VI. — Principales indications
Des effets de cette thérapeutique sur l'organisme nous pouvons déduire les principales indications :
1° Les affections de l'appareil circulatoire où le trouble de la circulation est l'élément caractéristique, ainsi que celles qui résultent de l’altération du milieu sanguin. Dans le premier groupe, les injections sous-cutanées d'oxygène atlénuent la dyspnée résultant de la stase sanguine, ramènent la sécrétion urinaire à son taux normal, et luttent efficacement contre l’asystolie; dans le deuxième groupe, la suroxygénation du plasma supplée, d’une part, à l'insuffisance des hématies, d’autre part, elle excite l'hématopoïèse. Béraud rapporte deux observations de paludisme traité et guéri l'un par 30 injections, l’autre par 12;
2° Les affeclions respiratoires sont celles qui tirent le maximum de bénéfice des injections sous-cutanées d'oxygène : les broncho-pneumonies infectieuses (Duboucher, d'Alger); les broncho-pneumonies infantiles, les bronchites chroniques, la
tuberculose pulmonaire, voient leur sombre pronostic se présenter sous un jour moins effrayant. Il faut signaler, en particulier, les résultats étonnants des injections sous-cutanées d'oxygène dans une maladie infectieuse grave à épilogue asphyxique : nous avons nommé le tétanos, et, à l'appui de ces affirmations nous produisons ces trois observations présentées à la Société de biologie, le 22 janvier 1915, par le docteur L. Léger, professeur à l'École de médecine de Grenoble.
Ogs. I. — Le premier cas se rapporte à un blessé :
B..., 33 ans, grièvement atteint par de multiples éclats d'obus : huit blessures (aux deux jambes, bras gauche et flanc), dont une avec pénétration d'un caillou de la grosseur d'une noix quifutextrait le quatrième jour. Le tétanos débute après cinq jours d’ineubation. Raideur de la nuque, crampes dans les jambes, puis violentes secousses et spasmes douloureux. Malgré quelques rémittences, les symptômes vont en s’aggravant. Au quinzième jour, le malade, épuisé er outre par de multiples suppurations, est presque entièrement contracturé. La température atteint 398, le pouls est à 122 et la respiration à 80. Dyspnée intense et prostration extrême, puis délire; carphologie et coma. L'état est considéré comme désespéré. M. l'inspecteur Delorme, visitant à ce moment notre hôpital, nous engage vivement à pratiquer notre traitement. 2 litres environ d'oxygène sont alors injectés sous la peau de la cuisse gauche, au voisinage de la blessure suspecte. Le gaz fuse peu à peu sous la peau du tronc jusque sous les clavicules. Quelques heures après, le malade a repris connaissance, la respiration se régularise et le pouls
est meilleur. Le lendemain, nouvelle injection de 1 litre d'oxygène
sous la peau du flanc. Les spasmes convulsifs diminuent de fréquence et d'intensité, l’état général est meilleur, mais les secousses persistent avec des contractures des jambes. Cinq jours après, nouvelle injection d'oxygène au moment où la température commençait à remonter. Amélioration générale très notable. Les secousses sont de plus en plus rares, les jambes peuvent enfin s’allonger et aujour-
PSS
d'hui, soit environ quarante jours après la dernière injection, les symptômes tétaniques ont entièrement disparu.
Oss. IL. — Le second cas concerne également une forme à évolution assez lente, mais non moins grave :
C..., 30 ans. Blessure profonde à la cheville gauche par éclat d'obus enlevé tardivement. Tétanos au sixième jour. Trismus, dysphagie, secousses violentes, contracture pupillaire. État substalionnaire avec crises paroxystiques pendant deux semaines, puis contracture générale avec grands spasmes projetant le malade hors du lit s'il n’est solidement maintenu.
Au vingtième jour, température, 39°5; sueurs profuses, dyspnée, puis prostration complète; enfin, délire. Injections d'oxygène comme dans le cas précédent. L'état général s'améliore rapidement; les grands spasmes disparaissent, puis les contractures s’atténuent peu à peu. Actuellement, trente-cinq jours après le traitement, il n’y à plus aucune manifestation létanique et l'état général est excellent.
Ogs. ITT. — Dans le troisième cas, il s'agit d’un tétanos manifestement chronique (incubation de huit jours), peu bruyant, qui eût sans doute pu guérir spontanément, mais qui, s'étant aggravé vers le vingtième jour, nous parut avloriser le traitement :
M..., 25 ans. Plaie pénétrante avec fracture de la jambe gauche par éclat d’obus. Apparition des symptômes au huitième jour. Au vingtième jour, aggravation subile des contractures avec phénomènes asphyxiques, ce qui nous engagea à praliquer une injection d'oxygène. Ici encore, les symptômes s’amendèrent peu à peu jusqu’à disparition totale.
3° Par son rôle oxydant, l'oxygène, éliminant les toxines, jouera un rôle prédominant dansles maladies infectieuses, notamment la grippe et la coqueluche. Certaines autres affections médicales comme l'obésité, où l'oxygène activera la lipodiérèse:; les états hyposphyxiques de Martinet, caractérisés par une
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faible impulsion cardiaque, certaines formes de psychose par ralentissement de la nutrition seront justiciables de l’ox\ génothérapie hypodermique.
Enfin, elle rendra de signalés services en chirurgie dans Îles hémorragies graves, les péritonites suppurées, certaines arthropathies, dans les anthrax; et, en obstétrique, comme adjuvant dans les luttes contre l'infection puerpérale et l’asphyxie du nouveau-né.
Léger