‹ Contribution à l'étude du Traitement de la Dyspésie dans les Pays ChaudsChapitre 5 sur 22 · RUE · texte numérisé non relu

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2° La similitude de leur marche et leur évolution;

3° L'inefticacité à leur égard du traitement routinier par les amers ;

4° Leur rapide amélioration par un régime approprié.

La fréquence est telle que dans un village d'Haïti, comptant une population de 800 personnes, sur vingt indigènes qui viennent consulter le docteur, la moitié ou les trois quarts se plaignent de maux d'estomac, de perte d’appétit et de manque de forces.

A bord du navire, sur 67 personnes, parties de France en bon état de santé, une trentaine environ ont été, à une période plus ou moins avancée du séjour aux pays chauds, atteints soit d'accès de gastralgie, soit de vomissements, soit de simple anorexie tenace, de constipation et de diarrhée.

La diarrhée que je mentionne à titre de symptôme gastro-intestinal n'a rien de commun ni avec la diarrhée de Cochinchine, ni avec la dysenterie, qui ont chacune leur physionomie propre, et qui sont endémiques, chacun le sait, dans les ‘pays équatoriaux. C'est une diarrhée banale, à selles séreuses et non sanguinolentes ne rappellant point par leur aspect la: farine de maïs cuite, ne contenant aucun débris membraniforme.

Elle est parfois glaireuse comme dans l'entérite muco-membraneuse, parfois lientérique (chez des sujets d’ailleurs ne présentant aucun signe de tuberçulose), et probablement due à une intoxication

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chronique et à accumulation de toxines dans l'intestin.

Nous savons depuis les recherches histologiques de M. le professeur Hayem (1) que le symptôme dyspepsie n'est point un simple trouble fonctionnel, mais répond en réalité, dans la grande majorité des cas, à une lésion anatomique de la muqueuse stomacale, c'est-a-dire en dernière analyse, à une variété de gastrite chronique.

Pour ce qui est de l'évolution de la dyspepsie, elle semble démontrer par son uniformité relative, comme l'on voit par les observations résumées plus loin, l'origine identique de l'affection, qui est à mon avis sous l'influence de l'anémie et de la diminution de la

: R À à ù LS valeur globulaire (È , conséquence d'une intoxication

du sang.

Toutes les formes dyspeptiques sont loin d’être également représentées soit dans ma statistique des affections du personnel du bord, soit dans les observations recueillies au dehors. Celle qui prédomineincontestablement c'est l'hypochlorhydrie.

Aiosi, sur 29 cas de dyspepsie à bord, à symptomatologie assez variable, j'ai été amené à classer, après interrogatoire et examen minutieux :

16 comme hypochlorhydriques et hypopeptiques : 5 comme hyperchlorhydriques et hyperpeptiques ;

(1) Considérations complémentaires sur les troubles évolutifs de la digestion stomacale. Bull. Soc. méd, des hôp. de Paris, 1801, VIT,

2 jee

4 comme dyspeptiques par cthylisme ; 4 comme gastralgiques dilatés ou névropathes.

Pourquoi lhypochlorhydrie tient-elle le premier rang ?

Est-ce par suite de la facilit : avec laquelle se produit l’atrophie partielle des glandes de la muqueuse gastrique, sous l'influence du climat chaud, est-ce une simple conséquence de l’anémie (1) si fréquente sous Île même climat. S

Quoiqu'il en soit, c'est l'anorexie qui domine la scène ‘chez ces malades (« quorum pars magna fui » Voir plus loin observation X),une anorexie tenace et inexorable, qui ne supporte ni lait, ni bouillon et menace perpétuelle de vomissements, suspendue comme une épée de Damoclès.

Outre ce manque d’appétit très durable sans fièvre ni courbature, presque pathognomonique, les malades se plaignent de lourdeur, de pesanteur dans la région de l'épigastre. Il n'y a pas de véritable accès douloureux, à aucun moment de la journée,ni de pyrosis,. mais l’haleine du malade exhale une odeur'de beurre rance, due aux acides butyrique et lactique, produits des fermentations stomacales, grâce à l'absence ou la pénurie de HCI. Certains malades, à la suite d’un eflort pour manger, ont des vomissements ou des éructations d'odeur rance. L'estomac n'est pas distendu et

(1) Fenwick, cité par Collet. Précis de path. int., 1903, art. Dyspepsie,

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ne présente jamais le bruit de clapotage À jeun. la langue est toujours sale le matin,blanche et saburrale, la büuche sèche, souvent pâteuse.

