‹ Contribution à l'Étude du Traitement de la Leucémie lymphoïde par les transfusions sanguines simplesChapitre 21 sur 22 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Voyons maintenant quelles FAURE l'on pourrait donner à ces faits :

Nous venons de constater que l’on assistait, dans les observations précédentes, à une baisse très nette du chiffre des leucocytes sous l'influence de la transfusion sanguine.

Nous ne pensons pas que l’on puisse parler de coïncidence, car ainsi que le disent MM. HAMBURGER et B. DREYFUS [1] : he

« L'amélioration clinique et hématologique suit » trop rapidement les premières transfusions, leur » action est trop constante et leur inefficacité dans » les autres formes cytologiques de la maladie est » trop frappante. »

A quel mécanisme est-elle due ?

Une simple hypothèse mécanique vient tout d’abord à l'esprit, celle d’une dilution des globules blancs pathologiques dans un sang de taux leucocytaire normal. Il est facile de la rejeter, car :

1° Il n’est pas possible d'admettre que la masse sanguine varie dans des proportions aussi considérables, et d’ailleurs s’il en était ainsi, la courbe du taux des hématies (en cas d’anémie chez le malade) devrait se croiser avec celle du taux des leucocytes; or, il est loin d’en être ainsi. D'ailleurs l’argument cité plus haut suffirait à faire rejeter cette hypothèse.

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2° P. CRoIzaT et L. RÉVOL [2], étudiant des exsanguino-transfusions (où la baisse par « dilution » devrait être encore plus spectaculaire), ont conclu que « la baisse ne se produisait pas instantanément, mais seulement dans les jours et heures qui suivent ».

Nous pouvons alors supposer qu’il y a d'une part lyse des leucocytes leucémiques, et d’autre part ralentissement de leur production.

La leucolyse chez les leucémiques est, rappelons-le, un phénomène qui a déjà été décrit après transfusion, et parfois spontanément (GLOOR {3}, AUBERTIN [4]).

Ce mécanisme a pu entrer en jeu chez notre ma-

lade. Faut-il attribuer à la leucolyse les petits chocs

qu'il a présentés à la suite de quelques-unes de ses transfusions ? On peut noter, en particulier, que la seule baisse leucocytaire enregistrée lors de son deuxième séjour a suivi une transfusion particulièrement choquante, et que le laboratoire, d'autre part, signalait chaque fois la présence dans le sang du malade de < nombreux débris leucocytaires ».

Nous devons cependant admettre que les chocs transfusionnels observés ici peuvent être dotés d’explications bien plus ,banales (sous-groupes sanguins, nettoyage à l'éther des seringues utilisées ?) bien qu’il soit classique d'admettre que les leucémiques fassent des chocs transfusionnels plus facilement.

Dans notre observation, aucune répétition de choc n'a pu attirer l'attention sur un donneur particulier.

Considérant la question d’un point de vue plus général, on peut admettre que le sang normal contient peut-être un « facteur anti-leucosique » ?

Il semble que le premier auteur qui ait parlé de « substances anti-leucosiques » ait été MALLARMÉ 13]. Mais il attribuait l'existence du pouvoir anti-leucémique du sang utilisé au fait qu'il s'agissait de sang

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de conserve, et il écrivait en 1946 : « Peut-être aussi du fait de Sa transformation, le sang conservé acquiert des propriétés anti-leucosiques à vrai dire purement hypothétiques ». Or, nous venons de voir l’action du sang frais, et il semble maintenant inutile de supposer à la conservation des vertus particulières. D'autre part, actuellement, on tend de plus en plus à penser que l'existence de tes substances anti-leucosiques est très probable (J. BERNARD et M. Bessis [6]). Et leur mode d’action a donné lieu à quelques essais d’explication :

Pour beaucoup, le trouble fondamental de la leucose serait un défaut de maturation leucocytaire, une incapacité des cellules originelles à donner des cellules adultes.

D'où l'existence probable d’une carence en « principes de maturation leucocytaire » qu’apporteraient les transfusions sanguines (SABIN, DOAN).

