‹ Contribution à l'étude du traitement de la conjonctivite granuleuse: ScarificationsChapitre 22 sur 24 · OBSERVATION III. (LELIÈVRE · texte numérisé non relu

OBSERVATION III. (LELIÈVRE

Dame L..., 27 ans.

Conjonctivite granuleuse.

Pendant dix-huit mois, cautérisation au sulfate de cuivre trois fois par semaine.

Septembre 1869 : Scarifications par Galezowski, mieux sensible.

25 octobre : Cautérisation au sulfate de cuivre.

5 novembre : La malade redemande les scarifications parce que le sulfate de cuivre fait souffrir ; ce traitement est continué jusqu’au 19.

25 novembre : Nouvelles scarifications, granulations affaissées, grande amélicration.

Ces observations publiées en 1869, ne nousmontrent- elles pas déjà la supériorité du traitement par les scarifications : les malades traités par les caustiques n’en retirent aucun bénéfice, et ils viennent eux-mêmes demander à se faire scarifier les paupières. Nous allons voir les mêmes phénomènes dans nos observations.

OBSERVATION IV, (Coronat)

Enfant L.-B., 11 ans.

Est né à Rivoli, près Mostaganem.

A l’âge de 3 ans, à la suite de la rougeole, eut une première atteinte de conjonctivite, qui progressa avec des alternatives de mieux en hiver, d’aggravation en été. A cette époque, photophobie si intense que l’enfant ne peut sortir dehors sans bandeau noir, larmoiement

Un médecin de Mostaganem fait alors des badigeonnages avec le sulfate de cuivre, pas d'amélioration.

Un médecin d'Alger ordonne le traitement ordinaire des conjonctivites ordinaires.

Un autre médecin ordonne un collyre avec du nitrate d'argent.

Tous ces traitements n'avaient procuré aucun soulagement.

L'enfant est amené en France il y a2 ans.

Le D' Coronat le voit pour la première fois en mai 1897, il constate : paupières des deux yeux complètement envahies par des granulations. Les culs de-sac sont cependant presque indemnes. Les paupières sont épaisses surtout au niveau des bords palpébraux.

Pas de lésions cornéennes, sauf un très léger pannus à la partie supérieure de la cornée; photophobie intense.

Le D'Coronat propose des scarifications conjonctivales répétées tous les trois jours. La famille effrayée par cette proposition, consulte le professeur Gayet,qui fait rentrer le malade à l’Hôtel-Dieu, afin de faire sous chloroforme un brossage des conjonctives.

A sa sortie de l'Hôpital, les paupières sont cautérisées tous les deux jours avec le sulfate de cuivre.

Au mois de septembre 1897, on ramène l'enfant qui n’a obtenu aucun résultat du traitement suivi, et qui a un épaississement beaucoup plus considérable de ses paupières.

On constate alors que les paupières sont devenues plus épaisses, et les granulations plus confluentes; photophobie aggravée. Le malade refuse la médication cuivrique qui provoque des douleurs intolérables de plus d'une heure de durée.

Nous conseillons de nouveau les scarifications. Cette fois, la famille consent à soumettre l’enfant à ce traitement que nous commençons sans tarder.

Nous faisons d’abord des scarifications peu profondes, parallèles au bord palpébral, suivies de frictions avec un tampon de coton imbibé d’oxycyanure de mercure à 1 p. 1000. Ces séances de scarifications sont répétées trois fois par semaine. Entre temps, lavage de sublimé à 0 gr. 20 pour 1000 deux fois par jour. De tempsen temps,

pommade jaune, car il y a un peu de blépharite sous l'influence de l’irritation lacrymale.

L’enfant supporte très bien ce traitement qui, d’ailleurs, n’est pas douloureux.

Au bout de trois semaines, photophobie considérablement diminuée.

Les scarifications furent peu après suivies non plus de frictions avec un tampon de coton, mais avec une poudre composée de calomel et de sucre en parties égales.

Ces séances sont plus tard espacées, et enfin faites de loin en loin.

Au mois de mars 1898, le malade est guéri, et voici dans quelles conditions.

Plus de photophobie, plus de larmoiement, la lecture autrefois impossible, soit à la lumière du jour, soit à la lumière artificielle, est maintenant soutenue facilement, l'enfant qui ne sait pas lire se met au travail courageusement.

Le léger pannus de la cornée a disparu. — Les paupières autrefois dures, rigides, épaisses, sont devenues souples et beaucoup moins volumineuses. La surface conjonctivale s’est régularisée, elle est lisse, la conjonctive a une teinte rose pâle.

Pas de cicatrices vicicuses.

Nous avons vu, revu l'enfant très souvent depuis sa guérison et actuellement à la fin de 1899 la guérison s’est maintenue entière.

OBSERVATION V. (Caronat)

MmeF.…, 40 ans. :

Cette malade, femme d’un militaire, a habité pendant plusieurs années aux limites de l'Algérie et du Sahara,

Fièvres intermittentes pendant son séjour.

Conjonctivite granuleuse de l’œil droit soignée par de simples lavages antiseptiques, mais peu intense.

À son arrivée en France le mal prend une intensité inquiétante.

