo grammes,et 4 litres au moment de la résorption
d’un œdème,
Le diabète sucré et azoturique s'accompagne d’abondante polyurie soumise généralement à de grandes oscillations. M. Roger, dans son travail présente deux courbes de néphrite interstitielle avec légère polyurie ; une troisième courbe montre les -oscillations de l’élimination d’un diabétique pendant une période de dix-huit jours. Quoique accentuées dans les deux premières courbes, les variations semblent bien légères à côté de celles indiquées dans la troisième courbe.
Mais la diurèse est aussi extrêmement modifiée dans ses caractères au cours des maladies du foie. L’oligurie terminale était connue depuis longtemps dans ces affections, mais l’étude méthodique des autres variations de l’élimination urinaire avait été laissée de côté.
C'est en 1899 que Chauffard et Castaigne firent connaître que certains hépatiques présentaient des minima et maxima de l’élimination aqueuse, coïncidant souvent avec des variations de l’émission de l’urée et des pigments biliaires. Ils décrivirent aussi, dans ces cas, l’intermittence de l'élimination du bleu de méthylène, considérant ce phénomène comme un signe de l'insuffisance hépatique ; enfin,
He ils donnèrent à toutes ces manifestations une pathogénie toxi-infectieuse.
Laspeyres, en 1900 (1), fit l'étude des variations horaires diurnes et nocturnes, qui peuvent se rencontrer dans les affections hépatiques.
En 1901, MM. Gilbert et Lereboullet (2), puis Lecerf (3), ont étudié, par l'examen fractionné, toutes les quatre heures, l'influence de la digestion dans les anomalies de l'élimination urinaire chez les hépatiques. Ils ont constaté une inversion du rythme normal de l'élimination aqueuse, accompagnée souvent d’une inversion parallèle du rythme colorant. Ils constatèrent en effet des modifications de l'élimination horaire coïncidant avec la période digestive et caractérisées par un retard. Le nom d’opsiurie fut donné à ce phénomène qui se ren-. contre précocement au début de l’hypertension portale dont ilest certainement un des signes prémonitoires.
MM. Gilbert et Lippmann (4) étudièrent ensuite les inégalités excessives de l'élimination urinaire quotidienne chez les hépatiques. Ils décrivirent l’anisurie en 1906, sujet dont l'élève da professeur Gilbert,
1. Laspeyres, Deutsche Arch. 1. Klin.med., 1900, vol. LXVIII, D 170
2. Gilbert et P. Lereboullet, De l’opsiurie. Société de Biologie, mars 1901. ; $ :