CHAPITRE Il
Des accidents causés par l’emploi du corps thyroïde.
Le corps thyroïde, suivant la définition des classiques, est une glande vasculaire sanguine. Ceci ne nous renseigne en rien sur les fonctions et les propriétés de cette glande, qui d’ailleurs sont encore à l'heure actuelle à peu près inconnues.
Néanmoins, le corps thyroïde, ingéré dans un but thérapeutique, a causé un certain nombre d'accidents que nous ne pouvons passer sous silence.
Employé soit par la voie hypodermique sous forme d’extrait, soit par la voie buccale, sous quelque forme que ce soit, extrait de glande thyroïdienne, corps thyroïde cuit, glande crue, desséchée, thyroïdine, etc., etc., le corps thyroïde est une substance organique douée de propriétés éminemment toxiques et tout à fait particulières.
Chez les animaux, Chantemesse et Marie, à propos d’une malade âgée de 70 ans, atteinte de troubles nerveux, firent des injections de liquide thyroïdien à un mouton vigoureux. A doses faibles, ils ne constatèrent rien de particulier. À doses fortes, au contraire, ils notèrent une élévation de température, le changement de Caractère de l’animal qui devient irrascible.
Charrin et Roger, en administrant 0,50 à 0,75 ceutigrammes de glande thyroïde de mouton à des lapins pendant trois ou quatre jours, et cela quotidiennement, ne parlent pas d'accidents.
En parcourant les annales médicales, au sujet de la médication thyroïdienne, nous trouvons relatés des cas de mort. Le premier en date est celui de Murray, dans un cas de myxœædème, le malade mourut de syncope.
Un malade de Thompson succomba peu de temps après le début du traitement. Dans un cas de Vermehren le malade mourut dans le collapsus le dix-septième jour du traitement. Stabel a observé aussi des accidents qui se terminèrent par la mort, chez un malade obèse ayant employé des tablettes de corps thyroïde, sans l'avis du médecin. Il présenta pendant les dernières heures, du délire de la persécution. À l’autopsie qui put être pratiquée, on trouva de l’æœdème cérébral, qui d’après l’auteur serait dû à l'emploi des tablettes thyroïdiennes. |
Nous ferons remarquer que ces faits sont déjà
ON anciens, et datent du début de la médication thyroïdienne. Probablement, pour ne pas dire cer- tainement, ils sont dus à l'emploi intempestif d'un corps aussi actif, comme dans le cas si probant, et si démonstratif de Stabel ; peut-être dans les autres cas, la mort est-elle due à une cause tout à fait indépendante ? Ce n’est cependant pas notre avis.
Si nous lisons maintenant les observations de Béclère rapportées à la Société médicale des Hôpitaux en 1894. et celle de Marie et Guerlain, nous trouvons que, dans le cas de Béclère, une femme atteinte de myxœdème avait pris par erreur qualre-vingt-douze grammes de glande thy-.
roïde en onze jours ; soit un peu moins de neuf grammes par jour. Dans le cas de Guerlain, la malade avait pris par jour quatre lobes de corps thyroïde de mouton. Ces deux malades eurent des accidents.
Pour nous, il n’est pas douteux qu'ici encore, comme dans le cas de Stabel, les accidents ent été occasionnés par une dose exagérée de substance active. C'est d’ailleurs l'avis de Béclère et de Marie et Guerlain.
Les accidents dont nous allons parler maintenaat ne méritent guère ce nom, ce sont des symptômes plus désagréables que dangereux, décrits par Béclère sous le nom de {hyroïdisme. Is rappellent par leur symptomatologie les intoxications.