I. — Historique
L'histoire de l’oxygénothérapie hypodermique peut être partagée en trois grandes périodes : une période d’études physiologiques, une période d'applications thérapeutiques incerlaines, et enfin une période de précision dans les indications.
Les premières tentatives d'administration de l'oxygène par la voie sous-cutanée remontent à 1776, lorsque Spallanzani, cherchant à étudier les effets physiologiques de ce gaz, en injecte dans le tissu cellulaire de la souris; il remarque alors que l'animal supporte très bien l'opération, que la tuméfaction provoquée par l'injection disparait, et que le sang présente un aspect rutilant. En 1850, Paul Bert démontre l'absorption complète du gaz par le tissu cellulaire sous-cutané. En 1839, Demarquay et Lecomte, étudiant les modifications des gaz injectés sous la peau, montrent que la poche gazeuse fonctionne comme un poumon, collectant de l'acide carbonique en même temps que l'oxygène est absorbé.
IL faut arriver au xx° siècle pour assister à l'application à la thérapeutique de l'oxygène en injections sous-cutanées. La première injection d'oxygène faite à Fhomme le fut d’ailleurs sous le coup du hasard. L'année 1900, un médecin espagnol, Domine (de Valence), en injectant du sérum à un typhique, laissa pénétrer accidentellement de l’air sous la peau du malade : « Les effets furent si surprenants, écrit-il, qu’ils m'amenèrent à réi-
tetes
térer, dans ce cas et dans plusieurs autres, non plus des injeclions d'air, mais des injections d'oxygène que je considérais comme le principe actii. » Reprenant cette étude, il en publie, en 1902 et en 1906, les résultats en collaboration avec Chabas. L'apparition de ces travaux excita vivement la curiosité des chercheurs. Sans trop déterminer les indications exactes de cette nouvelle thérapeutique, on l’applique à tout propos. Croyant avoir en main un remède universel, on en estime toutes les affections justiciables, à tel point que de graves erreurs sont commises. Sans provoquer toutefois des accidents mortels, les résultats ne donnent pas la satisfaction que l’on en attendait ; un violent mouvement de réaction se produit dans l'opinion médicale qui laisse tomber dans le discrédit cette méthode thérapeutique dont elle n'avait pas su délimiter les indications.
C'est à Louis Ramond que revient le mérite d'avoir repris l'étude des injections d'oxygène et de les avoir utilisées en France à bon escient, obtenant de véritables résurrections dans les asphyxies et en particulier celles d'origine exogène. De nombreux travaux ont paru depuis la publication de ses articles dans le Progrès médical. À remarquer, en particulier, la thèse de Béraud (Paris, 1911), les travaux de Martin Helsmoortel, Garrelin, Gouraud, Bayeux, inventant son oxygénateur ; de Martinet et Haeckel sur les états hyposphyxiques. Depuis, Phipps en 1916, Laroche en 1920, et Delille en 1922, contribuaient à l'étude de cette méthode thérapeutique. Leloup, en 1926, expose dans sa thèse les résultats qu'il obtient en utilisant l'oxygène naissant.
I!. — Modes d’action et avantages.
Les injections sous-cutanées apportent directement l'oxygène au contact des tissus, des vaisseaux et du sang. Paul Bert en a démontré l'absorption, et Demarquay et Lecomte ont montré par quel mécanisme. Il résulte de leurs recherches que, tandis que les vaisseaux et le tissu cellulaire absorbent l'oxygène injecté, il se produit contemporainement un dégagement de gaz carbonique que nous avons mis en évidence expérimentalement en
ponctionnant la poche plusieurs heures après l'injection; en faisant barboter dans de l’eau de chaux le gaz qui s'en échappe, on constate le louche du liquide.
Cette méthode présente un grand nombre d'avantages. En apportant l'oxygène au sein même des tissus, on est certain de son absorption, certitude dont on est loin d'approcher quand on s'adresse aux inhalations que l’on pratique dans un poumon contenant toujours de l'air résiduel et de l'oxyde de carbone en élimination et que la respiration artificielle ne réussit pas toujours à déplisser complètement. D'ailleurs, Martinet, dans sa « Thérapeutique clinique », déclare que, dans les états asphyxiques, autant l'absorption de l’oxygène par les voies respiratoires est faible et peu efficace, autant l’eftet de l'injection sous-cutanée est actif et probant. Au point de vue subjectif, l’inhalation laisse au malade une impression de sécheresse et de brûlure au niveau des voies respiratoires et digestives supérieures, tandis que l'injection sous-cutanée faite à une vitesse suffisamment réduite ne doit laisser ressentir qu'un léger picotement ou même simplement une sensation de distension.
Enfin, la méthode hypodermique offre aux praticiens une série d'avantages que nous devons mettre au premier plan : tandis que les inhalations exigent l'application d'un masque, l’utilisa-
tion d'appareils détendeurs et de manomètres, l'emploi de.
grandes quantités d'oxygène contenu dans des récipients d'une manipulation souvent malaisée, les injections sous-cutanées d'oxygène peuvent être pratiquées en n'importe quel lieu, et avec un appareillage de fortune n'exigeant qu'une quantité minime de gaz. Nous allons d'ailleurs passer rapidement en revue les principaux dispositifs et appareils imaginés par les cliniciens et les constructeurs.