Elle est soignée à la clinique de l’Hôtel-Dieu de Lyon où on fait usage du sulfate du cuivre.

La malade sort de l’Hôtel-Dieu au bout d’un mois lassée par le traitement qu’elle trouve inefficace et trés douloureux. |

Le D' Coronat voit la malade pour la première fois en mai 1898.

Il constate : toute la conjonctive palpébrale est couverte de granuülations très confluentes, -- les culs-de-sac sont envahis — la conjonctive est fortement hypertrophiée surtout au niveau du caroncule.

Photophobie légère, mais larmoiement abondant.

On a fait à cette malade quarante séances de scarifications suivies de frictions avec un tampon imbibé de sublimé.

Entre les séances, iavage au sublimé faible; et collyre soit au sulfate de zinc, soit au tannin.

A plusieurs reprises, excision de lambeaux de conjonctive des culs de-sac, et au niveau des caroncules.

Guérison complète, qui depuis s’est maintenue.

OBSERVATION VI. (Coronat)

M. D..., 60 ans.

Le malade est vu pourla première fois en août 1898.

Granulations des paupières des deux yeux, dont le début remonte à de longues années, et qui furent toujours traitées au sulfate de cuivre par divers Spécialistes.

Pannus couvrant la moitié de la cornée gauche, léger à droite, ulcérations multiples mais petites. Granulations peu confluentes — œil droit moins atteint.

- Le malade ne peut ni lire ‘ni écrire depuis deux ans, à cause des pannus et des ulcérations.

Scarifications et frictions au sublimé à un pour 0100. Dans l'intervalle des séances, tannin, ox ÿyde jaune, sulfate de zinc alternativement.

L' FO MEIER EN ge

POST Te ERA Après cinq ou six séancés de scarifications, les ulcé. rations se ferment, le malade commence à lire et à s’occuper, son caractère devenu triste depuis longtemps change au point que la famille entière enest surprise. Guérison apparente au bout de quinze séances. De temps en temps légères rechutes, facilement éteintes par une ou deux scarifications à trois jours d'’inter-

vallc.

Depuis longtemps déjà, la guérison s’est maintenue.

OBSERVATION VII. (Fouilhoux)

Mlle J. P..,18 ans

A noter le lymphatisme, taies de la cornée de l’œil gauche dès le bas-âge.

A partir de l’âge de onze ans, troubles de la vue, douleur, larmoiement, photophobie, rougeur des conjonctives, qui passe alternativement d’un œil à l’autre.

Jusqu’à treize ans aucun traitement. .

À cette époque, séjour d’un an à St Etienne : la malade se décide à consulter un spécialiste qui diagnostique une conjonctivite granuleuse de l'œil droit, et qui institue un traitement au sulfate de cuivre (badigeonnage). Au bout d’un an de ce traitement guérison apparente.

Deux mois après, l'œil gauche est malade... La jeune fille, alors en pension, suit pendant quatre mois le traitement au sulfate de cuivre, mais sans résultat. Cet état l’oblige à interrompre ses études et à consulter un spécialiste lyonnais, qui pose le diagnostic de conjonctivite granuleuse de l'œil gauche, et’ la traite au brossage avec tampon imbibé d’une solution de sublimé à un pour 0/00. Ce traitement est suivirigoureusement jusqu’en mai 1898 époque à laquel:e la malade va voir le docteur Fouilhoux, qui constate :

Une opacité cornéenne assez considérable, occasionnant des phénomènes d’obnubilation et de photophobie, et sur la paupière supérieure une muqueuse semée de petites granulations rouges, turgescentes, rugueuses occupant la partie antérieure du cul-de-sac conjonctival.

Devant l’insuccès des traitements antérieurs, le docteur Fouilhoux décide la malade à se laisser faire des Scarifications : anesthésie locale, paupière supérieure scarifiée dans le sens transversal et légérement frictionnée avec un tampon de coton trempé dans une solution de sublimé à { p. 1000.

Du 22 mai au 2 octobre, douze séances semblables.

La malade est revue en août 1699 : l’œil n’est plus rouge, la cornée est plus claire, plus de photophobie, ni de douleur. Conjonctive lisse, rasée, assez souple. La malade se déclare très satisfaite de ce traitement qui lui a donné une guérison assez complète.

OBSERVATION VIII. (Clinique du Dr Coronat, personnelle.)

Mons. B1., 23 ans, de Mâcon.

À 15 ans, affection du pharynx avec phénomènes du côté du nez et des oreilles.

11 y a un an, conjonctivite des deux yeux avec symptômes intenses : photophobie larmoiement, etc, Le malade va à Genève, où l’on diagnostique conjonctivite granuleuse des deux yeux. On institue un traitement anodin, collyre au sulfate de zinc, en assurant au malade la gravité de son affection.

Ce jeune homme, désespéré, vient nous trouver à la Clinique. Nous constatons :

Sur les deux conjonctives palpébrales des petites tumeurs rouges, entourées d’un sillon net et profond, ce qui donne un aspect velouté. Ces petites tumeurs siègent surtout sur le bord antérieur du tarse. Les culs-de-sac sont indemnes.