Chez un certain nombre, vieux buveurs de vin et de taffia, l'éthylisme chronique n'était certes pasétranger à la gastrite ; mais on ne pouvait songer à attribuer la même origine à la plupart de ces hypopeptiques, qui n'avaient aucune habitude alcoolique, ni le moindre signe d'intoxication chronique. Tel un des jeunes lieutenants du bord, un novice (jeune matelot), de jeunes nègres, et moi-même, à l'abri de tout soupçon d'éthylisme ; au dire de médecins de ces pays, l'alcoolisme chronique ne se rencontre presque jamais parmi les indigènes, chez qui la coexistence d’une série d’autres symptômes : paleur des téguments, céphalée, vertiges, tachycardie et faiblesse générale,militait manifestement en faveur de l’anémie progressive.

Tout différent est le tableau de lhyperchlorhydrie gastrite hyperpeptique de Hayem). Les sujets qui en sont atteints sont facilement reconnaissables ; ils ont de violents accès gastralgiques trois ou quatre heures après chaque repas, (5 h. après-midi, à 1 h. du matin), ils se plaignent d'une sensationde brülure atroce qui monte le long de l’æsophage, ils ont les dents agacées par des régurgitations acides, et cependant l'appétit n’est pas diminué du tout, bien au contraire, il est souvent exagéré. Il est d’ailleurs facile de calmer momentanément ces accès par l’ingestion d'aliments de bicarbonate de soude, de liquides’ alcalins qui diluent l'acidité gastrique, mais il est plus malaise de

faire disparaitre ces accès en combattant directement la cause.

J'ai classé sous une rubrique spéciale les dyspeptiques éthyliques, qui pourraient être confondus avec les hypochlorhydriques pour la plupart des symptômes. Mais les antécédents alcooliques et les signes de lintoxication éthylique donnent au malade une physio- . nomie spéciale. Leur traitement comporte des indications particulières. Ils ont encore ceci de spécial que leur appétit, émoussé ou nul, est facilement réveillé et stimulé par la boisson alcoolique habituelle, taffia, gin, peruod, absinthe, effet qui ne se produit pas chez les autres hypopeptiques.

Quant aux gastralgiques névropathes, ils sont le plus souvent atteints de dilatation simultanément. D'après M. Bouchard (1), c'est la dilatation gastrique qui est le fait primordial et les troubles nerveux en sont les conséquences.

Pour d’autres auteurs (Fothergill) (2) c'est la neurasthénie primitive qui détermine à la longue la rétention d'aliments et la dilatation consécutive.

Quoi qu'il en soit, chez ces malades, la douleur, très variable, depuis une simple gêne jusqu'à l'accès le plus vif, succède immédiatement à l’ingestion des aliments. Quelquefois par suite de l'hyperesthésie de la muqueuse (notamment chez les hystériques), elle survient à jeun dés que le malade a l'idée d’aller prendre

(1) Bouchard et Charcot. Traité de méd., art. Mal de l'estomac. (2) Fothergill. Afonie dyspepsia Med. revue, New York, 1883.

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Son déjeuner. Quand ily a en même temps dilatation de l'estomac, on perçoit à jeun le bruit de clapotage en donnant avec la main de petits coups sur la région de l'estomac, ou en secouant le malade saisi à bras le corps. À la percussion on constate une augmentation de sonorité qui remonte jusque dans l'hypocondre gauche et descend très bas jusqu'à l'hypogastre.

L'appétit est incertain, capricieux. La constipation est fréquente et ne cède pas facilement.

Si l'on examine avec un soin particulier cette catégorie de malades, on constate généralement un des stigmates de l'hystérie, soit l’hyperesthésie du testicule, soit le rétrécissement du champ visuel, soit une zone spasmogène, ou bien on découvre un trouble intellectuel important commele délire dela persécution oucelui des grandeurs, ou la mélancolie.

Tandis que toutes les formes dyspeptiques se rencontrent chez les blancset les créoles des pays chauds, sinon avec une égale fréquence, celle que présente les indigènes est presque toujours de lhypochlorhydrie, étroitement liée à l’anémie progressive qui est endémique chez les habitants de la zone inter-tropicale.

Cette relation entre l’anémie pernicieuse, la chlorose et l'hypochlorhydrie est établie par M. Ballet (La dyspepsie et l'anémie des mangeurs de soupe, J. Soc. de Méd., Limoges, 1883, VII, p. 20); par M. Hayem (Un cas de chlorodyspepsie avec neurasthénie, Med. moderne, Paris 1897, VIII, p. 41), et par Fenwick

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