IT. — Les appareils à injections hypodermiques,
leurs avantages, leurs inconvénients.
Nous devons décrire tout d’abord l'installation de fortune qui fut utilisée dans les premiers temps et qui est encore susceptible de rendre de grands services en cas d'urgence,
A la tuyauterie d’un ballon d'oxygène du type habituel des hôpitaux, on adapte une aiguille à injection hypodermique après avoir intercalé dans le parcours un tube stérilisé contenant un tampon d'ouate stérile destiné à la filtration des corps étrangers entraînés par le courant gazeux; on pourra ainsi injecter extemporanément une certaine quantité d'oxygène; mais on en ignorera complètement la dose et on ne pourra exercer aucun contrôle sur la vitesse et La pression à laquelle se fera l'injection, les réactions du malade étant les seuls témoignages des excès. En outre, au moment où le ballon a perdu son élasticité propre, il devient difficile de le vider soi-même ; aussi, pour obvier à cet inconvénient, Ramond a-t-il conseillé d'intercaler entre le ballon et le filtre une soufflerie de thermocautère. L'utilité du tampon filtre a d'ailleurs été contestée; en effet, un bouillon de culture dans lequel on fait barboter un courant d'oxygène ne donne aucun résultat positif, semblant faire admettre une certaine action bactéricide de l'oxygène; Buckhart n'y voit qu’une action retardante. Les utilisations de l’oxygène en injections sous-cutanées devenant de plus en plus nombreuses, on imagine des appareils transportables où l'oxygène est emmagasiné dans des obus et où le contrôle de la vitesse et du volume de gaz administré est mesuré par des appareils de précision. C’est ainsi qu'apparaissent tour à tour : le détendeur de Heckel et de Martinet, où l'oxygène contenu dans des petites bombes métalliques analogues à celle des syphons Sparkletts est libéré à l'aide d'une soupape; l'oxygénateur de Bayeux, admirable de précision, mais dont la perfection même entraine une fragilité et un prix de revient qui le mettent hors de portée des praticiens; l'hypodermo-oxygénateur de Lian et Navarre, caractérisé par une seringue graduée, à double tubulure, puisant l'oxygène dans un ballon détendeur relié à un obus réservoir, et le renvoyant dans l'aiguille sous le contrôle d'un manomètre.
Cependant, depuis longtemps déjà, on cherchait à s’afiranchir du ballon d'oxygène volumineux ou lourd, renfermant un gaz resté longtemps comprimé dans ces récipients où 1l a pu se charger d’impuretés et peut-être même perdre quelque peu de
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son pouvoir oxydant. L'oxygène naissant, et le fait est commun à tous les produits actifs utilisés en thérapeutique et en chimie, semble doué de propriétés plus actives. C'est d'après ce principe que Jaubert, le premier, produit lui-même son oxygène avec un appareil à oxylithe (peroxyde de calcium). D'arsonval s'adresse à l’action de l'acide chromique sur l'eau oxygénée. Le 28 juin 1925, La Société médicale des hôpitaux de Paris signale le premier appareil vraiment pratique : l'oxy-injecteur du docteur Fialip. « L’oxygène est produit par la décomposition d’eau oxygénée commerciale à 10 ou 12 volumes sous l’action d'un comprimé de permanganate de potassium agissant comme catalyseur; l'oxygène ainsi produit s’emmaganise sous pression dans un ballon de caoutchouc souple spécial et résistant qu'il reslitue par l'ouverture d'un simple robinet sous pression constante et suffisante. Le volume du gaz est déterminé à l’aide d'un pied à coulisse réglé à cet effet, qui mesure le diamètre du ballon; un flacon laveur permet de suivre le débit et de le régler à volonté. Les trois organes, flacon laveur, générateur et ballon réservoir, sont réunis par une nacelle métallique en un bloc rigide et maniable. Cet appareil, peu fragile, car dépourvu d'organe compliqué, peu encombrant, et fonctionnant avec des produits existant partout, évite l'emploi de l’obus d'oxygène. » On constate dans cet appareil un énorme progrès dans la réalisation d'un système pratique; si l'étanchéité, la mesure du volume de gaz dégagé et sa pureté caractérisée par l’état naissant ne sont peut-être pas absolus, il faut louer son inventeur d'avoir utilisé comme substances productives d'oxygène deux corps usuels de la pharmacie courante.
Nous signalerons enfin l'apparèil que nous avons utilisé pour nos études personnelles : le Salvoxyl du docteur Mary. Le principe de la génération d'oxygène est l'action de blocs provocateurs composés d'oxyde de métaux terreux et alcalino-terreux sur le liquide générateur, très riche en oxygène, en présence d'un catalyseur spécialement étudié; la réaction se produit avec léger dégagement de chaleur. Ce liquide générateur, rappelant d'ailleurs l’ancien peroxydol, est excessivement caus-