Nous lui proposons les scarifications qu’il accepte, et nous commençons de suite :

Première Séance le 7 juillet 1859, scarifications des deux paupières sans friction.

Répétition tous les trois jours.

Après quinze jours de ce traitement, plus de larmoiement, presque plus de douleur, le malade vient nous trouver sans être obligé de porter des verres noirs. La

nt

douleur post-opératoire est nulle, pas de phénoméne de réaction, et il peut chaque fois après quelques minutes de repos s’en retourner chez lui — à ce moment, nous faisons suivre les scarifications de frictions.

Dans l'intervalle des scarifications , lavage avec la solution antiseptique ordinaire.

Après un mois et demi de ce traitement, le malade se considère guéri, on peut constater alors : conjonctives des deux yeux, unies, lisses, de couleur rose pâle, et ayant récupéré leur souplesse. Plus de symptômes réactionnels.

Nous avons revu le malade deux fois depuis le mois d'octobre, il est enchanté de sa guérison, qu’il considère comme complète et définitive. Il nous a écrit derniérement pour nous confirmer cette guérison.

OBSERVATION IX. (Personnelle. Clinique du D' Coronat)

Mons. B., 30 ans.

À l’âge de 10 ans, première atteinte de blénophtalmie : conjonctivite intense avec tous ses symptômes.

Cette conjonctivite alternativement s’améliore ou s’aggrave, mais Sans jamais guérir.

IH yaunanet demi, le malade se rend à la clinique de l’'Hôtel-Dieu, où l’on diagnostique « conjonctivite granuleuse » des deux yeux. On institue le traitement au sulfate de cuivre, et trois fois par semaine on crayonne les conjonctives, Ces séances procuraient une douieur horrible qui durait plusieurs heures, et empèêchait tout travail pendant la journée. De plus, aucune amélioration.

Au mois de décembre 1899, le malade vient à la clinique, nous constatons :

Œil gauche, aspect velouté des conjonctives, avec trainées blanches, muqueuse épaissie, infiltrée, très rouge. Sur la cornée, léger pannus. Un peu de symblépharon.

Symptômes réactionnels très prononcés, larmoiement intense, douleur, photophobie.

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Œil droit, mêmes phénomènes, mais moins accusés.

Nous proposons au malade des scarifications qu’il accepte avec empressement.

3 décembre : première séance, mais nous scarifions seulement la paupière gauche.

Le malade S'en va au bout de dix minutes, et le soir même il a pu commencer à travailler.

Deux fois par Semaine depuis, nous revoyons notre malade ; au bout de huit jours il n’a plus eu ni photophobie, ni larmoiement, il peut régulièrement travailler, et cela un quart d'heure après les scarifications.

Dans l'intervalle des séances, lavages bi-quotidiens avec la solution antiseptique ordinaire.

25 décembre : Le malade est enchanté de notre traitement qui, dit-il, lui a rendu la vue, et il vient r2demander des scarifications pour être guéri plus rapidement ; à l'examen, on constate :

La conjonctive gauche est moins rouge, plus régulière, il reste encore quelques points granuleux sur le bord interne du tarse.

Le pannus s’est éclairci.

Ce malade n’est pas encore entièrement guéri, mais tout porte à croire que le résultat chez lui sera le même que chez nos malades précédents.

Il n’est besoin de rien ajouter à l’histoire de ces observations, qui sont assez éloquentes. Quelle grande différence n’y-a-t-1l pas entre nos malades, qui ont été améliorés de suite, guéris en peu de temps, et ceux qui souffrent pendant de longues années, soulagés quelquefois, mais guéris rarement.

GONGLUSIONS

1° Tout traitement médical des granulations est insuffisant, et doit être considéré seulement comme un adjuvant du traitement chirurgical. Il est bien entendu qu'il s’agit ici de granulations chroniques, et que nous ne parlons pas des ophtalmies purulentes.

2° Tout traitement chirurgical doit-être un traitement amenant lentement la guérison afir d'éviter les cicatrices rapides qui ont pour danger les déformaions des paupières, trichiasis, entropion, symblépharons etc.

3° Le traitement chirurgical qui paraît donner les meilleurs résultats est le traitement par les scarifications, répétées tous les trois jours puis espacées au fur et à mesure de l'amélioration ; scarifications suivies de frictions avec un antiseptique. On doit varier même la nature de l’antiseptique au besoin. Les lavages et l’usage de certains astringents : tannin, nitrate d'argent à dose faible doivent être employés dans l'intervalles des scarifications.

4° Les avantages de ce traitement sont :

TA

a) Donner immédiatement un soulagement aux malades qui ont de la photophobie et du larmoiement, ce qui permet à beaucoup d’entre eux de ne pas cesser leurs occupations, ou de reprendre leur travail rapidement.

b) De ne pas nécessiter une hospitalisation avec tous ses inconvénients ;

c) De n'être pas douloureux et par conséquent de ne pas exiger l’anesthésie générale ;

d) D’être à la portée de tout praticien;

e) De pouvoir guérir à peu près sûrement, et surtout sans dangers post opératoires.

Vu :

Ee Président de la Thès2,

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