Et les expériences de SCHWIND [8] montrent que la cellule leucosique est capable de maturation lorsqu’on la cultive sur du plasma humaïn frais normal.

Pour BARNARD [9] et son école, le désordre fondamental au cours des leucoses est la disparition du pouvoir que possède normalement la moelle osseuse de faire la synthèse de la cholinestérase. Sous l’influence de facteurs variés (infection, intoxications, etc.), survient une chute de la cholinestérase sanguine. La moelle de certains sujets (probablement en raison de prédispositions constitutionnelles), n’est pas capable de donner une réponse normale et réagit vicieusement par la leucémie, effort vicariant et vain pour élaborer la cholinestérase.

Cette hypothèse repose sur divers arguments cliniques et sur l’abaissement de la cholinestérase sanguine dans les leucémies. BARNARD, faisant des trans-

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fusions de plasma, observe de grandes variations de l'activité de divers plasmas, qui lui semblent fonction de leur teneur en cholinestérase, les plasmas riches en cette dernière étant seuls actifs. Et l'amélioration qui suit s'accompagne effectivement de l’augmentation de la cholinestérase sanguine.

D'autres recherches ont précisé que la cholinestérase, absente des gamma-globulines, est présente en grandes quantités dans les alpha et surtout les bétaglobulines.

Tous ces essais d'explication et de détermination du « facteur anti-leucémique » ont été certes tentés à propos de leucémies aiguës. Mais il n'en reste pas moins vrai que la plupart des auteurs admettent maintenant l'existence de ce facteur dans le sang de certains sujets normaux, et cherchent à le préciser.

Car, malgré le très petit nombre de cas que nous avons pu trouver, il semble tout au moins possible de supposer que les améliorations obtenues dans la leucémie lymphoïde par les petites transfusions sanguines répétées ne sont pas dues à des coïncidences, et que l'expérience mérite d'être continuée. Car retarder la mise en œuvre de la radiothérapie, c'est peutêtre prolonger le temps pendant lequel on peut appliquer à la maladie un traitement agissant.

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CONCLUSIONS è

L — Dans notre observation, ainsi que dans les trois cas, que nous avons retrouvés dans la littérature médicale, le cours d’une leucémie lymphoïde à forme splénique 2 été heureusement influencé au moins pour un temps, par des transfusions sanguines simples répé- Cette amélioration a porté à la fois sur l’état-général et sur le nombre des leucocytes, leur formule restant cependant inchangée, et ni les ganglions ni la rate ne diminuant de volume.

IL — L'action des transfusions à été très réduite en cas de récidive de la maladie.

IL — Aucune explication précise de ces phénomènes ne semble encore retenable. Toutefois, l'hypothèse de la- présence, dans le sang de certains sujets normaux, d’un «< facteur anti-leucémique > semble être susceptible de donner lieu ultérieurement 2 des découvertes intéressantes.

IV. — Du point de vue pratique, il semble donc actuellement recommandable de commencer le traïitement des leucémies lymphoïdes par des transfusions sanguines : ;

— de 300 à 500 gr. par transfusion de sang frais non citraté, à répéter trois fois par semaine;

—— avec surveillance de la formule sanguine.

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En cas de syndrome hémorragique, l’adjonction des vitamines de perméabilité capillaire pourra être, comme dans notre observation, utile. ;

V. — L'intérêt de ces faits est qu'ils permettent d'espérer que l’on pourra retarder la mise en application de la radiothérapie (d’ailleurs si inconstante dans la leucémie lymphoïde). Ce traitement semble particulièrement indiqué dans les formes hémorragiques ou en cas d’anémie importante associée, la transfusion apportant, avec son rôle anti-leucémique, son action anti-anémique et anti-hémorragique.

Son association avec la radiothérapie aura, semblet-il, intérêt à se faire par succession chronologique. En reculant la date d'application des rayons X au moment où les transfusions seront moins bien supportées ou moins actives, on pourra sans doute reculer la date de la radio-résistance, et apporter ainsi un sursis supplémentaire aux délais d'évolution de la maladie.

Vu, le Doyen : Vu, le Président de thèse :

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