À — AFFECTIONS CHIRURGICALES
La douleur est un des quatre signes cardinaux de l’inflammation dont elle est généralement la première manifestation. Si la région enflammée est accessible à la vue et au toucher, on y constate en outre de la chaleur, de la rougeur et de la tuméfaction. Mais si l’inflammation siège dans un organe profond, ces trois derniers signes passent inaperçus et seule la douleur témoigne de la souffrance de l’organe envahi par le processus pathologique. Douleur vraiment bienfaisante et dont il faut écouter la voix puisqu'elle avertit l'organisme du danger qui le menace. Quand nous disons que seule la douleur dénonce l’inflammation, nous n'oublions pas les symptômes généraux plus ou moins graves qui accompagnent toute infection. Mais ces derniers sont moins spécifiques.
La douleur spontanée n’est malheureusement pas toujours bien localisée, elle peut-être diffuse, elle peut rayonner autour de l'organe malade et il est alors difficile d'en préciser le point de départ. En outre la douleur a souvent des rémissions qui donnent au malade une sécurité trompeuse. Et cependant, il faut absolument que le médecin sache où siège le mal. C’est alors que
DNA E le praticien fait appel à la douleur provoquée. Celui dont la noble mission est d’épaiser la douleur doit, précisément dans ce but, chercher à la provoquer, ne tût-ce qu’une seconde, pour lutter efficacement contre elle.
La palpation permet de localiser une douleur diffuse ou de réveiller ou d’exacerber une douleur peu intense. Il est en effet de notion courante que la pression directe ou indirecte d'un organe enflammé y provoque une douleur ou augmente celle dont il est le siège. Dans ce but, le médecin devra pratiquer pour les tormes chroniques, ce que M. le Professeur agrégé Guyot appelle le palper chirurgical, c’est-à-dire qu'il devra déployer une certaine force, exempte de brutalité, pour provoquer une douleur qu'une palpation superficielle serait incapable de révéler. Ainsi, dans cette maladie à symptômes généraux graves qu'est l’ostémyélite des adolescents, c’est par la palpation méthodique et la pression énergique des régions juxta-épiphysaires des os que le médecin provoquera la douleur revélatrice de cette maladie.
Le palper chirurgical est plus particulièrement utile lorsqu'il s’agit d'explorer la sensibilité d’un organe profond. Nous nous souvenons d’un abcès du foie longtemps méconnu, qui fut dépisté au premier examen par M. le Professeur Guyot, grâce à un point extrêmement douloureux à la pression forte, que présentait le malade dans un de ses espaces intercostaux.
Cependant dans les affections aiguës des viscères, le palper chirurgical devra être très prudent et modéré, sinon il pourrait être dangereux.